Patrick COHEN : A la Une, ce matin : le goût des autres... Bruno DUVIC : Pourquoi un million 300.000 personnes sont-elles allées au cinéma voir un film austère sur des moines en moins de trois semaines ? Après Libération et Le Parisien, L'Express et Le Monde s'interrogent sur le succès du film "Des Hommes et des Dieux"... Les moines de Tibhérine incarnent tout ce que le public, de gauche comme de droite, ne trouve plus dans la société, écrit Le Monde : noblesse d'âme, sens du sacrifice, désintéressement, quotidien écolo, méditation et réflexion sur la mort... C'est un film de réconciliation. Patrick COHEN : L'Express va plus loin sur ce thème... Bruno DUVIC : Il faut retrouver "le goût des autres" : c'est le titre d'un dossier, cette semaine. En ces temps où les crises exacerbent les égoïsmes, de nombreuses voix en appellent à l'altruisme et à la solidarité. L'Express revient sur le rapport du médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, il y a quelques mois : il pointait la fatigue psychique des Français et conseillait un retour à la solidarité. En cet automne 2010, un biologiste professeur au Collège de France, un psychiatre, une philosophe publient des livres sur ces thèmes de l'altruisme, de l'empathie, de la confiance... "L'empathie au coeur du jeu social"... "Nous voulons tout contrôler, dit à L'Express le psychiatre Serge Tisseron : le climat, le corps et notre prochain. Le moindre plombier doit être doté d'un GPS pour que son patron puisse le contrôler. Cette emprise grandissante est pesante". - "Quel est le pire frein à l'empathie ?", lui demande le journal. - Réponse : "Le sentiment d'insécurité et son exploitation". "L'altérité est otage de nos peurs", écrit le philosophe René Guitton dans La Croix. "Tout se passe comme si la France était ravagée par l'invasion de hordes prétendument barbares", écrit-il. "Tout se passe comme si, face à la mondialisation des échanges, à l'uniformisation des modes de vie, à la mixité sociale de plus en plus prononcées, la société cherchait à inventer de nouveaux critères de différenciation". Après les critiques politiques hier, voici donc les critiques philosophiques à la politique de sécurité et d'immigration. Tout cela est bel et bon, dira-t-on, mais est-ce que nos voisins font mieux que nous ? "Comparée à d'autres pays, la France n'a pas à avoir honte de sa politique d'immigration", dit un responsable de l'OCDE dans les colonnes du Monde. La France est parmi les premiers pays d'accueil pour les demandeurs d'asile. Et il élargit ce débat sur l'immigration… « L'immigration a un coût. Avant, il était occulté. Aujourd'hui, on est obligé de le prendre en compte. Mais, en même temps, dans l'avenir, on ne pourra pas se passer d'immigrés ». Patrick COHEN : Plaidoyer pour l'altérité en pages intérieures de L'Express... Mais à la Une, le mot "Haine"... Bruno DUVIC : "Pourquoi il suscite la haine ?" : photo gros plan du Président de la République, qui fait la gueule. C'est la énième couverture de magazine dans ce style. Mais cette fois, L'Express veut faire le procès de l'anti-sarkozysme primaire. C'est une autre composante du drôle de climat en ce moment en France. Le pouvoir est accusé de jouer sur les peurs, mais ses contempteurs les plus virulents entretiennent aussi un climat délétère, selon L'Express. Parmi les contempteurs, cette semaine, on comptera l'hebdomadaire américain Newsweek, édition européenne... Encore une photo du Président, la mine patibulaire mais presque, avec ce titre : "Les nouveaux extrémistes de l'Europe". Fatigue psychologique des Français... Il faut dire que l'actualité n'est pas très reposante... "Budget 2011 : le rendez-vous de la rigueur", titre Le Figaro... budget de l'Etat, mais aussi de la Sécu. Le Parisien résume la tendance avec une formule : "Tout le monde va payer". Crise qui n'en finit pas... Les Echos et La Tribune relèvent que les jeunes diplômés de l'année 2009 ont beaucoup plus de mal que leurs aînés à trouver du travail. Et puis il y a des paradoxes choquants (on en parlait hier)... "HLM : le grand gâchis des logements vides" : c'est la Une du Parisien. Alors que 700.000 familles sont sur listes d'attentes, 20 à 25.000 logements seraient aujourd'hui anormalement vacants. Dans la série "coup de gueule", celui du patron de la lutte anti-dopage en France. Il vient de démissionner. Il explique pourquoi au Monde... La volonté politique de lutter contre le dopage manque, selon lui, en France. "Un jour, dit Pierre Bordry, on m'a expliqué qu'il ne fallait pas trop lutter contre le dopage, sous peine de perdre l'organisation de compétitions internationales importantes ou de priver les sportifs français de victoires. Devant les enjeux économiques du sport-business, le mouvement sportif et le pouvoir politique préfèreraient peut-être avoir une Agence anti-dopage forte mais qui fasse semblant". Patrick COHEN : Bon, vous n'avez rien pour nous détendre ? Bruno DUVIC : Si : des affiches, des dessins, des caricatures... L'Humanité a demandé à 25 graphistes et dessinateurs d'illustrer la grogne générale : contre la crise, la réforme des retraites et la politique d'immigration. Les images sont publiées aujourd'hui : un côté dazibao et Sorbonne en Mai 68 assez réjouissant. Je vous décris quelques-unes de ces images… Deux têtes de mort discutent : - La vie, c'était ça ? - Non, c'était la Bourse. Une idée de nom pour une nouvelle rue : la "Rue dans les brancards". Un slogan : "Les roseaux sont des cons : ne pas plier". Une femme nue, dans une posture très artistique : c'est un modèle qui pose nue jusqu'à 67 ans pour obtenir sa retraite à taux plein. * Enfin, un clin d'oeil historique : Napoléon tête basse sous la neige et sur son cheval... Il s'adresse à l'un de ses maréchaux d'Empire : "Dis-donc, Woerth, c'est plus la retraite, c'est la Bérézina". Allez, puisqu'on est dans la caricature, évidemment le lapsus de Rachida Dati fait les délices de la presse satirique... Dans Le Canard Enchaîné, Wozniak reproduit le célèbre tableau à la pipe de Magritte : "Ceci n'est pas une fellation". Patrick COHEN : Et à la Une de France-Soir : une libertine... Bruno DUVIC : Mylène Farmer, le retour-surprise... Un nouveau titre est diffusé depuis ce matin sur les radios : il s'appelle "Oui, mais non". L'auteur de la chanson, c'est RedOne, l'homme qui a fait le succès de Lady Gaga. Après ce titre, un album complet devrait suivre avant Noël. Allez... Après les petites histoires, retour à la grande... Figurez-vous que, pour l'Allemagne, la Première Guerre mondiale n'est toujours pas terminée. Elle prendra fin dimanche… Dimanche 3 octobre 2010. Ce jour-là, les Allemands auront fini de rembourser leur dette de guerre. C'est Slate.fr qui relève la date et rappelle l'histoire… En 1919, le Traité de Versailles leur imposait le paiement de 132 milliards de marks-or. Ruinée et frappée par la Grande Crise, l'Allemagne avait dû emprunter. Les Nazis avaient cessé de rembourser pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1953, l'Accord de Londres renvoyait le remboursement à l'après-réunification. Il a donc repris après la chute du Mur de Berlin. Et les comptes seront soldés dimanche. Joli symbole : ce sera le 20ème anniversaire de la réunification...

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