A la Une de Libération, il a les lèvres pincées et le regard inquiet... "Eric Woerth peut-il tenir ?"... On disait hier qu'il n'y avait aucune révélation nouvelle sur le ministre du Travail dans la presse. Ce matin, c'est le contraire : c'est un déluge d'informations, de soupçons et de questions... "Sarkozy est englué dans la marée Woerth", titre Le Canard Enchaîné. Précision importante avant de détailler les affaires : à ce stade, aucune condamnation juridique passée ou présente n'est prononcée dans les journaux. (Nicolas Demorand : « Nous entrons dans le détail des affaires »)... Résumé en trois mots : un chèque ; une plaquette ; * et un héritage... Le chèque... C'est sur le site Mediapart.fr, qui a lancé toute l'affaire avec les enregistrements pirates de l'homme de confiance de Liliane Bettencourt. Dans ces enregistrements, justement, il est question d'un chèque signé par la milliardaire à Eric Woerth. Quel est le montant ? Patrice de Maistre, l'homme de confiance, a donné des réponses très différentes, allant jusqu'à dire que c'était pour financer la candidature du ministre aux Régionales. Or, le ministre n'a pas été candidat aux dernières Régionales. Alors pourquoi ce chèque ? En fouillant, Médiapart est tombé sur un petit parti, tout à fait légal. Ce parti, agréé dans la seule région Picardie où le ministre du Travail est maire de Chantilly, s'appelle "Association de soutien à l'action d'Eric Woerth". Il n'avait aucun adhérent en 2008. Au fil du temps, il a bénéficié de quatre versements de l'UMP, dont Eric Woerth est trésorier. Le don de Mme Bettencourt était-il destiné à cette association ? "Il devient indispensable que le ministre fasse toute la lumière sur ce fameux chèque", écrit Médiapart. (ND : « Deuxième point : la plaquette »)... C'est dans Médiapart encore, et dans Le Canard Enchaîné. C'est le passé du ministre que l'on fouille, et l'image d'un homme parfaitement lisse qui est écornée... C'est donc une plaquette d'information de l'Agence de développement de l'Oise, toujours en Picardie. Sur la couverture, une photo et trois personnes à lunettes : Eric Woerth, mais aussi Louise-Yvonne Casetta et Jean-François Mancel. Mme Casetta est surnommée "la trésorière occulte du RPR". Elle a été condamnée dans des affaires de financement illégal du parti. M. Mancel, ancien président du Conseil général de l'Oise, a été poursuivi pour "prise illégale d'intérêts". Mais la Cour européenne des Droits de l'homme a jugé la procédure inéquitable. Les trois géraient cette Agence de Développement de l'Oise (ADO) : simple association de loi 1901, mais elle était chargée de la totalité des crédits d'intervention économique du département. En 1992, la Chambre régionale des Comptes de Picardie avait très sérieusement critiqué sa gestion. L'ADO avait commandé des travaux d'expertise pour le moins farfelus : une étude sur le comportement face à la brosse à cheveux, ou une mission sur la valorisation des déchets et rebuts de pommes. Eric Woerth en était directeur général. En deux ans, son salaire avait grimpé de 44%, + voiture de fonction et frais d'avocats réglés pour un litige personnel (dixit la Chambre des Comptes). La majorité dénonce une "chasse à l'homme" sur Eric Woerth. Chacun jugera... Voici la troisième affaire, à nouveau dans Le Canard : l'héritage... Un peu comme dans l'histoire Bettencourt, c'est un héritage très mouvementé dans la famille d'un marchand de tableaux, Daniel Wildenstein. Le fils est un membre fondateur de l'UMP et (dixit l'hebdomadaire) rencontre fréquemment Eric Woerth à Chantilly. Pour résumer l'article du Canard, comme dans l'affaire Bettencourt, le fisc aurait eu du grain à moudre, mais il est resté léthargique. (ND : « Et quels commentaires, ce matin, dans la presse ? ») Le Parisien-Aujourd'hui résume bien le climat avec ce titre à la Une : "Le poison de l'affaire Woerth". Au centre des critiques, le cumul des fonctions : trésorier de l'UMP et ministre (autrefois du Budget, aujourd'hui du Travail). Edito de Laurent Joffrin dans Libération... "Rien, à ce stade, ne prouve qu'Eric Woerth ait fauté. L'accumulation des indices met néanmoins en lumière cette question du conflit d'intérêts. Trésorier de l'UMP, Eric Woerth est logiquement en quête de financements. Ministre du Budget, il a traité les dossiers de contributeurs auxquels il est redevable. Pour dissiper les soupçons, on ne voit guère comment il pourrait continuer de cumuler ces deux fonctions". "Le problème Woerth, confirme Chantal Didier dans L'Est Républicain, invite à découvrir les vertus de la vocation unique. C'est un chemin que beaucoup d'autres responsables politiques risquent d'avoir à emprunter". Du côté du gouvernement, pour l'instant, on défend ce ministre si important dans le dispositif : c'est l'homme de la