C'est un immeuble bleu gris, moche, pour tout dire... Sur sa façade, on y voit une grande affiche avec en bas des ballons de football, un peu plus haut des drapeaux d'une trentaine de pays, et tout en haut, sur le corps d'une femme en petite tenue, ce slogan, écrit en allemand car nous sommes en Allemagne, à Cologne : "Die Welt zu gast bei freudinen"... Autrement dit : "Le monde vous invite à vous faire des petites amies". Tu parles !... Ces "petites amies", elles ne le sont que le temps d'une passe... Rien à voir avec le football... Non : le football est un moyen... Les supporters, des clients potentiels supposés... Nous parlons bien sûr de ces maisons closes qui constituent comme une tache sur la Coupe du Monde... Et ce matin, c'est "L'Humanité" qui proteste, en Une, sous le titre : "Prostituer n'est pas jouer"... "L'Humanité", énième journal français à monter au créneau... Illustration d'un sentiment très largement répandu en France, où les partis politiques sont unanimes sur la question, et demandent la fermeture de ces maisons closes avant le début du Mondial... Et comme le rappelle "L'Humanité"... La fête commence dans 10 jours... 10 jours, c'est largement suffisant pour fermer les bordels. Parce que, franchement, cette organisation massive de la prostitution, à l'occasion du plus grand événement sportif de l'année... "Cette prostitution, revendiquée comme un commerce à l'égal des autres, donne envie de vomir", écrit Maurice Ulrich. Des proxénètes qui se donnent des allures d'hommes d'affaires, voire de pères de famille, ont donné le nom d'Artémis au bordel géant construit pour l'occasion. Artémis, chasseresse, ou grande amoureuse, selon les mythes... En fait, minable manipulation pour masquer l'exploitation ou l'esclavage des femmes sous les oripeaux antiques". Indignation relayée par Jacques Camus, dans "La République du Centre", qui écrit : "A quoi ça sert de célébrer hypocritement chaque année une Journée de la Femme si l'on est prêt, à la première occasion, à véhiculer les clichés les plus avilissants ?... Et puis, en chaque supporter de foot sommeillerait donc un cochon ?... Pourquoi alors, dans ces conditions, ne pas proposer le ticket stade-bordel ?... On n'en est pas loin, puisque, chez Artémis, les prix seront abattus de 20% pendant la Coupe du Monde, pour doper la demande". Enfin, pour le porte-parole d'Artémis, qui s'est installé près de Berlin, le modèle de la maison, c'est McDonald's. Pourquoi ? Parce que, de différences entre un hamburger et une femme, ce monsieur n'en voit pas. Comme ça, c'est clair. "Est-ce ainsi que les hommes vivent ?", se demandait Aragon, dans son poème du même nom... Une oeuvre qui parlait d'un bordel allemand, et de Lola, une prostituée au destin tragique... Poème plus que jamais d'actualité. Alors "La Croix", de son côté, préfère oublier le repos du guerrier, contre lequel ce journal a protesté, lui aussi, il y a quelques semaines... Non, aujourd'hui, ce journal, qui fait aussi sa Une sur la Coupe du Monde, voit le football du côté de la paix... Comme en Côte d'Ivoire, minée par les conflits, mais qui se rassemble autour de son équipe nationale... Comme au Proche-Orient, où le foot favorise les échanges entre Israéliens et Palestiniens... D'ailleurs, une star de l'équipe d'Israël, Abbas Sawan, a appartenu à l'équipe d'une petite ville arabe de Galilée. "La Croix" nous rappelle aussi le cas de l'Angola, riche nation pétrolière déchirée par 27 ans de guerre civile, et qui est quand même parvenue à obtenir son billet pour une première Coupe du Monde... Et même en Afghanistan, le ballon rond renaît timidement... L'équipe nationale est revenue dans le giron des nations, après avoir été écartée de toute compétition, du temps des talibans... Il faut dire que la pratique du foot n'était tolérée qu'à condition de ne pas jouer