Ségolène Royal, la vie est mal faite, vous savez... Eh oui, tous les jours on parle de vous dans la presse... Mais aujourd'hui, beaucoup moins... Les esprits chagrins diront que ça nous repose un peu... Mais enfin, il y a quand même deux ou trois petites choses, sur lesquelles nous reviendrons tout à l'heure. Après le CPE... Forcément... Pour le énième jour consécutif, il constitue l'essentiel des Unes et des pages intérieures de vos journaux, sur le thème : "En attendant". En attendant la décision du Conseil constitutionnel, et une éventuelle intervention de Jacques Chirac, que l'on voit à la Une de "France Soir", passablement dépité... Photo d'actualité ou photo de circonstance : le Président apparaît au pupitre, regard baissé, main sur le front, style "ça me prend la tête", comme diraient les jeunes... D'où ce titre : "Que dire, que faire ?"... Question à laquelle, en face (si je puis dire), "L'Humanité" a une réponse : "Villepin s'acharne... mettons le paquet !". "Une détermination sans faille", poursuit "L'Humanité", qui nous rappelle, au cas où on l'aurait oublié, qu'une nouvelle journée d'action nationale est prévue pour mardi prochain. Le constat, lui, il est dans "Libération", comme une morale de l'histoire : le CPE, c'est "le naufrage de l'Etat-Chirac". "Crise majeure pour fin de règne chaotique"... Et, formule assassine pour définir Dominique de Villepin : "mauvais génie", pour le Président et pour la France. Et Nicolas Sarkozy dans tout ça ?... "Eh bien, ne vous y fiez pas", nous dit "L'Humanité"... "S'il semble en désaccord avec le Premier ministre, il ne l'est que sur la forme, pas sur le fond"... Ainsi, Grégory Marin affirme-t-il que si le président de l'UMP critique Dominique de Villepin, c'est qu'il aimerait aller plus loin encore dans le détricotage du Code du travail. Reste le lapsus du Premier ministre... "Démission" au lieu de "décision", concernant le Conseil constitutionnel... Ah, les lapsus !... En politique, ce ministère de la parole, ils ont toujours une forte résonnance... Ce qui, forcément, inspire nos confrères... Comme Jacques Camus dans "La République du Centre", qui estime que, pour Dominique de Villepin, "les choses vont de mal en psy"... Et Didier Pobel, dans "Le Dauphiné Libéré", s'amuse lui aussi, soulignant que "si l'imbroglio politique du moment ne se résume pas par un lapsus, le CPE, lui, fait bel et bien déjà figure d'acte manqué". D'où cette question, posée par Jacques Seda, analyste de renom, interviewé par Libération : "L'inconscient du Premier ministre serait-il plus raisonnable que lui ?"... Et "Libé" rappelle, comme tous les autres journaux, que les lapsus politiques font florès en période de fortes turbulences, avec ces deux exemples, devenus emblématiques... Celui de Lionel Jospin, qui avait déclaré : "Je vous souhaite tous mes vieux", peu après avoir confié qu'il trouvé Jacques Chirac "vieilli, usé et fatigué"... Ou alors Jacques Chirac lui-même, qui, évoquant les fonctions d'un dirigeant, avait parlé de "plusieurs cassettes" au lieu de "casquettes"... C'était en plein épisode de la "cassette Méry". Et si vous saviez ce que dit Shakespeare à ce propos : "La fortune d'une plaisanterie se trouve dans l'oreille de celui qui l'entend... Jamais sur la langue de celui qui l'a faite"... Alors, amusez-vous à remplacer le mot "plaisanterie" par le mot "lapsus"... Ca vous donnera une idée de l'embarras dans lequel Dominique de Villepin s'est trouvé hier, lorsqu'il a parlé de "démission". Cela dit, l'analyste Jacques Seda estime que "rien ne permet d'affirmer que le Premier ministre souhaite démissionner"... Oui, mais enfin, si l'on en croit "Le Parisien", il a bel et bien menacé de partir mardi... Oui, il aurait bien l'intention de partir si Jacques Chirac ne promulgue pas immédiatement le CPE. Dans cette situation, qui ressemble tout de même à un incendie, l'issue de secours, c'est donc le Conseil constitutionnel, dont rarement on a attendu une décision avec autant d'impatience... Un Conseil que "Libé" et "Le Figaro" passent au scanner, avec explications pédagogiques de son rôle, et portrait de ses membres, parmi lesquels on compte des grands noms de la politique d'hier, comme Valéry Giscard d'Estaing, Simone Veil, Pierre Joxe, ou son président, Pierre Mazeaud. En attendant, la presse étrangère continue d'halluciner... On va continuer notre petit tour, entamé hier, avec toujours autant de férocité à la Une des journaux européens... Comme sur le "Daily Telegraph", journal britannique très conservateur, où il est écrit que "la France est un pays qui a l'amour de la révolte et la haine des réformes". En Espagne, si la plupart des titres ne sont pas tendres avec le gouvernement, ils le sont encore moins avec la rue... "El Pais", par exemple, voit la France comme "un pays immobiliste"... "Le CPE est l'étincelle qui a allumé un incendie alimenté par des citoyens frustrés, et opposés à tout changement", ajoute le quotidien espagnol. En Allemagne, le "Süddeutsche Zeitung", journal de Munich, n'hésite pas à parler de "crise de régime", et conclut, assassin : "Jamais un Président, jamais un gouvernement disposant d'une si grande majorité ne sont parvenus à un résultat