(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : coup de théâtre au Parlement

(Bruno Duvic) C'était il y a 10 ans, 18 mars 2003, Tony Blair appelle le parlement britannique à voter la guerre en Irak...

(Extrait du discours de Tony Blair : « Ce n'est pas le moment de faiblir, c'est le moment où ce parlement doit montrer le cap, montrer que nous défendrons ce qui est juste, que nous affronterons les tyrannies, les dictatures, les terroristes, qui mettent notre façon de vivre en danger,

de montrer à un moment crucial que nous avons le courage de prendre la bonne décision. Je vous demande de voter pour cette motion » )

On sait ce qu'il est advenu de cette guerre en Irak : les preuves fabriquées sur les armes de destruction massive, la guerre comme un interminable bourbier, le chaos qui perdure dans le pays même si un dictateur, Saddam Hussein, est bel et bien tombé.

Ce vote d'il y a 10 ans a pesé lourd dans le coup de théâtre d'hier soir au parlement britannique, selon la presse anglaise.

Ce n'est plus Tony Blair, c'est David Cameron, ce n'est plus l'Irak mais la Syrie - et certains diront que les preuves que Bachar al Assad a utilisé des armes chimiques sont beaucoup moins discutables - mais le résultat est là : en pensant notamment à l'Irak il y a 10 ans, la chambre des Communes a dit non, au moins pour l'instant, à une intervention en Syrie.

Et l'événement écrase tout le reste à la Une de la presse britannique

A la Une du quotidien populaire Daily Mail , « Cameron, l'humiliation (…) Ce fut une soirée capitale, elle plonge le Premier Ministre dans une profonde crise politique »

Au centre gauche, The Guardian : « Cameron doit renoncer à l'attaque en Syrie - déflagration dévastatrice pour son autorité »

« Cameron humilié » titre The Times , du côté des conservateurs

Après le vote, les proches du Premier Ministre en ont perdu leur sang froid

Le Daily mail raconte le coup de sang du ministre de l'Education. « Vous êtes une honte ! » criait-il hier soir aux députés qui ont voté contre la guerre. Parmi ces députés, plusieurs dizaines d'élus du parti conservateur de David Cameron. « You're a disgrace, you're a disgrace ! ». Des collègues ont du le calmer ...

Est-ce lui est-ce un autre, en tout cas selon The Times et The Independant , un membre du gouvernement a utilisé les termes les plus injurieux à propos du chef de l'opposition, Ed Miliband, qui avait laissé entendre qu'il soutiendrait la guerre avant de changer de pied. Les termes sont tellement grossiers qu'il y a des étoiles à la place des mots. Je ne dois pas être très loin de la vérité en traduisant l'expression par « suceur de merde ».

Le gouvernement britannique humilié, et déchainé. Mais la presse approuve la décision de la chambre, « la mère de tous les parlements ».

« Cette semaine, peut-on lire dans l'édito de The Independant , nous a rappelé la valeur inestimable du parlement (…) Il était impossible de ne pas penser à l'Irak. La situation est différente à beaucoup d'égards, mais il reste des leçons à tirer de cet épisode et notamment la nécessité primordiale d'une légitimité à toute intervention. »

« Le Parlement a fait son travail au bon moment » ajoute The Guardian . Pour David Cameron, « l'humiliation est historique ».

Le Daily mail , qui s'emballe peut être un peu, assure que c'est la première fois depuis 1782 et la guerre en Amérique que la chambre des communes vote contre le gouvernement sur une question de guerre et de paix.

Après ce vote : "Syrie, le temps est suspendu"

C'est le titre de La Dépêche du Midi . Titre qui réjouira L'Humanité , de loin le plus anti guerre des quotidiens nationaux : « Stoppons les va-t-en guerre ! » peut-on lire à la Une ce matin encore.

