Patrick Cohen : La Revue de Presse… Une bonne nouvelle à la Une, ce n'est pas si courant...Yves Decaens : Que du bonheur !Un ou deux mots en gros caractères à la Une, cela suffit : « Enfin… Enfin libérés… Libres ! ». Dans L’Humanité, Libération, Le Parisien Aujourd’hui-en-France, La Croix, pour la dernière fois, les photos d'Hervé Ghesquière et Stéphane Taponnier, vues et revues quotidiennement sur le petit écran.Fallait-il le faire ? D’ailleurs, la question ne se pose plus. Mais Garrigos et Roberts se la posent dans Libération, parce qu'au tout début de l'affaire, rappelons-nous, les deux otages n'avaient pas de noms et pas de visages. C'était la consigne du gouvernement et le choix des familles : silence dans les rangs !C'est au centième jour de détention, poursuit Libé, que les familles ont décidé de lever l'anonymat et qu'un comité de soutien a été créé. On se met à parler des otages, une fois par semaine, sur les antennes du service public, y compris France Inter, jusqu'au décompte quotidien, finalement autorisé par le PDG de France Télévision de l'époque, Patrick de Carolis. Le jour-même, remarque en passant la déléguée du SNJ, Syndicat National des Journalistes, le jour-même où il a su que son mandant ne serait pas renouvelé par le président de la République… Façon de dire qu'à l'Elysée, on aurait préféré le silence.Mais voilà, c'est fait ! On peut toujours aussi s'interroger sur la présence des deux journalistes en zone dangereuse : imprudence, aventurisme, etc... On ne trouvera personne pour les blâmer. On n'a pas oublié les remarques un peu critiques lancées au départ par le secrétaire général de l'Elysée de l'époque, Claude Guéant, et le chef d'Etat-major des Armées, le général Jean-Louis Georgelin… Des critiques qui n'ont jamais été réitérées.« Eh bien non, commente Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace, une image ne mérite pas qu'on lui sacrifie des vies, c'est vrai, mais elle n'en est pas moins une ardente nécessité, indissociable de l'exigence d'informer ». Comme s'il était sans intérêt, confirme Francis Brochet dans Le Progrès de Lyon, de comprendre pourquoi la France fait la guerre en Afghanistan, et pourquoi meurent là-bas des soldats français ?N’oubliions pas, intervient Hervé Favre dans La Voix du Nord, que la communication est à l'information ce que la justice militaire est à la justice et la musique militaire à la musique.Patrick Le Hyaric le dit aussi dans L’Humanité : « La liberté d'informer doit-être défendue comme la qualité de l'air que nous respirons ». Aussitôt approuvé par Nicolas Demorand dans Libé : « Ce n'est pas du corporatisme de souligner cela, dit-il. Faut-il continuer à envoyer des journalistes couvrir de tels évènements ? Oui, bien sûr !Patrick Cohen : Reste à connaitre les conditions de leur libération…Yves Decaens :Qu'on ne connaitra jamais vraiment...C'est sûr, évidemment, comme écrit Dominique Quinio dans La Croix, qu'il y a eu un prix à payer : politique, financier ou militaire. Telle est la capacité de nuisance des preneurs d'otage. Sûr aussi, ajoute Antoine Kowaslki dans France-Soir, que la libération de nos deux confrères pour être une victoire est une victoire dans la défaite puisqu'il apparait quasi certain, quoi qu'en dise obligatoirement Alain Juppé, que la France a payé plusieurs millions d'euros aux talibans et qu'elle a satisfait à toutes les demandes formulées par les ravisseurs. Sans négliger le contexte politique du conflit qui s'est largement amélioré : voir dans Le Figaro, la mort de Ben Laden, l'amorce de négociations entre les Américains et les talibans modérés, l'annonce d'un retrait progressif des Américains et des Français. Ce que remarque aussi Ransom dans son dessin du Parisien Aujourd’hui-en-France : « Sarkozy qui attend à Villacoublay, l'arrivée de nos deux confrères et qui dit à Fillon : ça y est, j'ai commencé