(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le pur sang et la grenouilles

« On n'attelle pas un pur-sang avec une grenouille ». La phrase est signée Georges Clemenceau, exhumée dans l'éditorial du Point cette semaine. Le Tigre formulait ainsi, selon Etienne Gernelle, son peu de goût pour les compromis gouvernementaux.

Et le directeur de la rédaction du Point poursuit : « La phrase doit avoir une résonnance toute particulière pour Manuel Valls, obligé de composer avec les "grenouilles" de sa majorité.3

Les grenouilles en question, pas sûr qu'elles aimeraient la comparaison, sont donc 41. 41 abstentionnistes au parti socialiste hier au moment de voter le programme de stabilité.

Programme adopté oui, mais c'est une majorité « rétrécie » pour La Voix du Nord , « revêche » pour La Provence , « sans passion » pour Sud Ouest , « au rabais » pour Le Parisien Aujourd’hui en France .

265 voix pour. 41 abstentionnistes au PS, même chose pour la majorité des députés centristes et même pour 3 UMP.

Alors le bilan de cette séance rare hier à l'assemblée selon Yves Harté dans Sud Ouest qui tire la logique jusqu'au point de rupture : « Manuel Valls se retrouve leader symbolique d'une étrange majorité, composée de l'aile droite du PS, de beaucoup de membres de l'UDI et de quelques UMP. Ce conglomérat au nom de l'intérêt supérieur du pays lui reconnait le courage de ses convictions et la volonté d'aller au bout de ses idées. »

Un obstacle franchi, Michel Urvoy respire dans Ouest France : "Le premier ministre vient tout simplement de permettre à la majorité de continuer à gouverner et à la France d'afficher une crédibilité".

Philippe Waucampt, dans Le Républicain lorrain applaudit la méthode pour contenir la grogne au PS, mélange d'organisation, de vitesse et d'autorité. « L'affaire a été bouclée en 15 jours. (…) Si elle méprise et vomit désormais le locataire de l'Elysée, la majorité s'initie à la férule du nouveau Premier ministre. »

Un obstacle franchi, oui mais combien d'autres à passer pour l'attelage du pur sang et des grenouilles ? "Le moindre texte sera un écueil, estime Hervé Cannet dans La Nouvelle République du centre Ouest .

Car les moins roses à gauche sont bel et bien remontés, à l'image de Jean-Emmanuel Ducoin dans L'Humanité : "Prenons conscience que face à un tel train de mesures austéritaires et injustes, la droite en toute logique aurait dû se prononcer pour."

« La viabilité du gouvernement tient à la résistance à la douleur de son propre camp estime Paul Henri du Limbert dans Le Figaro . On a vu des entreprises mieux engagées. » Comment tenir la distance ? « Le couple exécutif devra montrer sans relâche qu'une politique de rigueur n'est pas contradictoire avec une politique sociale, conseille Eric Decouty dans Libération . Que la gauche ne s'est pas perdue dans la gestion des déficits publics. »

Conclusion aux espagnols d'El Pais qui suivent de très près les premières semaines du gouvernement : "Hier est né un leader, capable de composer avec les héritages, les symboles et les fantômes de son parti et de son pays. Il devra aussi affronter des échecs toujours possibles".

Echecs possibles voire probables. A un peu plus de trois semaines des européennes, sondage Ifop dans Le Figaro concernant la région Sud Est. Intentions de vote : Liste UMP de Renaud Muselier 28, Liste FN de Jean-Marie le Pen 23, Liste PS de Vincent Peillon 13. 10 points, donc, derrière le Front national.

Elections législatives aujourd'hui en Irak

George Bush voulait y exporter la démocratie...

« Bagdad en 2014 est probablement la ville la plus dangereuse au monde, écrit Georges Malbrunot dans Le Figaro . Deux ou trois voitures piégées y explosent chaque jour, et une dizaine d'attaques armées éclatent contre les forces de l'ordre. Kurdes, sunnites, chiites… « Jamais depuis 2006, le pays n'a été aussi proche de l'éclatement ». Un premier ministre largement détesté, accusé de se comporter en petit dictateur. Question : « Où sont allés les 87 milliards de dollars de pétrole vendus l'an dernier ? » Peu ou pas de meetings - de peur des attentats. Peu ou pas de programme - les bases électorales des candidats sont toujours sectaires ou tribales. « Si Maliki reste premier ministre, une guerre civile éclatera, dit l'un de ses adversaires. 99% des sunnites ne l'accepteront pas. »

