Patrick Cohen : Comme chaque vendredi, la Revue de Presse à deux voix : Guyonne de Montjou, Bruno Duvic. Dans la presse étrangère, Guyonne, il est beaucoup question de rendez-vous électoraux. Et il y en a un qui est très attendu : c'est en Haïti, dans un mois... Guyonne de Montjou : Absolument, l'élection au temps du choléra. Ce petit pays a été ravagé par presque tous les fléaux, il manquait celui-là. C'est l'origine du choléra qui pose question. "Le Nouvelliste", principal journal haïtien, s'interroge dans sa dernière édition : "D'où vient ce fichu choléra, et qui nous dira la vérité ?". Le plus vieux journal d'Amérique porte son regard vers cette force de l'ONU, la MINUSTAH, composée de 10.000 hommes venant du monde entier. Il y a quinze jours, des Népalais ont pris la relève, justement dans l'Artibonite, la région où est apparu le choléra la semaine dernière. "Le Nouvelliste" croit savoir que le choléra sévit au Népal, et qu'il aurait donc été importé en Haïti par cette armée qui prétend faire la paix. Autre énigme dans l'article : « Pourquoi est-il impossible d'entrer en contact avec la société chargée de vider les fosses sceptiques de la MINUSTAH à cet endroit-là, pourquoi les responsables de cette compagnie sont-ils introuvables dans un moment aussi grave de notre vie nationale ?". Bruno Duvic : L'élection à l'étranger qui intéresse le plus la presse française, ce sont les Midterms aux Etats-Unis. On a beaucoup parlé cette semaine du désamour des Américains et d'une partie des journaux pour le président Obama. Ce matin, deux articles viennent à sa rescousse. Dans Le Nouvel-Observateur, Philippe Boulet-Gercourt fait d'Obama une victime. Une victime d'une démocratie devenue absurde. Absurde, cette règle qui permet à une minorité de sénateurs de bloquer toute réforme. Absurde, le poids des lobbyistes : on ne vote plus les lois en fonction de leur mérite, mais du poids des lobbys. Absurde, la Cour Suprême qui refuse d'encadrer les lobbys au nom de la liberté d'expression. Absurde, enfin, ce peuple américain prêt à gober toutes les bêtises. Selon un sondage Harris de mars dernier, 38% des personnes interrogées pensent qu'Obama fait beaucoup de choses qu'Hitler avait faites. L'absurdisme est-il une maladie incurable ? A propos de santé, le site "Médiapart" souligne que la fameuse réforme de la santé entre peu à peu en vigueur et que les Américains mesurent son importance. Enfin, les Américains, ceux qui veulent bien s'intéresser à cette réforme. Guyonne de Montjou : Quand on regarde Obama dans les yeux américains, on le découvre "froid et robotique". C'est en tout cas que les éditorialistes le dépeignent à l'heure du bilan. Dans le New-York-Times, Roger Cohen le qualifie de "président tiède, flottant et indécis". A droite de l'échiquier politique, il est perçu comme crypto-socialiste, ennemi du monde des affaires. Et à gauche, on lui reproche d'avoir laissé repartir les responsables de la crise, les poches bourrées de millions de dollars. Bref, le divorce entre Obama et son peuple est consommé. Roger Cohen donne même un conseil à celui qui fut il y a deux ans encensé par ces mêmes commentateurs : "Monsieur le président, n'oubliez plus d'envoyer des petits mots de remerciements et de passer ces gentils coups de fil qui peuvent paraître insignifiants mais qui comptent énormément". Et dans Newsweek, Jonathan Alter conclut en écrivant : "La logique peut convaincre mais seule l'émotion motive les troupes". Patrick Cohen : En France, le président non plus n'est pas populaire. Mais la contestation de la rue faiblit... Bruno Duvic : Le constat est général dans la presse. Attention à ne pas enterrer trop vite le mouvement, dit tout de même Libération... Depuis le début, il ne cesse de surprendre. L'hebdomadaire "Bakchich" zoome sur l'une des raisons de la grogne générale : "Pouvoir d'achat : les Français sont à la diète". L'heure du remaniement approche maintenant à grand pas. Alain Juppé va-t-il monter à bord d'un bateau qu'il a appelé naguère le Titanic ? Dans Les Echos, Guillaume Tabard cite des propos très directs de l'ancien premier ministre : Est-ce que le quai d'Orsay vous intéresse ?... "Je ne supporterais pas trois jours ce que Kouchner a accepté trois ans". Bercy alors ?... "J'ai déjà fait mon stock de mesures impopulaires"... La Justice ?... "Les juges, j'ai donné, merci"... L'Intérieur ?... "Pour être réveillé toutes les nuits !"... L'Environnement ?... "Pourquoi pas, mais tout le monde s'en fiche maintenant, non ?"