le retrait de nos hommes d'Afghanistan ».Le Président de la République qui peut être heureux de cette semaine presqu'idyllique. Comme le remarque Patrick Fluckiger dans L’Alsace : « La Libération des otages juste après la nomination de Christine Lagarde au FMI, cela fait deux beaux succès. Dommage qu'il y ait eu ce couac du remaniement... je cite Fluckiger… ce spectacle surréaliste de deux ministres qui se chamaillent pour Bercy ».Et oui, Baroin qui rit, Le Maire qui pleure, ou qui grimace... On a raconté déjà comment le premier a brulé la politesse au second… c'est à lire dans tous vos journaux : « Coups de poings sur la table, menaces de démission, ou pire : de rejoindre Borloo. Et voilà comment, résument Les Echos, le bébé Chirac est devenu une carte maitresse de Sarkozy. C’est le règne de la « casse couillocratie », comme dit un ministre anonyme au Parisien Aujourd’hui-en-France !Plusieurs explications : Sarkozy joue la carte jeunes, explique Le Figaro. En faisant monter les quadras : Baroin, Pécresse, Wauquiez, il affaiblit ses rebelles de l'intérieur, et notamment Jean-François Copé, tout en lançant des signaux politiques… Là, c'est La Tribune qui le souligne : signaux envoyés aux chiraquiens (on peut ajouter David Douillet à la liste précédente) et aux centristes. Finalement, ce sont les sarkozystes qui se contentent de la portion congrue ! Alors, est-ce un bon calcul ? Pas si sûr. Voir le dossier du point de cette semaine, qui titre sur « Les humiliés de Sarko : Devedjian, Dati, Rama Yade, Estrosi, Jégo, Paillé… j'en passe et des moins bons !Tout chef d'Etat est confronté à ce dilemme, écrit Sylvie Pierre-Brossolette. Vaut-il mieux s'entourer d'amis ou neutraliser ses possibles ennemis en se les attachant ?Il a choisi la deuxième solution : c'est un risque.Patrick Cohen : Que du bonheur également ce matin, pour notre invitée Eva Joly…Yves Decaens : Joly qui rit, Hulot qui pleure... Votre victoire à la primaire écologiste, c'est comme si c'était fait, plus personne n'en doute. Mais avez-vous gagné ou Nicolas Hulot a t-il perdu ? Là non plus, aucun doute.Explication psychologique d'abord, pour France-Soir qui rappelle les hésitations de l'ex-animateur de TF1 dont l'engagement en politique a représenté un vrai sacrifice. Il parait qu'après ses débuts timorés, il commençait à y prendre goût, mais... trop tard !Pour Mathieu Ecoiffier dans Libération, Hulot s'est trompé de stratégie. Au lieu de mobiliser sur sa surface personnelle, écrit-il, il a « anxiolysé » ses électeurs potentiels en leur faisant craindre que leur voix ne tombe au centre plutôt qu'à gauche (allusion, bien sûr, au rapprochement un temps envisagé avec Borloo). Grosse erreur dont profite Paul-Henri du Limbert pour vous tailler un beau costume madame, à vous et vos amis d'Europe Ecologie-Les Verts : « Quel imprudent ce Nicolas Hulot, dit-il. Avouer son estime pour le docteur Petiot n'aurait pas été pire pour des militants écologistes qui ont l'air sympathiques mais qui ne le sont pas toujours, qui ont l'air tolérants mais qui ne le sont jamais ! » Et toc ! « L'aventurier cathodique, poursuit l'éditorialiste du Figaro, c'était pour eux une proie idéale et Eva Joly, écologiste tendance robespierriste, aura été la grande prêtresse de ce petit carnage ». Patrick Cohen : On a commencé par l'image du bonheur : la libération des deux otages d'Afghanistan, pour terminer sur le même registre… Yves Decaens : Un autre grand bonheur à la Une de L’Equipe : un Tsonga sautillant, exultant de joie ! « Un Tsonga king size », comme dit aussi Libé vainqueur de Federer en quart de finale à Wimbledon. « L’élève a battu le maitre » : ça, c'est un titre de France-Soir. « Quel bonheur ! », s'exclame simplement L’Equipe, qui parle de Tsonga, mais qui pensait aussi probablement à nos deux confrères.

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