Les mots sont ainsi faits, ils marquent une année. Alors selon Laëtita Gayet, quels ont été les termes emblématiques de 2016 ?

Les derniers mots de 2016 : Expulsion

Le complexe situé sur la côte Est des Etats-Unis est luxueux. Pendant des années, il a été un lieu de retraites où les diplomates russes pouvaient se retrouver. Mais aujourd'hui, Barack Obama considère ouvertement que c'est un nid d'espions russes. Et c'est pourquoi, selon THE NEW YORK TIMES, le président américain a décidé d'expulser 35 agents de renseignement russes. Parce que leur comportement ne correspond pas je cite, à leur statut diplomatique. Une mesure de représailles, en réponse au piratage informatique et à l'ingérence présumée de la Russie dans l'élection présidentielle américaine. Un ancien de la CIA qui a dirigé les opérations en Russie jusqu'en 2015, l'affirme. C'est surtout symbolique. Car ça ne ralentira pas les activités de la Russie aux Etats-Unis. Cela irritera tout au plus Moscou.

LES ECHOS sont dans la même veine ce matin. C'est un ultime baroud d'honneur d'Obama contre Poutine et Trump. D'autant que n'est pas la première fois que ces deux complexes situés dans le Maryland entre New York et Washington sont visés par l'administration américaine reprend le NEW YORK TIMES. Dans les années 1980, en pleine guerre froide, Ronald Reagan les avait accusés d'espionnage. Sur place, des voisins de ces résidences racontent avoir pourtant eu des relations normales. Ils avaient même été invités par les Russes lors de la fête du travail. Un voisin avait juste déclaré à un journaliste que les Russes ne cuisinaient pas le crabe comme les Américains. Ils les poignardent au tournevis, enlèvent leur coque et après les font bouillir.

Derniers mots de 2016. Derniers voeux.

Derniers voeux demain pour François Hollande sous forme de testament, explique à L'OPINION un député socialiste. Ils ne seront pas soupçonnables d'être tactiques. Du coup, il peut se lâcher et dire aux Français ce qu'il a vraiment voulu faire. Et puis, il regarde maintenant la primaire de loin. Il se rend compte que s'il y était allé, il aurait servi de défouloir. Il se rend compte aussi que la candidature de Manuel Valls est catastrophique. Les gens de gauche n'en veulent pas. Alors que va dire François Hollande ? L'OPINION rappelle les derniers voeux des autres présidents. Entre ceux qui savaient que c'était les derniers et ceux qui ne le savaient pas encore : "La France s'est ressaisie" (De Gaulle en 1968), "Vive Notre France" (Pompidou 1973), "De la confiance, pas de l'optimisme" (Giscard 1980), "Je crois aux forces de l'esprit"(Mitterrand 1994). "Faites vivre intensément vos convictions" (Chirac 2006), "Je suis certain du chemin" (Sarkozy 2012).

Derniers mots qui comptent dans un tribunal.

Ceux d'Asli Erdogan, cette écrivaine turque jugée hier, pour ses écrits contre le pouvoir conservateur en place. A lire dans LE FIGARO, L'HUMA et LES DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE :

"Je vais prononcer ma défense comme si le droit existait. Je suis entrée dans l'histoire de ce siècle comme la première femme de lettres menacée d'une peine de prison à perpétuité incompressible. Je n'ai jamais entendu parler d'une personne rejoignant une organisation armée après 30 années d'écriture.Je suis un écrivain. Mais raison d'être est de raconter."

Derniers mots qui comptent. Et un mot qui a du mal à compter. La Paix.

Dimanche 1er janvier 2017, ce sera la journée mondiale de la paix. LA CROIX invite pour se faire, à la non-violence ce matin. Il n'est pas question de cessez-le-feu en Syrie. Il est question d'initiatives. Une parmi d'autres : Ariane Mnouchkine a fait jouer à la Cartoucherie de Vincennes des jeunes Afghans. Ils étaient tisserands, marchands d'armes ou étudiants. Ils ont porté haut la voix de l'exil afghan. "Nous ne sommes pas des politiciens. Mais dans nos pièces, nous parlons tout le temps de politique. C'est un devoir." Wazhma Khil, l'une des comédiennes, aspire aussi à ce que les Européens ne résument plus l'Afghanistan à la guerre. Des initiatives, pour un chemin qui sera long, note Guillaume Goubert.

