Le Monde dit l'alchimie de la "fake food", ces produits transformés qui nous poussent à la certitude du surpoids. Le Parisien a rencontré le dernier étudiant en lettres classiques de Limoges, bientôt, nul ne lira plus le latin et le grec ancien. Slate dit que le réchauffement atteindra aussi nos vestiges et passés.

On commence par un malentendu ce matin...

Qu'a rencontré la comédienne Hélène Fillières un jour dans un taxi qui lui dit ceci, "je ne comprends pas pourquoi vous avez tué votre frère", car Hélène Fillières avait joué jadis dans une série populaire, Mafiosa, une femme tueuse et fratricide nommée Sandra Paoli... Fillières expliqua au chauffeur qu'elle n'avait tué personne, c'était son personnage, et le chauffeur répondit "je sais mais quand même ça ne se fait pas de tuer son frère"... L'histoire est dans Society, comme la preuve d'une puissance, ces séries qu'on ne peut pas quitter qu'on les regarde ou qu'on les interprète, et le journal nous dit les dépressions quand les histoires s'achèvent et le 20 mai dernier, dix jours déjà, à Châteauroux des hommes et des femmes mimaient des combats médiévaux pour célébrer dans la violence rituelle la fin de "Game of thrones" dont ils regardaient le dernier épisode, ensemble, à l'ancien couvent des cordeliers... Est-ce un culte sectaire; est ce diablerie de scénaristes alchimistes, qui fabriquent les addictions tels, lis-je, des fabricants de chips? 

Tiens à ce propos, je lis dans le Monde des choses des choses de plus en plus inquiétantes attestées par des études sur les produits ultra-transformés, qui sont en Amérique du Nord et au Royaume uni la moitié de la nourriture... On parle de "fake food", les aliments mensonges qui nous donnent envie encore et encore, au risque, à la certitude, du diabète, de la prise de poids, des maladies cardiovasculaires, envoutés que nous sommes par la maltodextrine, un sucre de fécule, par les protéines hydrolysées qui augmentent le gout, ou l'onctuosité des caséinates, des agents émulsifiants dérivés des protéines de lait, alchimie, diablerie...

Les alchimistes des séries ne triturent pas nos corps mais nos âmes sadisées. Le 10 juin 2007, des milliers d'américains tapaient sur leurs téléviseurs, croyant à un problème technique quand l'écran était passé au noir: ainsi, après 6 ans s'achevaient les Sopranos, série mafieuse dont nul ne sait si le héros est mort... En 1968 se souvient Society, Patrick Mac Goohan,  acteur et auteur de la série "le Prisonnier", s'était caché deux semaines dans la campagne anglaise... pour échapper aux spectateurs déçus par sa fin. Deux semaines seulement? 

On parle d'un étudiant dans le Parisien... 

Et si les endeuillés de "Game of thrones" sont des millions, Hugo Blanchet de Limoges est seul face à sa perte. Ce doux gaillards agrégé de grammaire et qui poursuit une thèses sur des divinités de l'Italie antique, est "le dernier des latinistes"; en mars dernier il postait sur twitter la photographie d'une bibliothèque vide avec cette légende. "Je viens de réaliser que n'ayant pas terminé mon doctorat, et mon département ayant été fermé entre temps, je suis le seul et DERNIER étudiant de lettres classiques de la faculté de Limoges". Sonne avec lui le glas des langues anciennes à l'université,  un jour prochain, plus personne peut-être ne saura en France lire couramment des textes en grec ancien ou en latin.... Hugo twitte beaucoup pour tromper sa solitude, il twitte du latin, des inscriptions antiques, des étymologies. 

Et c'est donc une ambiance de monde disparus qui se poursuit au hasard des journaux. C'est dans Sud-Ouest Joel Lacroix qui  est le dernier artichautier de toute la Gironde, il cueille ses gros calibres de nuit, à la main, lampe électrique au front... C'est à la une de l'indépendant un troupeau de chèvres rouges, la cornue des Albères que qu'entre Andorre et Roussillon la famille Quintana s'échine à sauver. C'est dans Society encore un indien de la tribu Cow, ClayWin Herrera, qui aux Etats-unis a été condamné pour avoir chassé en dehors de sa réserve et se bat en justice, jusqu'à la Cour suprême, le dernier des chasseurs indiens... 

Dans ces fragilités, surprise, jaillit à la une du Figaro la puissance de grands arbres. La forêt française prospère, nos bois n'ont jamais été aussi riches qui occupent 31 % de l'hexagone! Oui mais cette embellie nait d'autres disparitions: c'est sur les friches agricoles, là où les hommes ne peuvent plus gagner leur vie que les bois reviennent. Le Figaro est aussi allé en Angleterre dans le Sussex  où un domaine a été rendu à la nature,  sont revenus coucous tourterelles linottes et moineaux, les arbres et les les ronces, et une espèce de paradis sauvage... Des cochons en liberté, "formidables laboureurs",  retournent la terre et permettent aux plantes de pousser.

Et il n'est de bonheur que si l'homme se retire? Un agronome dans Sud-ouest me dit qu'à force de chimie nous avons bousillés un quart de nos terres agricoles, il faudrait désormais choisir la vie, le pouvons nous? L'Est éclair nous fait honte en montant à la une des images de poulets morts dans l'Aube de tortures et de saleté qu'ont révélé une association animaliste. Le dauphiné raconte comment sur le Mont Blanc, un refuge s'est retrouvée asséché, sans eau sur le sol glacé le réchauffement est passé par là. Dans Slate, on me raconte ce même réchauffement à l'assaut de la mémoire. Une discipline, l'archéologie glaciaire, est née de la découverte d'un cousin préhistorique, Oetzi, libéré  en 1991 par des poussières du Sahara de son sarcophage de glace entre Autriche et Italie, bien. Mais le réchauffement climatique, désormais pousse la fonte plus vite que la science et tant de vestiges, vont être découverts, et aussitôt altérés et perdus... 

Mais il est pourtant des consolations...

Qui n'ont guère de lien avec la nature, mais tout de même. Dans le Moniteur des travaux publics, on me montre dix chantiers de BTP  à couper le souffle, la corniche Kennedy à Marseille, un tunnel sous la Défense,  et cela tranche avec la déprime née justement de General electric. Dans le Pèlerin, je vois un industriel heureux, Paul de Montclos me dit que le textile revit dans les Vosges, lui vient de sortir, il est chrétien, des torchons à la gloire de Notre-Dame. Et voilà donc la foi, qu'y a t il d'autre pour consoler?

Notre-Dame jure le Parisien aurait rendu leur fierté aux catholiques, il suffirait de croire pour vivre mais pas n'importe comment... Sur le site de la Vie, journal chrétien, journal qui croit, on me parle de Monsieur Salvini, qui agite beaucoup les symboles de la foi pour assoir son emprise, mais l'Eglise là bas s'agace de ce fétichisme et préfère avec le pape défendre contre lui les migrants. La Vie rappelle que Monsieur Salvini, dans ses scenarii est un peu un plagiaire, d'autres politiciens avant lui abusèrent du Christ, Hugo Chavez au Vénézuela disait que Judas Iscariote était capitaliste...  Que Salvini fut Chavez, je ne le savait pas, le populisme dans l'actualité est une série sans pitié.

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