en short, et de prier sur le terrain... Et puis, du temps des talibans, c'est aussi sur les stades de football qu'on procédait aux exécutions capitales. Voilà pour le football et son environnement... Alors, un petit mot maintenant de football-football... Mais est-ce possible, tant ce sport est un phénomène de société, donc au-delà du sport ?... C'est peut-être ce qui fait dire à Dominique de Villepin, qui a dîné avec les Bleus dimanche soir : "Une victoire, ça nous ferait du bien"... Alors question : une victoire des Bleus, est-ce possible ? C'est la vraie question, à laquelle "L'Equipe" apporte un élément de réponse avec ce sondage CSA, qui nous révèle que, pour 51% des Français, les Bleus seront au minimum en demi-finales... 81% des personnes interrogées les voient au moins en quarts de finale. Ca s'appelle un "soutien"... Ce que le journal "L'Equipe" qualifie de "consensus bleu"... La France roule comme un seul homme derrière sa sélection nationale. Alors comme ça, les Français n'auraient pas le moral ?... La preuve que non, répond "L'Equipe". Alors qui oserait jeter une ombre sur cet optimisme de rigueur ?... Qui oserait jouer les Cassandre, au risque de se faire accuser de "déclinologie" aiguë ?. Personne ?... Si : un bimestriel, qui n'a pas la langue dans sa poche, et qui donne délicieusement dans le politiquement incorrect... C'est sa marque de fabrique... Ce magazine s'appelle "So Foot" et, comme tous les autres, il publie son carnet spécial, guide de Coupe du Monde. Alors, allons à la page "France", au paragraphe intitulé "Pourquoi ils vont gagner"... Ils vont gagner parce que le foot se joue à 11 contre 11, que le ballon est rond, qu'un match dure 90 minutes, et parce qu'on a bien vérifié : en Allemagne, les poteaux ne sont pas carrés... Et puis aussi parce que, trois heures avant la finale France-Brésil, Ronaldinho va faire un malaise, et la clinique des Lilas sera en travaux. Maintenant, pourquoi ils vont perdre ?... Réponse : parce que les Bleus vont jouer sur leur vraie valeur. Vous l'avez remarqué, je suppose... L'actualité est souvent balisée, avec plus ou moins de succès, par "la Semaine du..." ou "la Journée de..."... Voire "la Journée sans..."... Ou "la Fête de la... ou du quelque chose"... Eh bien, en ce mois de mai, nous sommes en plein dedans... Cette semaine, par exemple, c'est "la Semaine du Développement durable". Autrement dit, comment passer de l'utopie à la réalité. Sur ce point, "Le Figaro" et "Le Parisien" ont fait un gros effort, puisqu'ils publient tous les deux aujourd'hui un cahier spécial. Dans "Le Figaro" d'abord, le philosophe André Comte-Sponville nous rappelle que la seule manière d'agir efficacement relève de la sphère politique... Ce qui veut dire par la loi, donc aussi par la contrainte. Effets de serre, effets de sphère et laisser-faire... Oui, le personnel politique doit agir... Mais il y a aussi LE geste quotidien, qui n'est pas du domaine de la contrainte... Et sur ce point, je vous conseille la lecture des pages pratiques, très précieuses, du journal "Le Parisien". Par exemple, "je coupe l'eau lorsque je me lave les dents". Oui, parce que si un Français sur dix le faisait, on gagnerait chaque année l'équivalent de la consommation d'eau d'une ville comme Lyon. Sachez aussi que les programmes "éco" d'une machine à laver ne sont pas des faux-amis : ils sont efficaces. On peut aussi citer les 6 commandements des vacances... Ne rejeter aucun déchet, quel qu'il soit, dans la nature, car le degré de biodégradabilité de ces déchets est impressionnant. Pour être concret, un papier de bonbon : 1 an... Un mégot de cigarette : de 2 à 5 ans... Un chewing-gum : 5 ans... Un canette en aluminium : 10 à 100 ans... Un pot de yaourt : 100 à 1.000 ans... Et une bouteille de verre : 4.000 ans. Dans le genre "pages pratiques" et "Journée sans..."