La social-démocratie européenne est en toute petite forme... Et à lire la presse ce matin, on se dit qu'elle est victime de trois syndromes : syndrome du cigare, de Big Ben et du papier recyclé. Le constat d'abord. Patrick Fluckiger, impitoyable dans L'Alsace. Point de départ de l'édito : les élections allemandes de dimanche. "La raclée subie par le SPD, écrit Patrick Fluckiger, fait suite, entre autres : - aux échecs répétés du PS en France ; - à la défaite du parti démocrate italien, face à Berlusconi ; - à la perte du pouvoir des sociaux-démocrates en Suède ; - à la quasi-disparition de la gauche en Pologne ; - au recul généralisé lors des dernières Européennes ; Et ce n'est pas fini : - les socialistes portugais perdent la majorité absolue ; - et les travaillistes anglais s'attendent à être balayés à leur tour". Alors que se passe-t-il ? On en vient au cigare. C'est celui que fumait régulièrement Gerhard Schröder dans un manteau de cachemire italien. C'est le symbole d'une gauche qui a perdu son âme en gouvernant avec la droite et en prenant des mesures jugées antisociales. Nathalie Versieux les rappelle dans Libération : réduction des indemnités de chômage, assouplissement des modalités de licenciement. Depuis l'arrivée au pouvoir de Schröder en 1998, les sociaux-démocrates ont perdu 10 millions d'électeurs en Allemagne. Le SPD ne peut plus éluder la question d'une alliance avec la gauche radicale. Deuxième syndrome : Big Ben. C'est en Angleterre. Les aiguilles de l'horloge ont tourné depuis les années Blair : cela fait douze ans que les travaillistes sont au pouvoir à Londres. Et toujours dans Libération, c'est la lente agonie du Labour qui est décrite. Alors que le congrès du parti vient de s'ouvrir, un sondage met les travaillistes à 15 points des conservateurs. Le Sun parle du Labour comme du "parti des morts-vivants". La rumeur dit même que Gordon Brown est sous antidépresseurs, ce qu'il a formellement démenti hier sur la BBC. On en vient à la France (c'est le syndrome du papier recyclé : autrement dit, la menace des écologistes). Illustration avec la législative partielle, dimanche dernier, à Rambouillet. C'est une écolo et non pas une candidate socialiste qui a failli damer le pion à la droite. Au premier tour, les Verts avaient mis 8 points dans la vue au PS. Et dans Le Figaro, le politologue Dominique Reynié confirme : "Les Verts sont un danger durable pour le PS". Les Régionales sont dans six mois. En Ile-de-France, en particulier, les socialistes résisteront-ils à la dynamique écolo ? Au PS, en plus, il va falloir recycler le papier des cartes d'adhérent. Après remise à jour des fichiers, 48.000 "inactifs" ont été radiés, raconte David Revault d'Allonnes dans Libération. Il reste 200.000 adhérents, mais seulement 64.000 sont à jour de cotisations. Témoignage d'un vieux routier du parti : "Le chiffre n'a jamais été aussi bas". Arnaud Montebourg achève un peu plus la rose : "Il n'y a plus de militants nulle part au PS. Après le Congrès de Reims, ils sont tous rentrés chez eux, écoeurés". Du coup, selon Le Parisien-Aujourd'hui, le PS craint le flop lors de la consultation interne des militants jeudi, notamment sur la question des primaires. Dans la presse également, Bruno : la vie au temps de la crise... La gamelle est à la Une de Ouest-France : "Le midi, la gamelle ressort du placard". Et juste en dessous du titre, photo de collègues de bureau partageant un déjeuner sur le pouce. La gamelle n'avait jamais vraiment disparu des chantiers du bâtiment, mais elle gagne du terrain au bureau : pour faire des économies, mais aussi pour manger plus sain et, en ce moment, pour profiter de l'été indien. Il y a ceux dont la gamelle est vide. Le Parisien nous explique, sondage à l'appui, que les Français sont plus optimistes face à la crise. Mais en même temps, on n'a jamais distribué autant d'aide alimentaire : 16% de personnes secourues en plus entre juin 2008 et juin 2009. Et les gens qui demandent de l'aide ne sont ni des marginaux ni des exclus, mais des personnes fragilisées dans leur budget : elles recourent à l'aide alimentaire pour conserver leur logement ou la voiture, indispensable pour le travail même en intérim. Il y a aussi de plus en plus de retraités et de salariés à temps partiel. La crise fait bouger les barrières sociologiques. Le Monde l'a remarqué aussi : en Angleterre, dans les magasins à 99 pences (autrement dit, les bazars où l'on trouve tout pour moins d'une livre). Ce n'est plus le petit Pakistanais du coin : ce sont de véritables chaînes. Et dans les allées de ces boutiques, on voit désormais des gens en costume. Les classes moyennes et même supérieures ont pris l'habitude du commerce low-cost : pour la nourriture, les vêtements et les objets de la vie quotidienne. Plus de 50% des ménages aisés