Reconstruire la possibilité de vivre ensemble mobilisera plusieurs générations. Il faut peut-être repenser tout simplement la paix. Dossier de SCIENCES HUMAINES. On est actuellement, dans une paix négative qui s'enracine. La paix n'est pas l'absence de guerre. "La paix, écrit Frédéric Ramel, professeur à Science Po Paris, c'est satisfaire des besoins humains fondamentaux d'ordre socio-économique, écologique voire spirituel. La paix rime avec épanouissement et harmonie".

Parmi les derniers mots de 2016 : la fessée ?

LE PARISIEN-AUJOURD'HUI EN FRANCE en fait sa Une ce matin. C'est fini. La loi interdit désormais les châtiments corporels. Ca ne va pas être facile quand on sait que 85% des parents y ont recours. Faut-il y voir une amende derrière chaque fessée ? Non, la mesure est symbolique. Pour Laurence Rossignol, ministre des Familles, l'objectif est la prise de conscience. Gilles Lazimi, coordinateur des campagnes contre la violence éducative, le dit. Une fessée peut empêcher de grandir. Quand un enfant est frappé, il est inondé par des hormones de stress qui sidèrent sa pensée, bloque son fonctionnement cérébral et donc ses facultés d'apprentissage.

Question posée à des lecteurs du PARISIEN-AUJOURD'HUI-EN-FRANCE : Comment punissez-vous vos enfants ? Armelle use de psychologie. Alexandre reconnaît mettre rarement une fessée :"je punis, mais si l'une de mes filles mord l'autre, je mords pour lui montrer que ça fait mal". Antoinette criait, "mais cela ne servait à rien. Mais je ne donnais pas de fessée. Il ne faut pas oublier, dit-elle, que les mots peuvent encore être plus violents".

Et l'on revient aux mots. A ceux qui ont marqué l'année 2016.

LE PARISIEN-AUJOURD'HUI-EN-FRANCE, toujours, les a recensés avec des experts. Cette année, le populisme est partout. Pourtant on mesure mal ce mot. La linguiste Jeanne Bordeau rappelle qu'il désignait au départ le mouvement des peuples contre le tsar en Russie et contre les banques et les compagnies de chemins de fer aux Etats-Unis. Ce mot était positif. Il est devenu aujourd'hui, négatif. Plus globalement, les mots en -isme n'indiquent plus d'idées, mais une position sur une carte. Migrants et réfugiés, deux mots pour une crise qui a marquée l'année 2016. Et qu'on fasse bien la distinction. Migrant charrie une connotation de peur et d'envahissement. Alors que réfugié renvoie plus à notre propre conscience.

L'ACTU, le quotidien des ados a choisi réfugiés pour raconter sa belle histoire. Un village de l'Aveyron a accueilli une famille soudanais. "Au début, 90% de la population était contre leur accueil. Aujourd'hui, on est à 90% pour" dit un habitant. Ces réfugiés nous apportent à nous, vieux de la France profonde, de la jeunesse et de la vie. Le maire confirme : "Les habitants avaient peur de l'appel d'air. Je me suis donc engagé à n'accueillir qu'une famille. Les habitants ont donné, prêté de l'argent, pour acheter une maison." A quarante, ils ont mis six semaines à la retaper.

Les mots sont ainsi faits. Ils marquent une année. En même temps. Si l'on en croit une étude publiée sur le site ATLANTICO, le vocabulaire que vous utilisez aujourd'hui, a une durée de vie limitée à quatorze ans. Pour ça, les scientifiques ont épluché 4,5 millions de livres édités entre 1700 et aujourd'hui. Ils ont fait des graphiques. Les courbes ressemblent à des cours boursiers. Le principe en même temps est le même, à savoir l'effet de mode. Alors quels seront les mots de 2017 ? Rendez-vous l'année prochaine.

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