aussi petit". En France en tout cas, cette affaire du CPE aura remis les pendules à l'heure, en quelque sorte, comme le constate Jean-Claude Guillebaud dans le "Télé Obs"... Il appelle ça "la résurrection démocratique"... Et là, nous sommes sur le terrain du commentaire journalistique, où chacun, explique notre confrère, a rejoint sa famille d'origine : à savoir... Les éditorialistes de droite sont pro-CPE, ceux de gauche s'y opposent... Même Alain Duhamel juge que Villepin a mordu la ligne jaune... C'est peu de dire que le décor redevient cohérent. "Alors il faut rendre cet hommage paradoxal au Premier ministre, écrit Guillebaud : par sa maladresse, il aura produit un électrochoc symbolique du plus heureux effet, ouvrant involontairement la voie à vrai débat droite-gauche, renvoyant chacun à sa vision du monde". "Le Parisien", lui, s'intéresse aux jeunes qui, au-delà du mouvement anti-CPE, veulent faire entendre leur voix et leurs envies, et jouer un rôle dans la Présidentielle de 2007... Ce n'est pas nouveau, mais jamais l'idée n'a été mise en oeuvre avec autant de professionnalisme... C'est pourquoi l'association "Animafac", qui veut réunir des milliers de jeunes samedi à Paris, a déjà demandé à l'Institut CSA de choisir 25 personnes de 17 à 29 ans, pour les faire réfléchir sur des thèmes, et débattre sur les appels à lancer aux politiques. Il en ressortira une vingtaine de propositions, qui se transformeront en manifestes-pétitions, que tous les moins de 30 ans, en France, seront invités à signer... Document qui ira tout droit dans les mains des candidats à la Présidentielle de 2007. J'en termine avec des photos impressionnantes, publiées par "Paris Match"... Des photos de casseurs en action, lors d'un rassemblement, dimanche, sur la place des Invalides, à Paris... On les voit, ces casseurs... Casseurs de quoi ?... Eh bien, pas seulement de vitrines... Non, ce sont aussi les personnes qu'ils agressent... Preuves à l'appui dans "Match" : on les voit arriver en bandes, l'air bien déterminé à en découdre... Devant eux, une femme qui promène son chien se met à courir, alors qu'une autre, sous le regard hilare de ses agresseurs, est frappée, dépouillée et jetée au sol... Et puis il y a ce jeune, qui subit un sort encore plus dramatique... Victime de ces jeunes venus "casser du bourgeois"... Là, c'était jeudi dernier, toujours place des Invalides... Le jeune garçon au pull bleu est agressé par au moins une quinzaine de jeunes... Ils le plaquent à terre et s'acharnent à coups de pied sur lui, avant de s'éloigner, laissant leur victime inconsciente. Ségolène Royal... Je vous le disais tout à l'heure, on ne parle pas beaucoup de vous aujourd'hui dans la presse... Mais vous êtes quand même un peu évoquée dans "Le Monde" et dans "Le Point". Dans "Le Monde", sous ce titre : "Les obstacles au retour de Lionel Jospin dans la course à la Présidentielle... Les obstacles se multiplient". Renforcement de la gauche avec la crise du CPE, âge de l'ancien Premier ministre, et popularité de Ségolène Royal, écrit "Le Monde"... Autant de handicaps pour celui qui aspire à être le recours du PS. L'article commence avec cette phrase, qui ne vous fera pas forcément plaisir : "La fable que se racontent aujourd'hui les socialistes vous transforme en cigale qui, lorsque la bise sera venue, n'aura d'autre choix que de s'incliner devant la fourmi Lionel Jospin". Or, poursuit le quotidien, la cigale connaît l'histoire... "S'il a un espace, Jospin ira", avez-vous dit... Précisant : "Si je m'effondre, il aura cet espace". Ainsi, affirme Isabelle Mandraud, parliez-vous, tranquillement assise dans le train qui vous emmenait pour un premier meeting le 8 mars à Privas, en Ardèche. Vous confirmez ?... L'autre article vous concernant est dans "Le Point", sur le thème du marketing politique... "Qui conseille qui ?"... Alors, on n'échappe pas à l'incontournable Jacques Séguéla, pour qui l'idéal serait de conjurer la popularité de Bernard Kouchner et la vôtre, Ségolène Royal, pour former un ticket au second tour... Je ne sais pas si cette construction vous inspire... En tout cas, si l'on en croit "Le Point", le tout-Paris, autrement dit quelques dizaines de personnes sur les 2 millions que recense la capitale... Le tout-Paris vous prête un coach, en la personne de Nathalie Rastoin, une publicitaire, qui pourtant nie toute implication : "Ségolène est une relation, sans plus", dit-elle. Idem pour l'autre mentor supposé, Paul Boury, consultant chez Altedia : "Je suis un ami du couple, sans plus, dit-il. Les gens qui vous entourent sont assez sans plus". Alors question du "Point" : "Dans cas, qui a conçu le slogan 'Désir d'avenir' ?"... On va terminer avec une brève... C'est vraiment une brève... Ca tient en une ligne... Ca nous vient de Reuters, à Londres... Cité par "Le Courrier International"... Le sondage le plus idiot de la semaine, ou de l'année... Une enquête, commandée par La Poste, qui nous apprend qu'un tiers des Britanniques téléphonent nus. Je suis très heureux de vous avoir donné cette information, qui devrait éclairer votre journée... Que je vous souhaite excellente. A demain !...

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