(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : libération et crispation

(Bruno Duvic) On n'entend toujours pas les coups de feu, on ne voit pas les bombes tomber du ciel, on ne distingue pas de victime au sol ; cette part violente et inévitable de la guerre n'apparait toujours pas dans la presse. Mais au moins, les reporters ont pu entrer dans les villes libérées et ils dévoilent cet aspect là de la situation au Mali.

« Dans Gao après le chaos » titre Libération ce matin. « Gao à l'heure de l'épuration » dans Le Figaro . Récit de Tanguy Berthemet. Les djihadistes ont décampé. L'un des chefs locaux a repris la méthode Mollah Omar : il s'est volatilisé dans la nature au guidon d'une mobylette.

Adieu les Djihadistes ! Un certain Mohammed ne les regrettera pas. Condamné pour s'être « comporté comme une femme », il devait être égorgé en public le matin de la libération. Ce sont des enfants qui l'ont extrait de sa cellule.

Gao ville exsangue. Les hommes du Mujao ont tout arraché avant de partir, jusqu'aux fils électriques sur les murs de la mairie. Drapeaux français et cartouche de cigarettes, voilà les deux témoignages de la liberté retrouvée. Cité paisible ? Non, atmosphère d'épuration. Les djihadistes avaient recruté des petits dans la ville, des chômeurs, des déclassés, des affamés. Ils sont cachés dans des recoins, la population les cherche.

De Gao à Tombouctou...

L'entrée de la ville photographiée par Eric Fefferberg dans Le Monde . Des enfants devant un panneau où il est écrit que « Tombouctou ne sera jugée que par la charia ». La cité des 333 saints vient d'endurer un long hiver obscurantiste. C'est un anthropologue malien qui raconte les mois passés dans Libération . Même les chiens ont été fusillés par les fondamentalistes : présence non conforme à l'Islam. Le football aussi avait été interdit mais comme les maîtres de la ville aimaient y jouer, ils l'ont autorisé à nouveau. Pour dégager un petit espace de liberté, les habitants avaient imaginé des codes. Pour obtenir des cigarettes, il fallait demander du paracétamol.

De ces neuf mois d'enfer à Tombouctou, reste aussi une rancœur à l'égard des touaregs accusés d'avoir pillé et braconné à tour de bras : les banques, les boutiques, les éléphants, les autruches...

Les fondamentalistes voulaient effacer la moindre trace du passé. Ce qui a peut être disparu (cela demande à être confirmé) ce sont les fameux manuscrits de Tombouctou. Ces milliers de documents qui racontaient l'Afrique précoloniale, slate.fr les décrit. Ils étaient rédigés sur des parchemins, des papiers d'Orient, des omoplates de chameaux ou des peaux du mouton. Tout y était consigné : le cours du sel et des épices, des actes de justice, les précis de pharmacopée, de grammaire ou de mathématique, des conseils sur les relations sexuelles et même un traité sur les méfaits du tabac.

Reste ce mystère : où se sont évaporés les djihadistes ? Jean-Philippe Rémy écrit dans Le Monde : « Les chefs d'Ansar Eddine, d'Aqmi et du Mujao sont allés plus loin et plus vite dans leur fuite que prévu. »

Les soldats français sont à leur trousse. Sont-ils déjà plus au Nord, à Kidal ? Tout va très vite... Dessin de Cabu dans Le Canard enchainé . François Hollande est devant une carte d'Etat major : « A ce rythme là nos soldats risquent de reprendre l'Algérie française. »

Crispation aussi à l'assemblée nationale où s'est ouvert le débat sur le mariage pour tous

Dans la série « Rions un peu pour détendre l'atmosphère », Lefred-Thouron, toujours dans Le Canard enchainé . Deux pères et deux fils :

« - Votre fils a mis le mien enceint, il va falloir régulariser.

  • Soyez sans crainte, dès que la loi est passée, il l'épouse. »

Comme le titre Le Parisien-Aujourd'hui en France , il y a « Divorce à l'assemblée sur le mariage gay ». Première séance houleuse. Et dans ce contexte : Taubira superstar. C'est la ministre de la Justice qui porte le texte. L'Humanité applaudit son discours "sans faute" hier à la tribune : liberté de choisir, égalité de tous les couples, fraternité « parce qu'aucune différence ne peut servir de prétexte à des discriminations d'Etat ». « Taubira brille, l'UMP braille » titre Libération .

Et Le Figaro est en colère contre la ministre. « Mères porteuses, Taubira ouvre une brèche », en manchette du journal. La garde des Sceaux a publié vendredi une circulaire recommandant de délivrer la nationalité française aux enfants nés à l'étranger d'un père français et d'une mère porteuse.

Editorial d'Yves Thréard : « Est-ce ainsi qu'une garde des Sceaux entend rendre légale une pratique qui ne l'est pas en France ? Quelle hypocrisie : officiellement madame Taubira jure qu'il ne saurait être question d'inclure procréation et gestation pour autrui dans la loi sur le mariage homosexuel, mais en sous-main, elle en facilite l'accès. De la part d'une femme qui proclame partout son attachement au débat démocratique, on était en droit d'attendre davantage d'honnêteté. »

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

Pendant que les reporters, français au moins, ont les yeux braqués sur le Mali, la Syrie baigne dans le sang. Nouveau massacre à Alep. En un peu plus d'un mois, depuis décembre, selon le Herald Tribune qui reprend les chiffres de l'ONU, le nombre de réfugiés syriens à l'étranger est passé de 500.000 à 700.000. Témoignage d'une habitante de Homs, visée par des roquettes hier : "Pitié, grand dieu, pitié. Le bombardement est si puissant et si proche de nous. J'ai l'impression que le monde entier tremble. Priez pour nous. Nous sommes asséchés et épuisés"

« La nouvelle affaire Tapie » à la Une du Parisien . Domiciles perquisitionnés pour les trois juges impliqués dans la procédure d'arbitrage à l'issue de laquelle l'homme d'affaire de toucher plus de 400 millions du crédit lyonnais. Tapie a-t-il bénéficié de faveurs du précédent pouvoir ? Le Parisien parle de l'affaire « Tapie-Lagarde » puisque c'est l'ancienne ministre de l'Economie, aujourd’hui patronne du FMI, qui a assumé le recours à la procédure particulière de l'arbitrage dans cette affaire. Elle a toujours clamé sa bonne foi. Le député UDI Charles de Courson, l'un des plus en pointe dans ce dossier accuse dans Le Parisien : "La décision de recourir à l'arbitrage a été inspirée par la plus haute autorité de l'Etat", c'est à dire Nicolas Sarkozy. »

Florence Cassez particulièrement bien protégée à son retour en France la semaine dernière. 15 policiers pour l'encadrer, dixit Charlie Hebdo . Charlie se marre du décalage avec les promesses de début de quinquennat. Alléger la protection des personnalités pour des raisons de budget et de « présidence normale ».

Les flics de la Bac de Marseille réintégrés dans la police. Article de Mediapart . « On partait sur du criminel, on est plutôt sur du disciplinaire », assurent leurs avocat, ce dont doute manifestement Mediapart . Le policier relève encore que le policier qui avait donné l'alerte sur les pratiques potentiellement illégales de ses collègues de la Bac, lui, n'a pas été réintégré.

Et puis à la Une de l'Equipe, « La reine se retire », Laure Manaudou devrait annoncer sa retraite ce soir. Dessin de Chenez : une petite fille au bord d’une piscine et au pied de sa maman. Ce pourrait être la petite Manon. « Quand je serai grande, je serai sirène ! Comme toi M’man. »

A demain !

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