Bonjour... Alors évidemment, pour éviter d'ouvrir cette revue de presse sur la morosité ambiante, j'ai bien cherché dans vos journaux, ce matin, une nouvelle réjouissante. J'ai cru en trouver une dans Le Parisien-Aujourd'hui en France... Après 8 saisons, la "Star Ac" (l'émission de TF1) pourrait disparaître l'an prochain de nos petits écrans. Le télé-crochet, ces temps-ci, est à la baisse ; pas assez rentable pour la Une... L'état-major de la chaîne dément "avec la plus grande fermeté" vouloir se priver de ce programme jusque-là populaire. La disparition de la "Star Ac" ferait un chômeur de plus, et ce n'est pas réjouissant... Dans VSD, vous lirez que l'animateur de l'émission Nikos Alliagas gagne 80.000 euros par mois (ça ferait cher pour les ASSEDIC)... Sous le titre "Le salaire des stars de la télé", l'hebdomadaire révèle que "le beau Grec", comme l'appelle VSD, n'est pas le mieux payé de la scène cathodique... Benjamin Castaldi est le plus veinard du PAF et de TF1, avec 105.000 euros par mois (ne me demandez pas ce qu'il présente : je ne le sais pas). Il faut le reconnaître, les émissions de divertissement ont au moins une vertu : si elles méritent rarement le Nobel, elles nous changent les idées. Nous avons "le moral dans les chaussettes", c'est attesté par les statisticiens. Jean Levallois le souligne dans La Presse de la Manche : "Nous avons trouvé, semble-t-il, dans le catastrophisme, l'inépuisable plaisir qui nous persuade que le monde est fou, et qu'il va mal, ce qui, du même coup, nous porte sans doute à croire que dans cette folie universelle nous sommes sages, lucides et impuissants. Mais excusables. Il y a donc une culture du gémir dans la noirceur". (jolie phrase). Oui. Nous gémissons. Peut-être avons-nous aussi de bonnes raisons de le faire. Ce matin, j'en ai trouvé quelques-unes dans la presse ; dans La Tribune, par exemple, ce titre : "Livret A : adieu les 4%"... En février, la rémunération de l'épargne populaire baissera d'un demi à un point, pour atteindre 3%. Le quotidien économique et son concurrent Les Echos s'intéressent de près à la "très forte hausse des impayés en France" : +125% au troisième trimestre... "Les incidents de paiement des entreprises s'envolent". Illustration à la Une de L'Est Républicain, avec "l'ardoise lorraine de la Camif"... En liquidation judiciaire partielle, la coopérative niortaise aurait oublié de régler une facture de 110.000 euros, à Nancy, pour la location d'un espace d'exposition. Le Parisien-Aujourd'hui en France, toujours à propos de la Camif, évoque le sort peu enviable de ses sous-traitants, une quarantaine de PME du transport ainsi que des centres d'aide par le travail. Là encore, e nombreux emplois sont en jeu. Eh bien figurez-vous que j'étais un peu surpris de constater que ce plan n'apparaissait pas sur toutes les Unes... Il arrive qu'il ne fasse qu'un titre modeste et sobre en bas de page, dans L'Indépendant du Midi par exemple. Les titres les plus durs, cela ne vous étonnera pas, sont le fait de L'Humanité et de Libération : "Pas d'argent, que des mots" pour L'Huma... "Plan-plan contre le chômage" pour Libé. Le Canard Enchaîné, lui, choisit l'ironie, c'est son fond de commerce ; il dégaine : "Pour un plan emploi, c'est pauvre comme JOBS", JOBS avec un S, pour aider le lecteur à comprendre le jeu de mots. Dans les comptes rendus de l'allocution ardennaise du chef de l'Etat, le mot qui revient le plus souvent sous la plume de vos éditorialistes, c'est "pragmatisme". Patrick Fluckiger, pour L'Alsace, est allé en chercher la définition dans le Petit Larousse. "Pragmatisme : doctrine qui prend pour critère de la vérité la valeur pratique, considérant qu'il n'y a pas de vérité absolue et que n'est vrai que ce qui réussit". Fluckiger en retient cette leçon : "Etre pragmatique, c'est donc reconnaître que le libéralisme économique est loin d'être une vérité absolue... et qu'il a échoué". Pourtant, constate Didier Pourquery dans Libération, "derrière les annonces d'urgence destinées à calmer les statistiques, le cap libéral est conservé". Selon Jean-Marcel Bouguereau et La République des Pyrénées, "on voit mal comment notre Etat endetté pourrait financer ces nouvelles mesures alors que le budget de l'emploi pour 2009 diminue de 5,2% !". Bouguereau compare Nicolas Sarkozy "au sapeur Camembert, dont la principale activité était de faire des trous qu'il bouchait soigneusement avec la terre extraite des autres trous qu'il