Patrick Cohen : Ce matin, coup de froid sur la France, coup de froid sur l'Europe, coup de froid sur la diplomatie américaine... Bruno Duvic : Commençons par là... Ce sont les fameux documents Wikileaks, on vous en a beaucoup parlé ce matin sur France Inter. Revenons-y, revenons sur l’histoire de ces fuites car la publication de ces 250.000 télégrammes diplomatiques américains, datant de 2004 à 2010, marquent peut-être une rupture dans l'histoire de la presse. Publication sans aucune autorisation du Département d'Etat. On a même tout fait pour empêcher leur divulgation. "Lemonde.fr" relève que le site Wikileaks a été victime d'une attaque informatique et qu'il était inaccessible hier soir. Wikileaks, c'est la presse Internet dans ce qu'elle a de plus agressif. "Le site, écrit Jacques Guyon dans La Charente-Libre, s'érige en agence de renseignement du peuple contre les mensonges d'Etat. Il dynamite le secret d'Etat et le réduit à un secret de Polichinelle". Mais ses scoops sont à double tranchant, poursuit Guyon. Outre les dangers pour la vie des diplomates américains, il relève un autre écueil : que les services américains utilisent ce site qui prétend les duper pour faire fuiter délibérément des informations. Tactique habituelle de contre-espionnage. Comme l'écrit Patrice Chabanet dans Le Journal de la Haute-Marne : "A l'évidence, Internet en est encore à sa phase adolescente et Wikileaks est l'illustration de cela". Sauf que dans cette nouvelle livraison de documents, il y a une nouveauté. Ces derniers mois, à propos de la guerre en Irak ou de celle en Afghanistan, le site Internet balançait les informations brutes, avec parfois le nom des informateurs, sans aucune précaution. Cette fois-ci, de manière beaucoup plus formalisée que les dernières, Wikileaks s'est associé avec des titres de presse traditionnels de très bonne réputation : le New-York-Times aux Etats-Unis, le Guardian en Grande-Bretagne ou encore Le Monde en France. Vous avez entendu Sylvie Kaufmann, la directrice de la Rédaction du Monde, expliquer tout cela à Audrey Pulvar tout à l'heure. Alors, sur "lemonde.fr", pour le moment, et dans le quotidien papier qui paraîtra cet après-midi et demain, vous trouverez une première fournée de documents analysés, le cas échéant coupés, par les journalistes du Monde et remis en perspective. Les journaux ont même prévenu Washington de la publication des documents, et offert un droit de réponse. Cet après-midi, par exemple, une tribune de l'ambassadeur des Etats-Unis en France sera publiée dans Le Monde. Autre précision apportée par "lemonde.fr". Il y a trois catégories de classification pour les documents officiels américains : confidentiel, secret et top-secret. C'est la catégorie intermédiaire qui est diffusée sur Wikileaks et sur les journaux partenaires du site. Pas les secrets d'Etat les plus protégés donc, mais des informations de premier ordre. Les premiers documents publiés par Le Monde concernent l'Iran... on vous a donné tous les détails ce matin sur Inter... Comment les pays arabes et Israël ont fait pression, ces derniers mois, sur les Etats-Unis pour qu'ils se montrent plus fermes à l'égard de l'Iran. Et puis, il y a un autre article, un peu moins détaillé ce matin dans les journaux de France Inter : qui fournit tous ces documents à Wikileaks ? Réponse sous la plume d’Yves Eudes sur "lemonde.fr". Le suspect N°1 s'appelle Bradley Manning. C'est un militaire américain de 23 ans, il servait en Irak comme simple soldat, mais il avait aussi l'autorisation de travailler sur deux réseaux informatiques sécurisés. Il s'ennuyait ferme dans sa caserne irakienne et passait beaucoup de temps sur le Net. Sur les forums, il discutait fréquemment avec un ancien pirate informatique à qui il se vantait d'avoir fait des copies de documents secrets. Le pirate l'a dénoncé à la police. Manning a été arrêté en mai dernier. Les derniers documents rendus publics datent de quelques mois avant son arrestation, en février dernier. Dans ses messages, Manning apparaît comme un garçon