Valls vote Macron, la presse l'accuse de trahison. Les décodeurs traquent les fausses infos de la présidentielle. VGE se venge, encore une fois!

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

La presse qui revient largement ce matin sur le choix de Manuel Valls de voter Macron, et sur les conséquences de ce choix

Double sémantique convoquée en Une de vos quotidiens ce matin, la première tourne autour de la trahison, l’autre est carrément funéraire

« Monsieur Déloyal » clame cruellement Libération. Le ton est donné, cinglant, c’est celui qu’on retrouve dans l’éditorial de Laurent Joffrin titré « Valls le pivot devenu girouette ». « Il était l’apôtre d’une gauche qui pense le réel, il devient l’homme d’une gauche qui prend le vent » écrit-il. Ce que Joffrin reproche à l’ancien candidat à la primaire, c’est évidemment d’avoir été parjure. C’est un cas d’école dit il, un Manuel (avec une majuscule) de reniement, le symbole de cette campagne où la première victime est le respect de la parole donnée »« Manuel Valls désormais catalogué comme le Ganelon ou le Iago de cette période électorale », renchérit Bruno Mège dans la Montagne, qui pour donner la mesure de la traitrise de l’ancien premier ministre à l’endroit de son ancien concurrent de la primaire Benoit Hamon, convoque donc les traitres littéraires de la Chanson de Rolland et d’Othello.

Jean-Jérôme Bertolus raconte dans l’Opinion, les coulisses de la décision de Manuel Valls. « Après avoir rencontré François Hollande vendredi, il a pris sa décision le week-end dernier. Il s’invite chez Bourdin pour le mercredi. Et hier donc, c’est très décontracté écrit le journaliste que l’ancien premier ministre arrive dans les studios de BFM-RMC. Mais quelques minutes plus tard, il met le feu à sa famille politique. Les gauches ne sont plus seulement irréconciliables, elles ont basculé dans le schisme et l’affrontement »

Et c’est donc l’oraison funèbre du Ps qui est prononcée…

« L’adieu au Ps » dit Aujourd’hui en France/le Parisien, « le parti socialiste, celui d’Epinay est mort hier, sans panache, rongé par les rivalités idéologiques et personnelles, et Manuel Valls a planté le dernier clou sur son cercueil » écrit Jean-Marie Montali. « La fin d’un parti ? » s’interroge également la Croix , « Manuel Valls a sans doute précipité ce qu’il avait lui-même théorisé, les 2 gauches ne se réconcilieront plus. Epinay a vécu » conclut Cécile Cornudet dans les Echos.

Ci-gît le Ps de Mitterrand, mais à qui la faute ? Manuel Valls est donc largement désigné « coupable » ce matin, coupable de tous les calculs, celui de vouloir compter dans une éventuelle future majorité législative, « des petits desseins » largement relayés par les soutiens de Benoit Hamon, de Martine Aubry à Arnaud Montebourg qui a dénoncé « un homme sans honneur ». Rares sont ceux dans la presse ce matin à lui trouver des circonstances atténuantes. Guillaume Tabard, un peu, dans le Figaro. Certes écrit l’éditorialiste, Valls est parjure, « mais il n’est que le révélateur de la crise mortelle dans laquelle le ps est plongé, pas le facteur déclenchant. Pour lui, c’est l’effondrement de la candidature Hamon qui provoque le sauve-qui-peut à gauche vers Emmanuel Macron. Le ps paie aujourd’hui une double crise en réalité, idéologique et politique. Idéologique parce qu’il n’a jamais arbitré entre sa culture de gouvernement sur une ligne sociale libérale, et sa culture de la contestation et de la rupture. Quant à la crise politique, elle est le fruit du quinquennat de François Hollande et de sa pratique du pouvoir. » Valls coupable donc, Hamon coupable, Hollande coupable…tiens la presse aussi figurez-vous. C’est le patron du ps, Jean-Christophe Cambadélis fort démuni face à l’éparpillement façon puzzle de son parti qui hier, a trouvé l’astuce nous raconte Sophie de Ravinel toujours dans le Figaro : « lassée des affaires Fillon et désintéressée des affaires de Marine le Pen, la presse aurait décidé de feuilletonner sur le parti socialiste » a-t-il dénoncé. Mais bien sûr…la mort du ps, c’est nous

