Dans la torpeur de l'été, en cette période où l'actualité fait souvent de longues siestes, une information comme le léger malaise de Nicolas Sarkozy lors de son footing connaît une durée de vie exceptionnelle. Les faits remontent tout de même à dimanche. Il y a donc quatre jours. D'habitude, une information chasse l'autre, et nous transforme tous, journalistes, en chroniqueurs de l'écume des jours. Là, dans le genre "suivi de l'info", on est servi. Il faut dire que Nicolas Sarkozy lui-même y met du sien.... Comme d'habitude, c'est lui qui décide du tempo. "Tous les jours, je cours, donc je suis. Un jour, j'ai un malaise, donc je suis également. Je suis humain. Je suis comme vous tous. Avec mes fragilités d'être humain". Et pour que le message passe encore mieux, le Président de la République le diffuse lui-même sur le perron de l'Elysée, dans le cadre d'une mini-conférence de presse aux allures improvisées. Et ça, estime France-Soir, c'est "un fait exceptionnel". "Oui, pendant plus de dix minutes, comme s'il s'agissait d'évoquer un tournant décisif de la situation nationale ou internationale, le chef de l'Etat s'est penché sur sa propre personne, en parodiant le Dany Boon de "Je vais bien, tout va bien". "Ce n'était pas une allocution officielle : c'était Facebook sur le perron de l'Elysée", note Didier Pobel dans Le Dauphiné Libéré. Philippe Waucampt, dans Le Républicain Lorrain, explique de son côté, que "Nicolas Sarkozy cherche bel et bien à tirer un avantage politique de cet épisode. Il en bave, et en plus, il le reconnaît. Ainsi peut-on augurer d'une remontée du chef de l'Etat dans les sondages", conclut Philippe Waucampt. Le malaise du Président, et maintenant... le repos du guerrier. "Dans quelques heures, il s'envolera pour trois semaines de vacances dans la maison familiale de son épouse, au Cap-Nègre", nous rappelle Le Parisien-Aujourd'hui en France... un journal qui propose une Une saisissante, puisqu'on y voit le chef de l'Etat plein cadre, avec, au-dessus, un titre en très gros caractères : "Prudence !". Sauf que le mot concerne un tout autre dossier, qu'on retrouve en pages intérieures : la sécurité sur les routes, à l'occasion de ce week-end de chassé-croisé estival qui commence demain. Autre photo, saisissante elle aussi... C'est dans Le Nouvel Obs, où l'on voit Nicolas Sarkozy pratiquer son jogging matinal avant un sommet du G8... quelque chose qui nous rappelle que "courir" rime bel et bien avec "souffrir". Vous verrez son visage déformé par l'effort... Franchement, ça ne donne pas envie de faire du footing. Le "No sport" de Churchill était vraiment lumineux. "Le Président qui ne veut pas vieillir", titre Le Nouvel Observateur, qui estime que "Nicolas Sarkozy a été victime d'un excès de sport, justement, et du régime draconien que cet homme, qui veut enfin avoir une silhouette de mannequin, s'impose". A la lecture de cet article, on en vient à penser que le chef de l'Etat serait saisi par une fièvre qui touche nombre de quinquas : vieillir jeune. A ce propos, le même Nouvel Obs se demande si la pratique du jogging constitue, pour les responsables politiques de haut niveau, l'ultime critère de différenciation entre la gauche et la droite. Du genre "la droite court, la gauche lit". Eh bien, pas si sûr... Vous verrez ainsi, dans l'hebdomadaire, la photo de François Hollande joueur de football. Et puis on a connu Lionel Jospin tennisman. Voyez que la gauche court... Elle court surtout après son destin, en ce moment, mais ça c'est une autre histoire. En tout cas, François Bazin, l'auteur de l'article, s'amuse : "Avant, c'était bien différent, nous dit-il. Mitterrand n'était pas un dieu du stade, et imagine-t-on De Gaulle ou Pompidou en short ou en T-shirt ? Bon, Giscard, lui, s'y est essayé. Une seule fois. Ca a bien fait rigoler", ajoute François Bazin. Quand on vous dit que cette info éclipse toutes les autres... On la retrouve aussi dans Le Point, décortiquée sur une demi-douzaine de pages, et toujours sur le même thème de l'obsession de la ligne. Et pas seulement de la part de Nicolas Sarkozy d'ailleurs. La ligne, non pas politique, mais la ligne tout court. Et tous courent. Car "la minceur, en politique, a un sens", nous explique le psychiatre Gérard Apfeldorfer dans Le Point, sur le thème : je suis capable de m'imposer une discipline : un régime ou du sport, ou les deux. Donc, j'ai du self-control. "Car un homme au poids contrôlé signifie une politique rigoureuse et mesurée". Pas sûr qu'on retienne cette thèse, à Sciences-Po. Autre sujet qui tient la presse en haleine depuis plusieurs jours : la taxe carbone, à propos de laquelle Patrick Le Hyaric, dans L'Humanité, nous dit qu'"une vraie révolution écologique ne peut être qu'anticapitaliste. Mieux qu'un impôt nouveau, il faut changer les modes et les rapports