Dans la presse ce matin : phénomènes sans limite

"Sans limite". Les deux mots couvrent la Une de La Provence ce matin après les deux fusillades hier à Vitrolles et Marseille.

A Vitrolles, un malfaiteur au tapis, un policier entre la vie et la mort pour un butin dérisoire, quelques crevettes surgelées, à peine plus.

A Marseille, l'un des braqueurs, un gamin de 18 ans, a été tué. La bande avait ouvert le feu sur la police à la sortie d'un magasin de bricolage, au beau milieu des embouteillages, des passants et des clients. Les flics ont répliqué.

"Comment ces fonctionnaires pouvaient ils imaginer un seul instant que ces garçons d'à peine 20 ans allaient les arroser avec le chargeur de leur kalachnikov ?" écrit Romain Luongo dans La Provence .

C'est le point commun aux deux fusillades, la Kalachnikov, arme de guerre : "à Marseille c'est devenu comme un Opinel" dit un syndicaliste policier dans le journal provençal. Ces fusils d'assaut circulent de plus en plus dans le milieu du grand banditisme et de la criminalité de cité.

Les truands à l'ancienne, réfléchissaient à deux fois avant de défourailler. Aujourd'hui, les « kalachs » sont aux mains de "fondus, souvent sous l'emprise de la coke", dit un autre policier dans Le Figaro .

Un collègue poursuit dans Libération : "sauf à porter des gilets pare-balle comme à Kaboul, ou à s'équiper de véhicules blindés, rien n'arrête une balle de « kalach ». Ce n'est plus une simple question d'effectifs, nous demandons qu'il y ait plus de travail en amont, de renseignement, de perquisitions, de moyens pour mettre fin aux trafics".

"A un mois des fêtes de fin d'année, où les crimes et délits s'accélèrent toujours, conclut La Provence , Marseille s'est engagée dans une spirale criminelle d'une intensité exceptionnelle."

La police sur le qui-vive à Marseille, et à Nantes, aussi

Un trafiquant de drogue est en cavale et il a été libéré par la justice samedi soir. L'histoire est dans Presse Océan . L'homme est soupçonné d'être impliqué dans la plus grosse saisie de cocaïne jamais réalisée par la PJ de Nantes. 4 nantais en tout doivent être jugés dans cette affaire. Initialement le procès, à Rennes, devait se tenir en septembre. Pour des raisons de procédures, il a été renvoyé à novembre puis au mois de janvier. Le délai pour la détention provisoire du trafiquant présumé arrivait à son terme. La justice était obligée de le libérer. Les portes de la prison se sont ouvertes samedi soir peu avant minuit.

La violence à Marseille, les ratés de la justice à Nantes, autant de questions à poser au ministre de l'Intérieur.

Claude Guéant est à la Une de Libération ce matin. Couverture choc : photo noir et blanc du ministre en contre plongée : Géant, la Voix de Le Pen.

Edito de Nicolas Demorand : "Claude Guéant fut d'abord un mauvais ministre de l'Intérieur. (...) Ensuite, il restera comme l'agent toujours actif des idées du FN au sein de l'UMP et du rabougrissement de la France." Et plus loin, conclusion de l'édito : "la xénophobie est désormais plus présente au sommet de l'Etat que dans le corps social."

Qu'est ce qui vaut à Claude Guéant, une telle rafale ?

Sa volonté de réduire l'immigration légale de 10% en France. Dans le dossier de Libération , Cédric Mathiot explique que sur les 4 principaux contingents de l'immigration légale, il y a peu de marges sur l'immigration familiale et le droit d'asile. Reste donc l'immigration économique et les étudiants étrangers. D'où la circulaire du mois de mai limitant les autorisations de travail aux étudiants étrangers.