C'est encore un pays en pleine régression que décrit l'envoyé spécial du Figaro . L’Irak avait reçu un prix de l'Unesco pour la qualité de son système éducatif en 1979. Aujourd'hui 26% des femmes sont analphabètes et il manque plus de 10.000 écoles jamais reconstruites après la guerre. Une image de Bagdad au moment du vote : « A l'ombre des palais de Saddam en ruines, s'écoule toujours l'eau saumâtre du Tigre. »

Le football en noir et blanc

4/0 pour le Real Madrid hier face au Bayern Munich en demi finale de ligue des champions. L'équipe réputée la meilleure en Europe étrillée à domicile. Forcément les réactions ne sont pas les mêmes dans la presse allemande et espagnole. De Die Welt à Bild en passant par la Süddeustche Zeitung , il est question de débâcle historique, d'humiliation, de déluge. Dans la presse espagnole, ironie. « Maintenant, une bonne douche et en route pour la dixième ! », titre le quotidien sportif Marca . Le Real Madrid pourrait gagner le 24 mai en finale sa 10ème ligue des champions.

Le foot en noir et blanc, comme ses icônes, quand elles dérapent. Michel Platini, vendredi dernier :

"Il faut absolument dire aux Brésiliens qu'ils ont la Coupe du monde, qu'ils sont là pour montrer la beauté de leur pays, leur passion pour le football, et que, s'ils peuvent attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux, ce serait bien pour le Brésil et pour la planète football, quoi. Mais bon, après, après, on ne maîtrise pas, quoi."

Autrement dit, les pauvres soyez gentils, restez dans vos favelas, on joue au foot. Pourquoi ces propos n'ont ils pas davantage choqué ? A part Pascal Praud, peu de commentateurs du football se sont risqués à critiquer Platini. « On n'a pas envie d'abimer celui qui nous a fait rêver dit Pascal Praud au point.fr pour expliquer la timidité de ses confrères. Quand on attaque Platini on prend le risque de se couper de lui. Beaucoup de gens ont le sentiment que les indignations médiatiques sont sélectives. »

Platini version légende sympa. Interview croisée avec Julien Dorée dans Les Inrockuptibles . Il revient sur la demi-finale de coupe du monde perdue face à l'Allemagne en 1982 : « Après quand on se retrouve dans les vestiaires, on est onze à pleurer. C'est assez fort de pleurer à onze. Je ne sais pas si vous avez déjà vécu ça. »

La presse en bref : les curiosités du jour

Pourquoi les sondages nous obligent-ils à choisir ? « 2 femmes sur 3 préfèrent bien manger que coucher », dixit Grazia. Franchement, pourquoi l'un ou l'autre ? On pourrait poser la question à Rihanna, elle pose quasi nue dans Lui ce mois-ci. Lui qui fait cohabiter ce mois ci la chanteuse des Barbades topless et Michel Houellebecq. Houellebecq présente son projet politique. Démocratie directe à tous crins. Il voudrait carrément supprimer le parlement.

A propos d'icônes, les hebdomadaires célèbrent les 60 ans de Bonjour Tristesse, le roman de Françoise Sagan. Pour l'occasion, les éditions Stock publient un livre qui compile tous les entretiens que Sagan a accordé. Cette phrase notamment, trouvée dans les Inrockuptibles et totalement à contre courant : 'La fête est une chose secrète, sacrée et sacrilège. La fête ne se fait pas avec des plumes dans une boîte de nuit. Elle se fait dans le noir avec quelqu'un".

On ne se lasse pas de la légende de ce roman, Bonjour Tristesse . Dans Le Nouvel Observateur , Jérôme Garcin la raconte à nouveau avec quelques mots précis qui transportent 60 ans en arrière mais touchent toujours autant :

« Le 6 janvier du terrible hiver 1954, une jeune fille rangée de 18 ans, qui pèse 49 kilos, mesure 1.66 mètres et fume des Chesterfield sans filtre, remet au siège des éditions Julliard, 30 rue de l’Université, une maigre chemise en carton sur laquelle est écrit à la main : ‘’François Quoirez 167, boulevard Malesherbes, téléphone : Carnot 59 81, née le 21 juin 1935’’. A l’intérieur, les 160 feuillets de Bonjour tristesse (…) René Julliard convoque au petit matin la romancière prodige par télégramme. »

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