de production, afin de combiner progrès social, progrès démocratique et progrès écologique", poursuit notre confrère. Alors que le journal Le Monde se montre bien pessimiste sur la création des 600.000 "emplois verts" annoncés après le Grenelle de l'Environnement. Oui, "faut-il y croire ?", s'interroge le quotidien du soir. "Car ces belles promesses ont un goût de déjà-vu, à l'instar des espoirs suscités, en son temps, par la Net-économie. On connaît la suite : l'éclatement de la bulle. Même chose pour les services à la personne, qui devaient générer 500.000 emplois en deux ans. Or, la crise est passée par là. Les enseignes prestataires de ce genre de services mettent la clé sous la porte les unes après les autres. Oui, tout peut arriver, nous dit Le Monde, y compris une 'bulle verte', qui aurait donc vocation à éclater. 'Aujourd'hui, on manque cruellement d'une étude sérieuse sur les effets économiques des projets relatifs à l'environnement', affirme l'économiste Michel Didier. 'Et puis il y a le prix du pétrole : quand il baisse, les ménages et les entreprises sont moins enclins à basculer vers les énergies vertes. Enfin, il y a la crise : les Français qui vont consacrer de l'argent à la mise aux normes de leur habitation réduiront leurs dépenses ailleurs, tout simplement parce que leurs revenus ne progressent pas'". Voilà un article qui casse un peu l'ambiance, à moins qu'il ne soit tout simplement lucide... un article qui nous dit que la croissance verte peut, au bout du compte, freiner la consommation dite "classique", déjà bien mal en point. Voilà le genre de casse-tête infernal auquel les responsables politiques doivent s'attaquer, et auquel, surtout, ils doivent apporter des réponses. Pas facile, tout de même, la politique. Pas facile de rendre possible ce qui est nécessaire. Alors quelle note faut-il leur mettre, à nos ministres ? C'est Libération qui, dans la foulée de son article d'hier, joue les examinateurs aujourd'hui encore, et classe les membres du gouvernement en cinq familles. Les omniprésents, parmi lesquels Frédéric Mitterrand, Roselyne Bachelot et Christian Estrosi, auquel le même Libération avait taillé un costume pour l'été hier, affirmant qu'il était envahissant. Il y a les inoxydables, avec François Fillon, Brice Hortefeux et Michèle Alliot-Marie. Les apprentis : ceux qui ont changé de ministère, ou qui ont été nommés ministres pour la première fois fin juin. Arrive ensuite la famille des ministres en difficulté, avec par exemple Bernard Kouchner. Et puis ce nom de famille un rien vachard : "c'est qui, ceux-là ?"... où l'on trouve Bruno Le Maire, Henri de Raincourt, qui pourtant ne sont pas en charge de portefeuilles subalternes : Agriculture par exemple, ce n'est pas rien. Mais Bruno Le Maire est décidément bien discret, souligne Libération. Et maintenant, la suite du feuilleton des noms de marques célèbres... Oui, hier c'était Google, aujourd'hui voici, toujours dans Le Figaro Economie, voici Danone. "Pourquoi Danone s'appelle Danone". Tout commence en 1919, pas en France comme on le pense souvent, mais en Espagne. Commerçant à Barcelone, un certain Isaac Carasso a l'idée de monter une entreprise de yaourts. Il décide de l'appeller Danon. C'est le surnom en catalan de son fils Daniel. Or, l'administration n'accepte d'enregistrer cette drôle de dénomination que si Carasso ajoute un "e" à Danon. Pourquoi cette demande ? On ne le sait pas, mais peu importe : Danon devient donc Danone. Je vous passe quelques détails de l'histoire, sinon nous sommes là jusqu'à 10 heures, mais sachez que Danone a changé plusieurs fois de nom en 90 ans. Il est même passé à la trappe à la fin des années 60, au profit de la maison-mère BSN. Mais comme au Japon, une chaîne de télé s'appelle aussi BSN, et qu'aux Etats-Unis un groupe textile porte le même nom... BSN, qui avait du mal à se faire connaître à l'étranger, a décidé de rebaptiser le groupe : Danone. Quant à Daniel Carasso, il est mort le 17 mai dernier (c'est tout récent). Il avait 104 ans... Et puis signalons la sortie d'un numéro très spécial des Inrocks... Oui : "Sexe 2009". C'est une tradition désormais chez Les Inrocks. Et comme d'habitude, c'est un magazine qui brûle les mains. Que ce soit dans les photos ou dans les textes, c'est assez chaud, et souvent subtil d'ailleurs. Un numéro spécial dans lequel vous découvrirez qu'il existe une sexualité verte. Libido rime avec écolo. Entre prise de conscience et marketing avisé, dont le must est un sextoy qui se recharge grâce à une manivelle. Quatre minutes d'efforts pour combien de minutes de plaisir ? C'est à chacun de s'adapter. En tout cas, vous le savez maintenant : il y a une sexualité verte, mais pour elle, et pour l'instant : ni taxe cartone, ni taxe polissonne.

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