creusait". Pour Rémi Godeau, dans L'Est Républicain, "Sarkozy est un vendeur sans service après-vente"... "Il ne fait que poser des rustines", renchérit Daniel Ruiz. Dans l'éditorial de La Montagne, il durcit le trait, il dit sa déception de n'avoir pas entendu hier le Président de la République annoncer "un renouveau de la politique salariale et un plan de relance de la consommation qui contribueraient à remettre la machine en route plus efficacement que ne l'a fait le paquet fiscal". "Crise du capitalisme ou pas -complète Patrice Chabanet dans Le Journal de la Haute-Marne-, une réalité demeure : les entreprises embauchent quand l'activité se développe. La morosité des consommateurs ne laisse pas entrevoir de solution de ce côté-là". Retour enfin du côté de Rethel où, dans le quotidien L'Ardennais et dans L'Union, Hervé Chabaud pose cette question essentielle : "Est-on prêt à protéger le travail pour ne pas allonger le cortège des pauvres ?". Prenez la Une de La Charente Libre. Ce titre : "51% des foyers charentais ne sont pas imposables"... 54% déclarent un revenu annuel inférieur à 15.000 euros. La première page du Courrier Picard, à présent. ..."727 euros par mois pour survivre"... Sous ces quelques mots, la photo d'une vieille dame prénommée Louisette. La légende du cliché nous précise qu'elle ne dispose que de 2 euros par jour pour se nourrir et qu'en Picardie, un habitant sur huit "vit en dessous du seuil de pauvreté". Il y a de l'argent, oui. ...Est-il réel ou virtuel ?... Comment le savoir ? Il y a de l'argent ; trois exemples... - Dans Le Figaro, ce propos du ministre Hervé Morin : "On ne touchera pas aux crédits de la Défense". - Dans Libération, cette information présentée comme exclusive : "Plus de 13 milliards d'euros au total seront injectés dans le réseau ferroviaire pour sa rénovation et sa modernisation". Un engagement financier devrait être signé lundi entre l'Etat et l'établissement public Réseau Ferré de France. - Dans Les Echos, La Tribune, Le Figaro Economie : "Bourse... dopé par la spéculation, Volkswagen devient numéro 1 mondial"... "Volkswagen explose les compteurs de la Bourse"... "Volkswagen, star de la Bourse malgré lui". Vous apprendrez, à la lecture de vos journaux, que derrière cette folie boursière qui dope l'action Volkswagen jusqu'à lui faire atteindre hier plus de 1.000 euros, se trouvent des vendeurs "à découvert" pris à leur propre piège car ils ne parviennent pas à racheter les actions qu'ils avaient vendues. Clin d'oeil à France Inter, Libération titre : "Volkswagen gagne au jeu des 1.000 euros". Allez y comprendre quelque chose. Dans La Voix du Nord, Bruno Vouters s'immerge un moment chez les jargonautes de l'économie mondiale. Je vous lis, je vous livre quelques extraits de son papier, c'est à peine croyable. "Au départ -écrit Vouters-, on le sait, il y a ce foutu marché des subprimes immobiliers aux Etats-Unis. Mais ensuite, accrochez-vous ! Au hasard : 'Le mythe de l'autorégulation des marchés a vécu, car il n'externalise pas les dégâts externes qu'il génère' ; 'Reste à savoir comment piloter globalement cette surveillance qu'on appelle macro-prudentielle' ; 'Les banques centrales devraient mesurer le passif agrégé du système bancaire élargi'... Je m'arrête là. Bruno Vouters se demande comment ne pas comprendre, après ça, "l'irrésistible impact de 'Bienvenue chez les Ch'tis' ?"... Il précise sa pensée sous la forme d'une question : le film de Dany Boon serait-il "un impitoyable pamphlet contre l'incompréhensible froideur d'un monde pour initiés, décodeurs et autres spécialistes de l'embrouille ?". A ce propos, en feuilletant Libération, et si vous n'avez pas écouté France Inter hier à 13 heures, vous apprendrez que Thierry Saussez, l'homme chargé de la communication de l'équipe Fillon, à Matignon, réfléchirait (je le cite) "à une émission gouvernementale à la télévision, construite sur les questions des Français" ; elle pourrait être diffusée sur une chaîne de service public et servirait à expliquer les réformes. Commentaire de Gérard Noël, dans La Liberté de L'Est : "Il va falloir observer l'évolution de ce projet avec beaucoup de vigilance. Car la frontière entre information et communication est vite franchie lorsqu'il s'agit de défendre une politique et que l'outil à sa disposition est aussi efficace que l'est France Télévisions". Gare à la propagande. Ecoutez la différence.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.