(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le canard, les loups et autres bestioles...

Happy birthday, oncle Picsou ! 40 ans. Honnêtement, il fait plus. En fait c'est Picsou magazine qui fête dans son numéro d'avril ses 40 ans d'existence. Ce vieux grigou est toujours aussi riche et radin.

Eh bien, les Riri Fifi et Loulou, candidats à la présidentielle, ce serait exactement le contraire à en croire The Economist : pas une thune en poche mais des promesses de dépenses à foison.

En couverture de l'hebdomadaire britannique cette semaine, le tableau de Manet, le déjeûner sur l'herbe est détourné. Ce sont François Hollande et Nicolas Sarkozy qui sont mollement allongés dans l'herbe à côté de la femme nue.

Titre de Une : « Le déni français, l'élection occidentale la plus frivole »

Et dans l'éditorial, on trouve ces mots : « ce qui est le plus frappant à propos de cette élection, c'est à quel point peu de candidats parlent de l'état déplorable de l'économie. »

"Mais où est passée la crise ?", demande Libération à sa Une

Elle est remisée au second plan dans les discours des candidats. Les indicateurs sont pourtant loin d'être rassurants. Confirmation et regard plus large dans les pages économiques du Figaro : toute la zone Euro inquiète à nouveau les marchés.

Le Figaro qui décrit ces dirigeants européens à la recherche de la moindre miette d'argent. En Grande Bretagne, voici la taxe sur les tourtes. 20% sur les produits à base de pâte et de viande servis chauds et à emporter. Les vendeurs de fish ans chips, (poisson et frites) sont ravis. La presse un peu moins qui fait valoir que ces tourtes sont prisées des milieux populaires et que, dans le même temps, David Cameron a baissé les impôts les plus riches de 5%.

Le bestiaire européen se partagerait donc entre cigales et fourmis. Il y aussi des brebis égarées. Les sites myeurop.info et terraeco.net font le point sur cette Europe de l'émigration. On a déjà parlé de ces Espagnols, Portugais, Grecs et Irlandais qui partent en Amérique (Nord et Sud), en Australie et, plus près de chez nous, en Allemagne.

Mais à lire une anecdote de ce dossier, on réalise l'ampleur du phénomène.

Début février le journal économique portugais Diario Economico , dans un supplément, publie un article sur la ville de Schwäbisch Hall en Allemagne. "Découvrez cette ville allemande qui veut embaucher des Portugais !" Elle abrite notamment l'entreprise Daimler. L'article circule via Facebook. Deux jours plus tard, le responsable de l'agence pour l'emploi de la ville allemande avait 2.500 candidatures spontanées dans sa boîte mails !

Ce dossier renvoi à un autre site d'information européen, presseurop.eu/fr , et cet article du journal de Lisbonne Publico, qui date de quelques jours, intitulé "L'émigration, un trop beau mirage".

On croyait définitivement réservées aux vieux films en noir et blanc les images d'Européens du sud mendiant dans les villes plus au nord. Eh bien les revoici presque.

Les toutes dernières vagues d'émigration portugaise en Suisse, en Grande Bretagne, au Luxembourg, ce ne sont plus seulement de jeunes diplômés encore fringants, ce sont aussi des familles, parents sans diplôme et sans compétence en langues. Ils sont partis par désespoir et se retrouvent très vite à la rue.

Histoire de cet homme à Londres qui appelle le Centre portugais de la ville. Il était à l'aéroport avec pour seul viatique un numéro de téléphone auquel personne ne répondait. Seul, pas un mot d'anglais et 50 Euros en poche.

L'Europe découvre ses faiblesses, jour après jour

C'est l'Europe passoire, un animal à ventre mou, pour rester dans le bestiaire. L'homme d'affaires Yvon Jacob et un haut fonctionnaire européen publient un rapport sur l'Europe dans la mondialisation. C'est la Une du Parisien-Aujourd'hui en France . L'Europe fixe des normes de sécurité, sociales et environnementales très strictes à ses producteurs, mais laisse passer à ses frontières des produits qui ne respectent pas ces normes. Exemple de l'entreprise Bic, le seul fabriquant européen qui n'a pas délocalisé sa production. Elle est à Redon en Ile et Vilaine. Bic subit les assauts de concurrents chinois beaucoup moins attentifs à la hauteur de la flamme du briquet.

