Bonjour... En fait de "jeudi noir", ce fut "un jeudi noir... de monde". C'est le titre qui barre la Une de LA VOIX DU NORD. Il reflète (avec ce qu'il faut d'espiéglerie) le sentiment général de la presse... Au-delà des statistiques, policières ou syndicales, tous vos journaux s'entendent ce matin pour reconnaître la réussite de la journée nationale interprofessionnelle de mobilisation de ce 29 janvier. Les titres sont là pour le dire, les photos aussi : clichés de ce qui restera pour NICE-MATIN, OUEST-FRANCE, LE COURRIER DE L'OUEST, LA DEPECHE DU MIDI, une mobilisation "massive", "géante", "record"... et même une mobilisation "monstre". Et puis il y a cette petite photo, relevée sur le site Internet de l'édition lilloise du quotidien LIBERATION : un manifestant, coiffé d'une passoire toute piquée de fleurs, arbore un sourire et une pancarte. Sur la pancarte on lit : "Quand il y a grève, personne ne s'en aperçoit"... "Et là, tu m'aperçois ?". LE FIGARO.fr le reconnaît : les syndicats ont réussi leur journée de mobilisation. Pour L'HUMANITE.fr, c'est "historique !"... (Je précise ".fr", pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas de quotidiens nationaux ce matin dans vos kiosques, conséquence de la grève... Rendez-vous donc sur Internet). En somme, les manifestations d'hier, à la lecture des éditoriaux du jour, apparaissent un peu comme un retour à l'envoyeur. La petite phrase du Président ("Quand il y a grève, personne ne s'en aperçoit") est très souvent reprise, ce matin, dans la presse régionale et sur les sites des journaux nationaux. Dans LE DAUPHINE LIBERE, Didier Pobel note au passage qu'il n'y a pas eu de "chaos dans les transports", "pas de ces signes extérieurs d'exaspération si fréquents en pareil cas, pas de véritables débordements en fin de cortège". Il ajoute : c'est "une performance sans doute moins due aux effets du service minimum imposé qu'à une sorte de désir collectif de ne pas entraver la vie quotidienne de tout un chacun. Un peu comme si, en 2009, il était apparu urgent de prouver qu'on peut être visible, sans être 'nuisible'". Dans le même esprit, Francis Lachat, pour LE COURRIER PICARD, remarque que "les grévistes et manifestants d'hier n'étaient plus seulement les enseignants syndiqués, les cheminots ou ceux de la fonction publique. C'était aussi les salariés du privé, touchés par le chômage technique, victimes de plans de licenciement, ou dont l'entreprise a revu les conditions de travail". Quant à Bruno Dive, dans SUD-OUEST, il constate que non, "ce ne fut pas un 'jeudi noir', ni l'annonce du 'grand soir'. Juste un après-midi ensoleillé pour exprimer une inquiétude". Moins bucolique que son confrère, Jean-Paul Brunel, du COURRIER DE L'OUEST, a vu passer un "jour de colère". Selon François Martin, dans LE MIDI LIBRE, cette colère, "c'est celle des ménages devant la crise. Ils sont, pourtant, les derniers à en porter la responsabilité et les premiers à en supporter les conséquences". Pour LE REPUBLICAIN LORRAIN, Philippe Waucampt écrit : "Le pays, hier, était dans la protestation pure. Et c'est bien cela qui préoccupe le gouvernement". Et comme chacun le sait, Alain, il n'y a pas de protestation sans message... "Les messages de la rue" : c'est le titre qui barre la Une des DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE. Cet autre titre, entre guillemets cette fois, en première page de LA PROVENCE : "Entendez-nous !". Entendre quoi ?... ...Entendre que "la relance, la nécessaire relance, ne passe pas seulement par une aide financière substantielle aux banques et aux industries défaillantes. Elle est aussi indexée sur le moral, les revenus et, in fine, la consommation des salariés et des ménages. C'est ce que les syndicats martèlent depuis des mois", précise Paul Burel dans OUEST-FRANCE. Puis il pose cette question : "Le patron de l'Elysée peut-il continuer à ignorer cette attente ?". On serait tenté de le croire à la lecture du FIGARO MAGAZINE en date de demain. En exclusivité, le FIG-MAG dévoile "50 des plus gros projets qui bénéficieront du label 'plan de relance', annoncés