(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : question de temps

(Bruno Duvic) Quand on se souvient de la tonalité de la presse à l'époque des affaires de la mairie de Paris et du RPR, on se dit que le temps change beaucoup de choses. Jacques Chirac a aujourd'hui 80 ans et la presse magazine a désormais pour lui la tendresse que l'on porte aux grands parents malades.

« Chirac, la solitude du patriarche », titre VSD . Le « grand Jacques » fête ses 80 ans.

Couverture et séance photo dans Paris-Match . La famille recomposée autour de l'ancien président. Toute la famille. Y compris Laurence, la fille malade, dont les photos sont rarissimes au long des plus de 40 ans de vie publique des Chirac.

Tendresse mais aussi tristesse. Le Parisien-Aujourd'hui en France raconte la vie quotidienne au ralenti de celui que l'on a vu galoper et bouffer comme quatre pendant des années. « Il y a des hauts et des bas. Pas mal de bas en ce moment » dit l'entourage. Activité réduite, petit apéro tous les soirs à la brasserie le Concorde. Le dernier carré des fidèles, outre la famille : Baroin, Debré, Pinault et le rabbin Haïm Korsia, aumônier général israélite des armées. Il est devenu une sorte de confident.

Le temps émousse les critiques. Ce temps viendra-t-il pour l'UMP ?

On en est loin. L'édito du Figaro évoque carrément « une grande manifestation des électeurs de la droite contre la sottise de ses dirigeants ». Ce que Le Figaro appelle « L’impasse » à sa Une marque aussi l'impuissance de Nicolas Sarkozy à faire bouger les lignes. Impuissance relevée entre autres par Vanessa Schneider dans son billet du Monde .

Querelle à l'UMP, désignation opaque et avortée d'un nouveau directeur à Sciences Po. Sur le Huffington Post , Emmanuel Davidenkoff fait un lien entre les deux pour dénoncer « le peu de cas que les élites font des préceptes qu'elles souhaiteraient officiellement voir enseignées dès la maternelle. Respect de la parole de l'autre, capacité à argumenter calmement, digne soumission à la loi. » Ils sont dans une bulle et « cette bulle là n'est pas moins délétère que les bulles spéculatives. Et ils osent faire la leçon à nos footballeurs ! »

Retour à Paris Match . En feuilletant le magazine, après les photos des Chirac, on trouve un reportage délicieux pour Valérie Trierweiler : « Premier dîner d'Etat. Pour accueillir le président italien, elle a montré beaucoup de savoir faire». Et puis des images saisissantes. C'est titré « Hamas, la chevauchée barbare ». Un groupe d'hommes parade en motos. L'une d'entre elles traine un cadavre. « Ceux qui sont supposés collaborer avec l'ennemi israélien sont froidement exécutés. »

Le Hamas a-t-il trouvé plus radical que lui ? Pages suivantes, photo noir et blanc de femmes combattantes du Djihad islamique, voilées de noir de pied en cap, fusil à la main.

Combien de temps avant la paix ? Voilà le visage radical de la Palestine, cette Palestine divisée qui cherche une reconnaissance internationale. « A l'ONU, un pas vers la Palestine », c'est la Une de La Croix . L'Assemblée générale des Nations Unies devrait accorder aujourd'hui le statut d'Etat non membre à la Palestine. Geste symbolique, mais ô combien important. « Voter Oui à l'ONU », titre de l'éditorial du Monde . C'est « l'histoire avec un grand H » qui se joue aujourd'hui selon Jean-Emmanuel Ducoin dans L'Humanité . « Un moment important de ce début de XXIème siècle ».

Ce XXIème siècle, avec quelle énergie allons-nous le traverser ?

« La France à l'heure des choix ». C'est la manchette des Echos alors que s'ouvre le débat sur la transition énergétique.

Question quotidienne aussi. Qui a vraiment profité de la petite baisse des taxes sur les carburants ? se demande Le Parisien à la Une. Les pétroliers et la grande distribution. Le journal considère les automobilistes, les finances de l'Etat et les petits distributeurs comme les laissés pour compte dans cette affaire.

L'énergie de demain est elle dans le schiste, le gaz de schiste ? « Chaud business » titre Libération . Pour l'instant, pour l'électricité, « L'Europe retourne au charbon ». Le Monde donne les chiffres. Même en France, la consommation a bondi de 79%. Il est vrai qu'on partait de très très bas. Le charbon ne représente qu'une toute petite part de notre consommation d'énergie.

Débat sur l'énergie, sommet sur le climat de Doha dont tout le monde se moque... Il faut un écolo en chef ! Le voici, le voilà sur Rue89 . Jean-Luc Mélenchon a fait sa propre transition énergétique et plaide pour "l'éco socialisme". Il en donne un principe de base, presque une règle d'or appliquée à la dette écologique : ne jamais dépenser plus que ce qui peut se reconstituer. Mélenchon qui se dit prêt à être Premier Ministre.

Même si la pente, en ce moment, fait plutôt pencher le gouvernement vers le centre, l'ex candidat à l'Elysée est persuadé que la crise joue en sa faveur. Question de temps... « Est-ce que l'alliance avec les écolos va résister à cette pente ? Si elle ne résiste pas, on prendra sa place ».Mélenchon, convaincu que les budgets d'austérité « conduisent au blocage dans des tas d'endroits ».

La pente au centre c'est à voir... Voilà Arnaud Montebourg, alias « Mittal hurlant », dans Les Echos . Nationaliser ou pas ? L’idée fait des petits. Toujours dans Les Echos : sur les chantiers navals de St Nazaire, où le carnet de commande est vide, des salariés réclament à leur tour une nationalisation. Pour l'instant, l'Etat possède le tiers du capital.

Pour finir, questions sur notre temps

Qu'est ce que les relations amoureuses et les romans disent de notre époque ?

La Croix poursuit sa longue enquête sur l'amour aujourd'hui. L'amour et la souffrance amoureuse. Vertige de la liberté, amoureuse, familiale et sexuelle : il y a nettement moins que jadis de contraintes et de cadres. Tant mieux à beaucoup d'égards mais cela n'est pas sans risque. Interview de la sociologue Eva Illouz. « L'amour a pris une place écrasante dans la construction de l'estime de soi dans nos sociétés. C'est l'amour qui nous donne le sentiment de notre valeur. Or désormais, la relation amoureuse est définie par l'incertitude. La souffrance amoureuse a aussi des causes sociales. »

Dans Libération , interview de Jean-Yves Tadié. C'est un grand éditeur : Proust dans la pléiade, la collection Folio Classique chez Gallimard, c'est lui. Il publie un essai sur le roman d'hier à demain. Il dit son admiration pour certains romanciers contemporains, Le Clezio, Modiano, Quignard. « L'écriture ironique de Jean Echenoz, ou encore Eric Chevillard, cela donne de très beaux livres, mais c'est un peu inquiétant. La recherche du second degré, la peur de s'engager dans une naïveté exubérante me pousse à me demander si ces œuvres là ont jamais égalé les œuvres torrentielles comme celles de Hugo, Miller ou Cendrars.

  • Cette distance ironique n'est elle pas celle de l'époque ?

Jean Yves Tadié récuse un lien direct entre une époque et les écritures de cette époque. Mais il dit aussi : « Peut-être sommes-nous un vieux pays fatigué : les vieillards sont volontiers ironiques. »

A demain.

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