achèteraient désormais bradé. Les chaînes sont maintenant installées à Cambridge ou Oxford. Il y a encore peu, les propriétaires immobiliers snobaient les magasins de discount : "Pas de ça chez nous !". Aujourd'hui, c'est "Welcome". Dans le monde des affaires, les victimes silencieuses de la crise, ce sont les petites et moyennes entreprises. "SOS PME" à la Une de La Tribune. C'est maintenant que l'on ressent le ralentissement et les tensions dans la trésorerie. Les PME sont allées au bout de leurs forces depuis l'effondrement de leurs carnets de commandes, en décembre dernier. Et une fois de plus, les banques sont montrées du doigt : le crédit aux entreprises ne cesse de fléchir. Le constat vaut au niveau national et au niveau local. Le journal L'Ardennais titre ce matin sur "la grande déprime" des patrons des Ardennes. D'autres informations glanées dans la presse, Bruno... Tout se passe sur la route... A quoi ressembleront les futurs radars ? Le magazine Auto Plus a des détails : - radar infrarouge : on ne saura plus, sur le coup, si on s'est fait flasher ; - radars capables de repérer plusieurs véhicules à la fois : est-ce la voiture de droite ou celle de gauche sur la route qui est en excès ? - radars capables de distinguer une voiture d'un camion : les vitesses limites ne sont pas les mêmes... Pour l'instant, c'est en projet... Un appel d'offres a été lancé aux fabricants. Ils doivent remettre leur copie avant le 15 octobre. Et puis deux projets législatifs passés relativement inaperçus... Le Sénat a adopté hier soir un amendement qui ouvre la voie au péage urbain en France, pour réduire la circulation et la pollution. C'est déjà pratiqué dans plusieurs grandes villes européennes. Petit article dans Libération. L'Humanité a levé un autre lièvre : "Les routiers pourraient passer 86 heures en camion"... projet de directive de la Commission européenne pour allonger leur temps de travail. Cela ne concerne aujourd'hui que les indépendants. Le temps au volant reste le même : entre 9 et 11 heures par jour. Mais le boulot des routiers, c'est aussi de charger et décharger le camion. Et pour finir, le numéro de Philosophie Magazine ce mois-ci... Entre la crise de la social-démocratie et la crise tout court, l'une des questions centrales, c'est "comment réduire les inégalités". Philosophie Magazine consacre son dossier, ce mois-ci, au scandale de l'inégalité. C'est assez trapu, mais passionnant. Pourquoi cette obsession égalitaire, qui a ses vertus et ses dérives, en France en particulier ? Avant les analyses de philosophes, un récit, qui montre à quel point c'est une question quotidienne... C'est la description d'un trajet sur la ligne 2 du métro parisien : celle qui va des quartiers pauvres aux quartiers riches, pour le dire vite. Voici ce qu'écrit Michel Eltchaninoff... "Paris, rue de Belleville. Des clochards à peine animés gisent sur le trottoir. Il suffit de les contourner sans regarder pour pénétrer dans le métro. Sur le quai, une femme voilée déguste des chips Pringles : c'est la gourmandise de tous ceux qui ne mangent pas cinq fruits et légumes par jour. Le métro longe la Goutte d'Or : 25 ans qu'on réhabilite ce quartier. Mais les nouveaux immeubles pourrissent déjà. Certes, les vieux métros crasseux ont été remplacés par "le métro du XXIème siècle", selon la RATP. Mais à l'intérieur, c'est toujours la même dèche. Un SDF embarque à Anvers. Personne ne lui donne un centime. Moi non plus, je ne sais pas trop pourquoi... Station Villiers. On aborde les rivages de l'ouest. Du côté des mamans, la poussette de marque McLarren remplace l'épave à roulettes. Le métro est presque vide. Je sors au terminus, Porte Dauphine : magnifique bouche de métro Art Nouveau. J'ai changé d'univers en vingt minutes. Je m'en suis à peine rendu compte : j'étais plongé dans le journal. J'y ai lu des articles sur les salaires des patrons, le Plan Banlieue, la condition des handicapés, etc. Les inégalités, c'est répugnant. Le journal m'a mis hors de moi, tout en me permettant de ne pas regarder le SDF". Au-delà de ce croquis à la pointe sèche, il y a donc une trentaine de pages d'analyses. Et notamment cette piste, que l'on doit au philosophe américain John Rowls : la réduction des inégalités, ce n'est pas qu'une question d'argent, c'est le concept de capabilité. L'important n'est pas d'avoir autant de biens que les autres, mais d'être en capacité d'en faire quelque chose. Un exemple : c'est l'histoire de l'enfant doué pour la musique. S'il est dans une famille qui ignore ce qu'est la musique, il ne sera jamais capable d'exploiter son talent. Là, les pouvoirs publics ont peut-être un rôle à jouer. Une société où il n'y aurait que des petits Mozart : indiscutablement, elle serait harmonieuse...

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