... Reste donc éventuellement le Ministère de la Défense. Patrick Cohen : Retour aux élections dans la presse étrangère. A la Une également, la Côte d'Ivoire et le Brésil... Guyonne de Montjou : Oui, Côte d'Ivoire d'abord, la locomotive francophone de l'Afrique de l'Ouest. Après six reports, voilà une élection que la communauté internationale n'osait plus espérer. Elle est particulièrement intéressante à regarder à travers la presse ivoirienne, locale, partisane. Difficile, en effet, de trouver un titre indépendant dans le pays. Alors, les candidats s'assassinent par tribune interposée. "Le Patriote", quotidien de l'actuelle opposition, décrit les mauvais penchants du "boulanger", c'est ainsi qu'il surnomme le président sortant Laurent Gbagbo, qui roule tout le monde dans la farine. "Le Patriote" prédit que faute de pouvoir truquer l'élection, très surveillée, de dimanche, la majorité présidentielle a opté pour des opérations pernicieuses de fraudes à l'étranger. Selon le journal, cela a déjà commencé dans les consulats de Côte d'Ivoire en France où des disparitions de cartes électorales sont déjà constatées. Gbagbo riposte dans son quotidien présidentiel "Notre voie", avec ce titre : "Gbagbo est déjà réélu". Et à lire le journal, on y croirait presque. Un article liste sur deux pages toutes les réformes des dix dernières années. Et avec tout ce beau travail accompli, cet âge d'or de la Côte d'Ivoire, il ne devrait même pas y avoir de second tour selon lui. Le quotidien partisan du 3ème candidat, Henri Conan-Bédié, "Le nouveau réveil", le réinstalle dans son siège de roi sur les trois-quarts de la Une du journal, avec cette citation : "Je vais gagner cette présidentielle !". Bruno Duvic : En France, pour Le Figaro, cette élection sera le dernier acte d'un divorce qui traîne depuis dix ans entre Paris et Abidjan... Côte d'Ivoire... dans ce pays où le mot Françafrique fut inventé, la guerre civile a servi de catalyseur à une seconde décolonisation. Pour La Croix, les moins de 35 ans qui représentent la moitié de l'électorat, joueront un rôle-clé dans cette élection. Et au Brésil, Guyonne, ce sont les catholiques qui sont au centre de la bataille... Guyonne de Montjou : L'Herald Tribune ce matin, rapporte les propos du pape tenus hier aux évêques brésiliens... à point nommé, à trois jours du vote. Benoît XVI a encouragé les prélats à s'engager dans le débat public brésilien, surtout quand les projets politiques envisagent de décriminaliser l'avortement ou l'euthanasie. Il faut dire que le Brésil est le plus grand pays catholique du monde et il n'est pas question de le laisser vaciller sur ses valeurs fondamentales. L'intervention du pape consacre le retour en force des thématiques morales dans le scrutin. Les deux candidats principaux ont du prendre des positions tranchées contre l'avortement pour ne pas perdre leurs chances de gagner. Dilma Rousseff s'est déclarée favorable à la vie, et José Serra a distribué des tracts selon lesquels "Seul Jésus est vérité". Le Financial Times donne ce matin, le dernier pronostic pour l'élection de dimanche : Dilma Rousseff aurait douze points d'avance sur le social-démocrate José Serra. Le journaliste prend toutes les pincettes qu'il faut pour manier ces chiffres... Les sondeurs se sont largement trompés au premier tour. Patrick Cohen : Bruno Duvic, après toutes ces élections à l'étranger, un dernier coup d'œil à la presse française... Bruno Duvic : A retenir l'interview du procureur Philippe Courroye dans le Figaro... Il défend mordicus son action à Nanterre dans l'affaire Worth-Bettencourt. L'enquête du parquet est un modèle du genre. Non, il ne roule pas le pouvoir. Les tentatives de pression, selon lui, sont venues de l'autre côté : les médias, certains politiques et les syndicats. Qui vous a soutenu durant ces quatre mois demande Le Figaro. Le procureur cite de Gaulle : "La solitude est la splendeur des forts". Et il a un mot pour son équipe. Le journal rappelle les deux questions clés au cœur de cette affaire : Y a-t-il abus de faiblesse de François-Marie Bannier sur Liliane Bettencourt et y a-t-il eu un financement illicite de l'UMP et de la campagne de Nicolas Sarkozy ? Si vous voulez vous amuser avec cette affaire, allez consulter la fausse page Facebook d'Eric Woerth sur le site "slate.fr". Et puis pour finir, un clin d'œil aux filles de Madame Figaro. L'hebdomadaire fête ses 30 ans. Dès aujourd'hui, avec le quotidien, Premier d'une série de numéros spéciaux. Madame Figaro s'amuse de sa réputation de journal pour "les bourgeoises parisiennes". A quoi ressemble la bourgeoise parisienne aujourd'hui ? Une pléiade d'artistes esquisse une réponse... L'écrivain italien Erri de Luca retient ce moment entre deux saisons où la Parisienne retire ses lunettes de soleil pour les mettre dans ses cheveux ou dans son sac... "Le passant, écrit Erri de Luca, se trouve alors face à une révélation : il doit oser croiser le regard de Méduse qui durcit chez un homme la valve de son cœur".

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