lundi prochain par le Premier ministre". Titre de l'article : "Plan de relance... C'EST PARTI !". Les chantiers évoqués par LE FIGARO MAGAZINE visent pour l'essentiel à créer ou sauvegarder des emplois en relançant la construction, la rénovation, les travaux publics. Il n'est pas question là de coup de pouce au pouvoir d'achat. Une grève, aussi massive fût-elle, oui, d'accord... "Mais maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?" : c'est ce que se demande Michel Lépinay dans PARIS-NORMANDIE. Alors, on le sait, Nicolas Sarkozy recevra syndicats et patronat le mois prochain, peut-être dans quelques jours. La semaine prochaine, nous rapporte LE PARISIEN.fr, le chef de l'Etat "s'adressera aux Français au cours d'une émission spéciale sur TF1 et sur le service public"... C'est ce que Laurence Ferrari, la présentatrice du 20 Heures de la Une, a précisé hier soir à la fin de son journal. A l'Elysée, on n'a pas confirmé cette information. "Le Président de la République a du sens politique"... Il peut trouver là "matière à rebondir". C'est ce que pense Patrick Pépin. Il le souligne dans NORD-ECLAIR avec, cependant, une réserve... Patrick Pépin prévient : "Cette fois-ci, les tours de passe-passe, les invocations à Léon Blum ou à la Résistance ne sont plus de mise. Il faudra aller chercher au plus profond les raisons de donner de l'espoir à un peuple historiquement impatient". Jacques Guyon, pour LA CHARENTE LIBRE, dit à peu près la même chose en usant d'une métaphore marine : "Nicolas Sarkozy doit comprendre que sa posture de Président de 'rupture' qui l'a fait élire par temps calme n'est plus adaptée en période de grande tempête. Bringuebalés par la crise, les Français ont moins besoin d'un hussard qui taille à la hache dans les acquis que d'un pompier attentif doublé d'un capitaine fixant un cap. A condition que celui-ci comprenne enfin qu'on ne peut demander des efforts, des sacrifices à un équipage qu'à la condition que ceux-ci soient équitablement répartis". Sur le site Internet du quotidien économique LES ECHOS, vous lirez que "les syndicats exigent du concret après leur démonstration de force". Dans NICE-MATIN, Jean-Louis Gombeaud considère que les défilés d'hier, justement, "auront du mal à déboucher sur des résultats concrets". Et pour cause : "Avec la crise qui est une dure réalité, les manoeuvres du pouvoir sont quasiment nulles". Analyse similaire pour Hervé Chabaud dans L'UNION. L'éditorialiste champenois précise que si "l'urgence d'un dialogue social pragmatique s'impose", on doit avoir à l'esprit "qu'un surcroît de pouvoir d'achat ne doit pas aboutir à une explosion de nos importations qui se situent déjà à un niveau inacceptable (...) Il faut être capable de s'entendre sur des choix qui ne creusent pas un peu plus l'ornière où nous sommes bloqués". Et puis on sait maintenant qu'en France, toute manifestation peut s'accompagner de "dommages collatéraux". Le préfet de la Manche vient d'en faire l'expérience... Jean Charbonniaud avait été nommé préfet de la Manche en juillet. Il est aujourd'hui prié de faire ses valises, victime de ce que l'on appelle en jargon administratif (c'est une précision du FIGARO.fr) "une mise au placard". Sa faute ?... ...Il n'a pas réussi à empêcher les manifestations qui ont accueilli la venue de Nicolas Sarkozy à Saint-Lô, le 12 janvier dernier. Cela inspire ce titre au PARISIEN.fr : "La mutation du préfet fait des vagues". Commentaire de Francis Brochet dans LE PROGRES DE LYON : "Quand les Français manifestent, les préfets valsent (...) Vous imaginez, si notre Président s'avisait de muter-sanctionner les préfets de tous les départements où l'on a défilé hier ?"... Mon confrère s'amuse avec cette idée folle, il entrevoit le pire : "Une hécatombe préfectorale menace la France. C'est sans doute pourquoi ils s'employaient tous, hier soir (les préfets), à mécompter les manifestants, et diviser par 5 ou 10 les estimations syndicales". Quel mauvais esprit !... ...Pas de doute, on est bien en France. Bon week-end à tous...

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.