... Demain, c'est la Journée sans tabac... L'occasion d'aider les fumeurs à arrêter... Enfin, on l'espère, tant le combat que cela représente est dur... Alors, il y a les habituelles infographies, qui foutent la trouille avec leur litanie de maladies provoquées... Ce qui peut être efficace... Mais il y a une autre méthode, disons "positive", qui nous rappelle, ou nous révèle, les bénéfice de l'arrêt du tabac, comme le fait "La Croix"... Et vous allez voir que ça peut vraiment motiver. Sachez notamment que 20 minutes après la dernière cigarette, pression sanguine et pulsations du coeur reviennent à la normale. Après 24 heures, 24 heures seulement, la diminution du risque d'infarctus est réelle. Après 48 heures, le goût et l'odorat s'améliorent... Au bout de 3 jours, on se sent plus énergique... Au bout de 2 semaines à 3 mois, on récupère du souffle... A partir d'un an, le risque d'accident vasculaire cérébral rejoint celui d'un non-fumeur... Si vous tenez 4 ans de plus, le risque de cancer du poumon diminue presque de moitié... Et entre 10 et 15 ans... Là, c'est le top : l'espérance de vie redevient identique à celle des personnes n'ayant jamais fumé. Bon, à part ça, ça va ?... Oui, mais qu'est-ce qu'il fait froid !... Alors, "c'est pour quand le soleil ?"... Une question, pour une Une un peu désespérée : celle du "Parisien", qui nous rappelle qu'après un hiver interminable, le printemps est calamiteux : pluie, vent, et même neige dans les Alpes... Tout le monde souffre... Le manque de lumière pèse sur notre moral, et plusieurs secteurs économiques, comme la restauration ou le textile, vont payer la note... Oui, franchement, un peu de chaleur, ce serait comme une victoire de la France en Coupe du Monde : ça ferait du bien ! A moins que de chaleur, vous ne trouviez, tout naturellement ce soir, de la chaleur humaine... Car c'est la Fête des Voisins !... Faites-vous des amis !... Parce que c'est vrai que les voisins, contrairement aux amis, on ne les choisit pas... D'où cette étonnante initiative de fête du voisinage, inventée un beau jour de l'an 2000 dans le 17ème arrondissement de Paris... Une fête qui porte un très joli slogan : "Pas de quartier pour l'indifférence". Alors, peut-être n'est-ce qu'un cataplasme sur le quotidien, mais la chose peut être très sympathique... C'est sa vocation... Ainsi, comme tous les ans, Fabrice va sortir son instrument... En l'occurrence, un accordéon... Il faut dire que ce témoin, trouvé par le journal "Le Parisien", est un voisin très apprécié, bien connu de son immeuble... Il aime ses voisins, et ses voisins l'aiment, alors vous pensez, ce soir, il va le sortir, son accordéon. Cela dit, les voisins ne seront pas en fête partout... Tout dépend souvent de la bonne volonté du gardien... Si le vôtre est sympa, il devrait se passer quelque chose dans votre immeuble, ce soir... S'il est convivial comme un digicode, vous ferez la fête tout seul... Et d'ailleurs, c'est un gardien d'immeuble, avenue de Clichy, à Paris, qui a été élu "voisin idéal", "inventeur de contacts", "confident des habitants"... Un must... C'est un site d'échanges et d'entraide qui avait lancé le concours... 2.000 internautes avaient voté pour Francis. Cela dit, la Fête des Voisins, tout le monde n'aime pas... Et c'est "Libération" qui prend un malin plaisir à donner la parole aux trouble-fête... Comme Sabine, qui n'oublie pas qu'à chaque fois, la co-propriété resurgit... Ou comme Annick, qui déteste l'idée de la convivialité obligée, à une date obligée, pour sourire obligé... Ou encore Frédéric : "Après, si c'est pour se taper un cortège de chieurs, merci !"... Et surtout Delphine : son mari est parti avec la voisine... Alors, la Fête des Voisins... N'allez pas lui en parler ! Bonne journée. A demain.

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