idéaliste et exalté écrit Yves Eudes. Il raconte carrément la façon dont il s'y prenait : j'entrais dans la salle informatique avec un CD musical à la main, j'effaçais la musique et puis, je créais un nouveau dossier avec les documents. J'écoutais Lady Gaga et je chantonnais sur la musique tout en organisant la plus grande fuite de l'Histoire des Etats-Unis. Bradley Manning est désormais détenu sur la base militaire de Quantico en Virginie. Patrick Cohen : Coup de froid sur la France et sur l'Europe... Bruno Duvic : A la Une de "20 minutes", une personne marche sous un parapluie dans les rues de Nantes. Parapluie fantaisie avec l'inscription "je veux du soleil !", mais c'est bien de la neige qui tombe sur les trottoirs : "L'hiver est précoce" titre "20 minutes". Précoce et cruel pour les plus pauvres. Revoici les Restos du Coeur à la Une de Ouest-France et de Var-Matin. Pour les sans-domiciles, les centres d'hébergement d'urgence sont saturés. Selon Libération, des préfectures ont mis en place un nouveau critère pour sélectionner les personnes accueillies. Ces préfectures exigent que les sans-papiers soient refusés par les centres. Coup de froid sur la France, coup de froid sur l'Europe. En Suisse, après un nouveau référendum, les étrangers sans-papiers seront renvoyés du pays sans autre procès. « Les helvètes lavent plus blanc que blanc » écrit Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace. Cela s'appelle le principe de la double peine. Peu importe la nature et le degré de gravité du crime, c'est désormais la nationalité qui fera la différence. Comme une circonstance aggravante. La Dépêche du Midi relève l'inquiétude du président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso. Il redoute que la crise n'entraîne une poussée populiste en Europe. La crise de la dette est-elle réglée après l'accord d'hier à Bruxelles ? 85 milliards pour l'Irlande et un mécanisme permanent de gestion de crise. Gros titre sur quatre colonnes à la Une du Figaro : "L'Europe se mobilise pour éviter la contagion". "C'est un accord historique pour sauver l'euro" renchérit La Tribune. Mais la photo choisie par le quotidien économique, c'est un billet de 5 euros qui brûle. Il brûle comme un signe que la confiance n'est pas vraiment revenue après cet accord. L'initiative annoncée hier ne suffira pas à elle seule à ramener durablement le calme écrit François Vidal dans l'éditorial des Echos. Le Parisien consacre un dossier complet à cette crise : "A qui le tour ?". Problème numéro un : l'écart de compétitivité entre les différents pays de la zone euro. Sur "slate.fr", Jacques Attali publie une tribune intitulée "La dernière chance de l'Europe". Il faut en arriver, selon lui, au fédéralisme budgétaire, autrement dit qu'il y ait un véritable budget européen. Patrick Cohen : Quoi d'autres dans la presse Bruno ? Bruno Duvic : Deux informations du Figaro... D'abord, crise toujours. Selon le journal, alors que les magasins ont déjà tous fait leurs vitrines de Noël, les Français réduisent leurs dépenses cette année, y compris les catégories aisées. Le Figaro relève un autre phénomène : le développement de l'achat d'occasion, notamment sur Internet. Deuxième information du journal : une modification du Code de la route. On pourra bientôt se garer la nuit et le week-end sur les places livraison. Paris est la première ville à adopter cette mesure à partir du 1er décembre. Le week-end donc, et en semaine de 8h du soir à 7h du matin. Et puis, il faut faire un sort à cette incroyable histoire qu'on vous racontait dans le journal de 7h et demi... C'est un scoop de Libération. Ces 271 œuvres de Picasso qui sortent tout d'un coup du néant. C'est un électricien qui a travaillé chez Picasso qui les possède. Est-ce un don de l'artiste comme il le prétend ou un vol comme le soupçonnent les héritiers du peintre ? Une plainte a été déposée pour recel. Quelle que soit la clé de l'histoire, ces 271 œuvres ont évidemment un intérêt historique. A demain !

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