L’argument de Manuel Valls, qui a justifié hier son « choix de raison » par le souci de ne vouloir prendre « aucun risque a-t-il dit pour la République », avec la victoire possible du front national, cet argumentaire est assez peu présent ce matin ; tout juste notifié dans l’article de Furbury dans les Echos. Il faut dire que l’intéressé se prête sans complexe et sans tabou à toutes les transgressions. Dans L’Obs ce matin, il confie à Serge Raffy : « il faut assumer la responsabilité d’aider le prochain président de l’arc républicain. Macron bien sûr avant le premier tour. Mais même si François Fillon sortait vainqueur de ce combat, dit Manuel Valls, il faudrait aussi chercher des compromis avec la droite parlementaire. Il faut en finir avec les dogmes »

Manuel Valls qui « prend cher » ce matin comme on dit familièrement, pour ce qu’il présente lui comme une nécessaire recomposition. Pour terminer, un clin d’œil. Celui du dessinateur Willem dans Libération qui fait dire à Marion Maréchal le Pen, méchamment taclée par sa candidate de tante, « si c’est comme ça, je vais chez Macron »

Campagne présidentielle encore Hélène, avec des données sur les fausses informations qui polluent cette campagne…

« Les candidats sont-ils égaux face aux fausses informations, y a-t-il des thèmes qui suscitent plus d’intox que d’autres ? » se sont demandés les décodeurs du Monde. Qui ont recensé 15 fausses informations qui ont émergé depuis le 1er février, qui ont été partagées au moins 5000 fois sur facebook et qui ont fait l’objet d’un démenti catégorique qui invalide la thèse initiale ». Résultat ? 4 grands thèmes écrasent les autres nous dit Adrien Sénécat : l’immigration toujours présentée comme un danger, l’insécurité qui exploserait en France, les medias qui cacheraient la vérité et enfin Emmanuel Macron, 200 000 partages à lui seul de rumeurs propagées sur son compte. De sa volonté d’instaurer une taxe pour tous les propriétaires, faux, à sa campagne qui serait supposément également financée à 30% par l’Arabie saoudite. Faux aussi. Les décodeurs ont pisté ceux qui relaient ces faux : les sites et pages facebook d’extrême droite, mais aussi des comptes de militants pas directement affiliés à des mouvements politiques. Certains sont facilement identifiables, comme SOS racisme anti-blanc, on voit bien « d’où » ils parlent comme on dit, d’autres plus trompeurs comme le site « ma revue de presse », rien à voir avec la nôtre, qui parviennent à générer plusieurs dizaines de milliers de clics et de partage. Les militants des candidats génèrent par ailleurs à eux seuls près de 20% du « trafic » de ces fausses infos. Un quasi inconnu peut ainsi réunir plus de 30 000 partages sur un post facebook mensonger et non sourcé. Panorama précis et chiffré de ces faux qui circulent

On termine avec justement une « fausse information » qui a pourtant eu la vie longue

« C'est un séjour balnéaire qui alimente la chronique politique depuis quarante ans » raconte Sébastien le Fol sur le site du Point. Juin 1976 : le président de la République, Valéry Giscard d’estaing convie son Premier ministre Jacques Chirac et son épouse au fort de Brégançon, pour le week-end de la Pentecôte. 2 mois plus tard, Chirac démissionne, et dans ses mémoires, il racontera que ce séjour n’y est pas pour rien Il dit avoir été humilié par Giscard, qui a joué au monarque avec lui, se réservant un fauteuil présidentiel quand lui-même et sa femme n’avaient droit qu’à de simples chaises, invitant même à diner son moniteur de ski ! Et bien 40 ans après ce séjour, Valéry Giscard d’Estaing a décidé de ne pas laisser le dernier mot à son rival éternel. Il vient d'exhumer un document inédit : un petit film tourné par un de ses proches lors de ce fameux week-end. On y voit les Giscard et les Chirac attablés en terrasse, tous assis sur des chaises, identiques, dans une atmosphère plus conviviale que protocolaire. Ces images inédites seront diffusées dans un documentaire sur France 3 lundi soir. 40 ans pour tordre le cou à une rumeur, sans facebook, like ni partage. Juste avec un petit film super 8, opportunément sorti Là…pour nourrir, encore, la chronique d’une détestation qui aura structuré la droite française pendant si longtemps. Mais il se peut qu’on soit passé à autre chose...

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