réforme des retraites. A la Une du Figaro, Fillon dénonce "une opération de déstabilisation" : "Chacun doit avoir les nerfs solides", aurait demandé le Premier ministre hier, lors de la réunion hebdomadaire avec les députés UMP. "Ca va tenir, car Eric Woerth est un honnête homme, y a pas de lézard !", dit-on à l'Elysée, selon Le Figaro. Au "Château", on n'a pas apprécié la prise de distance d'Alain Juppé, qui demande à son ancien conseiller Eric Woerth de choisir entre ses deux fonctions. Libération relève tout de même que la majorité se lézarde : Christine Lagarde, ou encore le "Nouveau Centre" François Sauvadet ont pris leurs distances. Libé estime que, pour Eric Woerth, "l'heure du choix" est arrivée. (ND : « Au-delà du seul ministre, c'est le rapport de l'actuel pouvoir à l'argent qui est questionné »)... Hier soir, sur TF1, rappelle Le Parisien, Ségolène Royal y est allée avec son légendaire sens de la mesure en parlant de "système corrompu". L'Humanité fait sa Une sur "les liaisons dangereuses du pouvoir". C'est ce que L'Huma appelle "le club du Fouquet's"... un petit parfum de lutte des classes : le journal fait le portrait du gouvernement en club d'affairistes et d'apparatchiks. Ils ont fait l'ENA, Sciences-Po, ont siégé dans des grands cabinets internationaux au service de multinationales. "Nos ministres et leur majorité ont le sens des affaires, écrit Pierre Ivora, par leur conception du monde, leur origine sociale, leur éducation et leur parcours professionnel". "Le péché originel du gouvernement, écrit encore Maurice Ulrich dans l'édito de L'Huma, c'est le bouclier fiscal". A ce propos, dans L'Express (qui fait lui aussi sa couverture sur "l'affaire Woerth - l'affaire de trop"), nouvelle question sur ce bouclier fiscal : l'actuel ministre du Budget, François Baroin, annonce un nouveau coup de rabot sur les niches fiscales. Ce n'est ni plus ni moins qu'une hausse des impôts. Si les règles actuelles sont maintenues, un contribuable bénéficiaire du bouclier ne subirait aucune hausse d'impôt au cas où une niche dont il profite disparaîtrait. Que va faire le gouvernement ? A Matignon, on précise que rien n'est arbitré. Allez... Pour clore ce chapitre sur un sourire, dessin de Lefred Thouron dans Le Canard Enchaîné... Dans le contexte actuel, une réunion de donateurs de l'UMP est annulée... - "C'est ennuyeux", dit un personnage en costume-cravate : "A qui allons-nous donner maintenant ?". - Réponse du ministre : "Aux pauvres ! Non, je déconne"... (ND : « Allez... D'autres Unes de la presse »)... Pas grand-chose pour se changer les idées... "Haute tension et chute des cours sur les places boursières" : c'est la Une des Echos. -4% hier à Paris. Inquiétude sur la santé des banques. "Soldes express sur fond de crise" : première page de L'Est Républicain. Les soldes d'été s'ouvrent ce matin. "Viva Villa !"... non pas Pancho Villa, mais David Villa, l'attaquant espagnol, qui a qualifié son pays pour les quarts de finale du Mondial hier, face au Portugal. C'est bien sûr la Une de L'Equipe. Et puis on ne peut pas rater la couverture de Charlie Hebdo... Quand Charlie brocarde son ancien patron : les affaires Porte et Guillon à France Inter. Mais l'humour sera toujours présent sur Inter, et c'est un Sarkozy en "Fou du Roi" qui est croqué à la Une. Commentaire : "Faut que je fasse tout ici". Allez, pour respirer : le grand air de la mer... Direction le phare de Cordouan, dans l'estuaire de la Gironde... Ici, l'endroit est tantôt giflé par les vents, tantôt cerné à marée basse par des bancs de sable engloutis. Il y a des pierres détrempées, de la mousse émeraude, des mouettes, ou juste un léger clapotis les jours de beau temps... "Le dernier chef de phare" va partir. Serge Andron, sentinelle de ce phare classé monument historique, va prendre sa retraite. Son portrait est dans Le Figaro. Il est là depuis plus de trente ans. Une dernière fois, ce vétéran d'un métier en voie de disparition raconte… Il raconte les soirées en solo à regarder une petite télé noir et blanc branchée sur batterie, les vagues de 15 mètres de hauteur le soir de la tempête de 1999 : le phare vibrait à son sommet, des pierres de 100 kilos tombaient de l'édifice. Il raconte la foudre engouffrée jusque dans la salle des machines. Et puis sa chère lanterne, au sommet de plus de 300 marches : elle était jadis alimentée à l'huile, au goudron, au pétrole, et même à la graisse de baleine. Il parle de Gaston, pingouin mazouté, apprivoisé quelques saisons, et de ces plaisanciers en détresse repérés à la jumelle. Avant de partir, Serge Andron a gravé son nom sur la plus haute marche du phare. Au milieu de la tempête de ce matin, il nous fait entendre le chant des matelots... Bonne journée...

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