L'Europe n'est pas assez protectrice, c'est le sentiment d'une majorité de Français, notamment en grande périphérie des agglomérations. Un livre analyse ces fractures françaises. Il est au cœur de la campagne de Nicolas Sarkozy : l'appel au peuple, le discours dur sur l'immigration et les frontières européenne.

Pour Libération , "Fractures françaises", c'est le livre de gauche qui inspire la droite.

L'auteur de ce livre est un géographe, Christophe Guilluy : "En affaiblissant la cohésion sociale et nationale, la mondialisation crée les conditions d'un retour du conflit." (…)

Diriez-vous, lui demande Libération , tel Patrick Buisson, le conseiller de Sarkozy, que cette France populaire exprime un besoin de frontières ?

  • Le bobo de Belleville, qui habite en plein cœur d'un quartier très métissé peut résider dans un immeuble de lofts et contourner la carte scolaire. Les prolétaires de Picardie, eux n'ont pas les moyens d'ériger ce type de frontière invisible."

C'est donc dans le camp de Nicolas Sarkozy et non celui de François Hollande que l'on reprend cette analyse. "A gauche, on ne veut pas désespérer ‘boboland’, dit le géographe, qui précise : je dis ça sans mépris, c'est une réalité sociologique importante pour la gauche."

D'autres échos de campagne ?

Après 5 ans à l'Elysée, c'est l'heure du bilan pour Nicolas Sarkozy. Politis , Libération et, dernier en date, Le Monde ont sorti des hors série consacré à ce quinquennat. Marianne demain en kiosque en association avec Mediapart revient sur les affaires qui ont marqué le mandat. La presse plus spécialisée analyse le quinquennat, elle aussi. Bilan industriel dans L'Usine nouvelle , bilan culturel dans le magazine d'Art L'Oeil , après Beaux Arts le mois dernier.

On cite tous les titres dans cette revue de presse, y compris Hot Vidéo . Figurez vous que l'institut Ifop s'est associé avec ce magazine à forte poitrine pour un sondage sur l'orientation politique des Français et leur vie sexuelle. En synthèse, une vie sexuelle plus intense pour les sympathisants de gauche. Mais ceux qui sont tentés par Jean Luc Mélenchon et Marine Le Pen se plaindraient plus que les autres d'insatisfaction. Peut-être une clé d'analyse pour le report de voix entre les deux tours…

Et de Hot vidéo , vous passez à Philosophie Magazine

Encore un regard original, plus profond et convaincant sur la campagne électorale.

Philosophie Magazine en fait une lecture philosophique, logique. Et si le duel Sarkozy/Hollande se résumait à un duel Hobbes/Rousseau ?

On en vient au loup… Thomas Hobbes, philosophe britannique du XVIIème siècle, était convaincu que l'homme est un loup pour l'homme. Il faut un Etat fort pour le protéger.

On peut lire le programme de Nicolas Sarkozy de cette manière.

Et François Hollande, ce serait Jean Jacques Rousseau. L'homme par nature est bon, c'est la société qui le corrompt. Rousseau, c'est aussi l'homme du « Contrat social ». Les hommes s'associent volontairement pour retrouver la concorde perdue.

Pour Philosophie Magazine , cette opposition existe aussi dans la personnalité des candidats : l'énergie de Sarkozy et son goût pour la compétition et Hollande ou le candidat normal, nature.

Ceci est accompagné d'un inévitable sondage qui dit en synthèse que les Français votent plutôt Rousseau mais qu'ils ont le sentiment de vivre dans un monde de loups.

Et puis, est-ce un clin d'œil à tous les candidats, un autre dossier de ce numéro de Philophie magazine est consacré à l'Ecclésiaste, le livre de la Bible qui commence par ces mots : « Vanité des vanités, tout est vanité ».

Cela vaut aussi pour l'oncle Picsou assis sur son magot de pognon...

Bon week-end !

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