L'Occident qui hésite, la Russie implacable dans son soutien à la Syrie. A la Une du Parisien-Aujourd’hui en France , voici « Moscou et Washington à nouveau face à face ». Hasard du calendrier, souligne le journal, cette nouvelle crise internationale survient 50 ans jour pour jour après la mise en place du téléphone rouge entre USA et URSS en pleine guerre froide...

Comment expliquer la position russe ?

La correspondante du Monde à Moscou Marie Jégo donne les clés dans l'édition de ce jour. Point de départ, de l’analyse, deux alliés de Vladimir Poutine : Bachar el-Assad mais aussi Alexandre Zaldostanov.

Il est inconnu en France. C'est un colosse barbu à cheveux longs et blouson de cuir où il est inscrit « Dieu est avec nous ». Un copain de randonnée du président qui a pris de l'influence. Vendredi dernier, c'est lui qui organisait le concert pour le 71ème anniversaire du bombardement de Stalingrad. On a entendu du hard rock et des bardes, mais aussi la voix de Staline. Enregistrement factice mais qui faisait illusion.

Pour Marie Jégo, ce concert explique aussi l'attitude de Poutine en Syrie. Affaibli en interne, il joue sur le registre de l'Homo sovieticus, décrire le pays comme une forteresse assiégée, flatter les plus rétrogrades des russes. « Seul contre tous », crispation interne qui se retrouve au niveau international. Le soutien à Bachar al-Assad tient avant tout à la volonté de Poutine d'être le leader du front anti occidental. Pour cela, en Russie, il fait l'unanimité.

Fermeté de la Russie, hésitations des occidentaux, moins influents que naguère. Dans Le Monde encore - c'est un symbole car il n'y a pas de lien direct avec l'affaire syrienne - mais en page 4, Christophe Châtelot montre comment la diplomatie française réduit la voilure. Réduction du personnel, quatorze représentations diplomatiques fermées, notamment en Afrique. Dans un autre domaine, vingt-deux instituts culturels ou leurs antennes qui mettent la clé sous la porte. Début mai, la cour des comptes soulignait que le réseau diplomatique français coutait 20% plus cher qu'il y a 5 ans. D'où ces fermetures.

Là aussi, les termes diplomatiques sont laissés de côté. "Ca nous emmerde mais c'est comme ça" dit un ambassadeur au Monde .

Quoi d'autre dans la presse ?

19%. Le nombre d'Européens qui ont obtenu la nationalité allemande a cru de 19% l'année dernière. Ce sont en particuliers de jeunes diplômés grecs, italiens, ou espagnols, à la recherche de travail.

10 ans. Un violeur condamné est resté libre dix ans avant d'être arrêté hier après un simple contrôle de routine à Dijon. Il y a 10 ans il ne s'était pas présenté au tribunal, il avait été jugé par contumace, en son absence. Depuis il était introuvable. L'histoire est à la Une du Bien public .

Et puis dans Le Figaro, ce titre : « Un cerveau embryonnaire fabriqué en laboratoire ». C'est une équipe anglo-autrichienne qui vient d'annoncer la nouvelle dans la revue Nature . Il mesure trois à quatre millimètres de diamètre, comme un cerveau qui en serait à sa neuvième semaine de développement. Il a été reproduit à partir de cellules souches dérivées de la peau. Il permettra de mieux comprendre une maladie précise du développement cérébral.

Les scientifiques envisagent d'autres applications : générer des tumeurs cérébrales pour aider l'industrie pharmaceutiques à fabriquer des médicaments.

On en est très loin mais en lisant Le Figaro vient la question vertigineuse : est-ce qu'on saura fabriquer un cerveau complet un jour ? Réponse d'un des scientifiques qui vient de publier dans Nature : « Je ne crois pas et je ne pense pas qu'il soit éthiquement permis de générer un cerveau entier et de l'utiliser pour réparer un cerveau humain. »

De quoi réellement, se faire des nœuds au cerveau...

A lundi !

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