Fang Fang, l'écrivaine de Wuhan est fustigée comme traitresse sur l'internet chinois, quand monte une ambiance rappelant la Révolution culturelle: le Monde, le Figaro, Courrier International. Le Point raconte comment la France a laissé tomber la Chine en lutte contre les pandémies. L'Obs raconte l'autofellation!

On parle de courage…

Celui des soixante légionnaires de Camerone qui le 30 avril 1863 résistèrent aux assauts de 2000 soldats mexicains, et depuis qu’en 1906 un lieutenant de la Légion au Tonkin initia la coutume, on célèbre chaque année leur vertu partout où se trouvent la légion étrangère, et à Aubagne, coeur de la légion, on raconte dans le silence l’histoire de la bataille et à midi l’on présente aux troupes la main de bois articulée du capitaine Danjou qui mourut précisément à cette heure au milieu de ses hommes. Puis dans une kermesse fraternisent civils et légionnaires… Mais la Provence me dit qu’aujourd’hui, il n’y aura pas de kermesse ni de fête, pas de public, le coronavirus commande et le général Mistral, quel beau nom l’a annoncé, cette année, la cérémonie se fera entre nous…

Et ce repli sur l’intimité militaire n’est qu’un parmi d’autres d’abandons, quand le Progrès titre « ni défilé ni muguet » pour nous préparer demain à un Premier Mai sans luttes visibles et sans fleurs vendues à la sauvette…

Mais qu’on dissimule Camerone, ce symbole de l’esprit combattant, est un vertige. La semaine dernière, je lisais dans Corse-Matin que des épouses de légionnaires, pourtant endurcies, redoutaient qu’en dépit du huis clos les cérémonies du 2e régiment étranger de parachutiste à calvi, ne mettent en danger leurs époux… Est-il plus dangereux ce virus invisible que les mexicains d’antan? 

Il est d’autres courages que militaires dans une société à fleur de peau. Je vois dans la Voix du Nord le courage d’Alain Gonce, maire Toufflers près de Roubaix, agressé parce qu’il empêchait deux hommes de racketter des automobilistes. Je lis dans l’Est Eclair le courage d’un vigile, Philippe qui assurait la sécurité d’un hôtel transformé en centre d’accueil pour migrants, qui a vu fondre sur lui une troupe d‘une cinquantaine de Tchétchènes venus pour attaquer des migrants africains. « Ils venaient pour tuer, c’était une scène de guerre » dit Philippe qui ayant protégé des africains a reçu un coup de barre de fer sur le crâne. Il a été soldat.

On parle aussi du courage d’une femme chinoise…

Que le Figaro raconte, après le Monde, la Croix et Courrier international,  on se souvient de Fang Fang, cette écrivaine de Wuhan qui diffusait sur internet un journal de son confinement. Elle est lynchée sur les réseaux sociaux de chine: le 6 avril, on apprenait que le journal de Fang Fang allait etre publié aux Etats-unis et cette nouvelle a lâché les loups du nationalisme La voilà « profiteuse, vénale, traître ». « Le gouvernement se bat avec toutes les forces à l’extérieur pour rendre le peuple chinois innocent. Mais toi, avec un stylo, tu plonges le pays dans l’abîme », écrit un internaute. 

Et ce qui arrive à Fang Fang démontre la puissance du récit officiel. Quand elle était encore admirée, l’hebdomadaire chinois Caixin avait interrogé Fang Fang, Courrier international avait traduit ce texte où l’on demandait à la romancière: « Vous ne craignez pas de vous attirer les foudres des autorités? »

Elle répondairt ainsi: « Peu m’importe que cela leur déplaise ! 9 millions de Wuhanais ont été confinés chez eux comme moi, on compte tant de victimes... C’est de savoir si ces gens-là sont contents ou pas que doivent se préoccuper les autorités. »

Finalement, ce ne sont pas les autorités mais une partie du peuple lui-même, qui châtie l’écrivaine, et pas seulement elle. 

Le Monde me dit qu’après Fang Fang, c’est une professeur de littérature, Lian Yanping, que l’on dénonce; elle est coupable de défendre la démocratie à Hong Kong et de vanter la liberté de parole au Japon, où elle enseigne également: la voilà lit-on sur internet coupable de racisme envers son propre peuple… Le Monde parle d’« un désagréable parfum de révolution culturelle », référence à un passé de la chine quand des foules juvéniles brandissant le petit livre rouge de Mao fustigeaient les dissidents pour complaire au Parti communiste.

« Plus de cinquante ans ont passé mais on y est encore » a écrit Fang Fang mardi sur internet, cette femme ne recule pas,  telle un légionnaire à Camerone. 

Le Point se penche avec précision sur les orgueils et les offensives chinoises, et sur le langage toujours plus dur des diplomates de l’Empire qui pratique désormais une désinformation comme la Russie de Poutine.  Mais l’hebdomadaire ne nous exonère pas des régressions chinoises, et raconte comment la France a laissé tomber la Chine face aux risques de pandémies. Après la crise du SARS en 2003, nous nous étions engagés pour doter la Chine d’un laboratoire perfectionné destiné à comprendre les virus… Le fameux labo P4 de Wuhan a bien été construit, mais nous nous sommes ensuite défaussés, le labo est une coquille vide: il faut être deux pour gâcher les avenirs communs. 

Et on parle d’exploration…

Et il s’agit encore de virus… Society me raconte un américain aventurier, David Quammen, qui depuis des décennies arpente la planète pour trouver l'origine de ces virus qui nous viennent des animaux sauvages, il voulait être romancier, il écrit des livres sur des catastrophes vraies, oui,  il écrit déjà sur le Covid -19. 

On peut aussi explorer de belles choses. Des personnalités du cinema du theâtre supplient fermement dans le Monde le president Macron de prendre en compte la catastrophe qui saisit l'art et le spectacle et ceux qui en vivent… Le magazine des Echos me dit que les applications de rencontres fleurissent sous le confinement…

Et puis... Pour adultes seulement. Dans la grande tradition d’un hebdomadaire qui a toujours exploré les mystères du sexe, l’Obs  sur son site internet décortique avec un sérieux enjoué une pratique minoritaire et qui exige de la souplesse, l’autofellation: une masturbation buccale que pratique notamment un américain contorsionniste qui a commencé tout petit à mettre son pénis à la bouche: ainsi disait la mythologie d’Egypte le dieu Ra avait créé le monde. Je ne m’y risque pas.

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