Cette circulaire fait grincer des dents et pas seulement à gauche. Dans l'hebdomadaire Marianne toujours en kiosque, Alain Minc s'y oppose lui aussi : "Pour un pays, attirer des étudiants du reste du monde est le meilleur instrument d'influence. La circulaire Guéant est contraire aux intérêts à long terme de la France."

La campagne électorale a bel et bien commencé : Libération cogne sur Claude Guéant, Le Figaro se paye François Hollande et sa "danse du centre", autour de François Bayrou. Après les Verts, le candidat socialiste courtise François Bayrou. C'est "Le grand écart de François Hollande".

Et cette campagne se fera sous le signe du chômage

La statistique arrondie fait mal en page 4 des Echos : 100.000 chômeurs de plus depuis janvier. Et l'OCDE, qui ne table plus que sur une croissance de 0.3% en France l'an prochain, prévoit une remontée du taux de chômage au-dessus des 10%. C'est "L'emploi massacré" à la Une de L'Humanité . Chômage en hausse, croissance atone, ajoutez au tableau de bord une autre touche de rouge dans La Tribune : la consommation flanche.

La crise est sans limite. Chômage à la Une de la presse régionale : il "dérape en Bretagne" selon Le Télégramme , il "explose en Anjou" selon Le Courrier de l'Ouest .

Olivier Picard constate l'impuissance des politiques dans Les dernières nouvelles d'Alsace : "majorité et opposition semblent totalement dépassées par la nouvelle donne."

Chômage, "cancer de nos sociétés" écrit Bruno Dive dans Sud Ouest . Pour Hervé Favre dans La Voix du Nord , dans le contexte actuel, il ne reste que deux leviers au gouvernement : les contrats aidés et le chômage partiel.

Bruno Dive regarde du côté de la désindustrialisation et des rigidités de notre organisation sociale, lesquelles ne peuvent plus suffire à justifier un système de protection de plus en plus mité comme en témoigne un autre chiffre : la hausse de la fréquentation des restos du cœur.

Quoi d'autre dans la presse ?

Polémique à Ruffec en Charente. Le maire divers gauche de la commune a imaginé un système pour inciter les parents d'élèves à payer la cantine. C'est un tableau d'honneur visible par tout le monde avec le nom des élèves concernés. Un petit ourson bleu à côté du nom, papa-maman ont payé la cantine. Petit ourson rouge : ils n'ont pas payé. Une institutrice a trouvé un gamin en pleurs dans la cour. Le maire affirme qu'il va retirer son tableau, même s'il juge que la mesure a été efficace.

Ransom résume le climat dans on dessin du jour. Deux gamins discutent à la « cantoche » :

"- Ta mère est tellement pauvre qu'elle peut payer la cantine

  • La tienne elle paye parce qu'elle triche sur les allocations chômage."

    La petite Jade Hallyday risque-t-elle l'ourson rouge à la cantine ? En tout cas selon le magazine Capital de ce mois ci, Johnny pourrait avoir des soucis d'argent s'il arrêtait sa carrière. Il paye un train de vie sans limite que Capital évalue à 6 millions et demi d'Euros par an. Il est donc condamné à honorer la tournée prévue l'an prochain. Les billets se vendent couci-couça selon Capital , et pour ajouter à ses misères, Johnny vient de perdre son contrat publicitaire avec Optic 2000.

Et puis un autre mensuel pour terminer. Le Magazine littéraire publie un entretien posthume et inédit avec Lucien Jerphagnon, historien de la philosophie récemment disparu et qui avait l'art de rendre vivantes les matières les plus arides. "On n'a pas le droit d'emmerder un lecteur qui ne vous a rien fait", avait il coutume de dire. Dans le contexte morose de ce matin, on lit donc Jerphagnon nous inciter au bonheur. "Tout être est unique, un génie comme le dernier des cons". Et il cite Jankelevitch, son maître, qui avait cette formule pour inciter autant que possible à goûter la vie : "ne manquez pas votre unique matinée de printemps."

A demain.

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