La France a trahi l'Italie, le Figaro. L'Afrique entre dans le désordre dans la maladie, le Monde. Gianluca, premier sorti vivant de la réanimation de Monza, rêve d'eau et de pizza dans la Provence. Libération nous dit une artiste japonaise, qui pour créer est devenu confinée interne volontaire en hôpital psychiatrique

On parle d'un champion....

Qui nous parle depuis sa maison de retraite à Pérignat-sur-Allier, où il vit entouré des photos de sa gloire, lui qui fut l’ami de Jacques Anquetil et de  Fausto Coppi. Ecoutez ce matin dans l'Equipe rugir Raphael Géminiani, 94 ans, et si le nom ne vous dit plus rien, quelle chance de le découvrir, Raphael fils de Giovanni réfugié en France pour fuir le fascisme, Raphael qui fut lui-même arrêté par la Milice de Vichy en 1944 et gardé prisonnier un mois, nourri d'épluchures de pomme de terres, mais avant il avait commencé le vélo, Raphae,l et en ces temps terribles, il partait s’entrainer, plus libre paradoxalement sur son biclou qu’aujourd’hui où nous sommes confinés face à un ennemi invisible… 

Et après la Libération, Géminiani participa au premier Tour de France de la paix retrouvée, en 1947. « Je n'ai jamais revu autant de monde, des milliers de personnes, exaltées, le long des rues. » Et pour cela il nous souhaite de voir le Tour cet été. « Il faudra guérir, et le Tour pourrait nous aider. »

Faut-il l’entendre, alors même qu’on doute que l’été viendra. 

Dans Sud-Ouest on plaide pour les Francofolies de La Rochelle, dans l’Humanité pour le festival d’Avignon quand souffre le théâtre… 

Mais dans ce concert d’espérance, le son de Géminiani est unique par l’amour  que l’on porte aux anciens, à nos repères familiers... J'ai par l'Yonne républicaine des nouvelles de Guy Roux octogénaire de notre football, qui ne fait pas le malin dit-il, confiné chez lui près d’Auxerre et se distrait en regardant à la télé de vieilles courses cyclistes… Evidemment le vélo. Ce sport de tout un peuple jadis, que Géminiani, illustra de ses courages et de défaites légendaires qu’il ranime: ah ces italiens s’équipant de gros pneus pour passer la caillasse sur laquelle il creva et perdit un Giro! 

Mais il nous redit surtout une tragédie qui fait écho à nos tourments. En 1959, Géminiani entrainait en Afrique son ami Fausto Coppi, le plus grand coureur de son temps, et en Haute-Volta, aujourd’hui le Burkina Faso, les deux hommes avaient subi les assauts des moustiques. Tous deux attrapèrent la malaria. Géminiani tomba dans un coma où surnageait un prêtre venu lui donner l’extrême-onction… Quand il se réveilla, il apprit la mort de son ami Coppi…

Ces derniers jours, Ouest-France et le Point ont raconté cette part de l’histoire. En Italie, Coppi fut soigné à la cortisone pour une jaunisse apparente, il mourut, quand Géminiani fut sauvé, par un spécialiste des maladies tropicales qui lui donna de la quinine. La chloroquine dont on parle tant,  soixante ans après.

On parle aussi de l’Italie ce matin…

A laquelle tant d’histoires nous lient et que pourtant nous avons trahi. Et le Figaro est impitoyable avec nous français, dont le président Macron était venu jurer fidélité à Naples le 27 février, mais quand l’Italie demanda d’urgence des masques, nous fîmes la sourde oreille pendant 18 jours, et contrairement à l’Allemagne nous n’avons pris aucun malade italien dans nos hôpitaux.

Nous sommes pourtant en france, épris de solidarités. La presse de l’Est (DNA, l’Alsace Républicain Lorrain, Est républicain, Vosges matin) et la presse du Midi, (Sud-Ouest, Midi libre) racontent ce TGV qui hier a transféré des malades du coronavirus. Dans le parisien, des restaurateurs font des paniers repas pour les sdf.. 

Nous sommes, entre nous, solidaires et les temps sont durs. Je lis dans l’Opinion  qu’avec la crise, la dette publique française va s’envoler vers 2800 milliards d’euros, y aura-t-il un choc fiscal, qui va payer?

Pourtant, il faut regarder les autres. Le Monde dans un article à plusieurs voix raconte l’Afrique qui entre dans la maladie en désordre, où les gosses jouent au football encore dans les rues, mais les maquis ferment, Dakar semble une ville de lendemain de fête, Ouagadougou où Fausto Coppi disputa sa dernière course est sous  couvre-feu, et comment se lave-t-on les mains à Kinshasa en pénurie d’eau? Le même journal le Monde, me dit aussi les splendeurs humaines de la société italienne où se protègent des familles, douces, attendrissantes. Elena, étudiante chez nous, venue de Bergame, si durement touchée, se sent bergamasque et cuisine chez elle du risotto, de la polenta. La nourriture nous dit…

Et on parle aussi de pizza. 

Forcément de pizza dont rêve Gianluca, 43 ans, qui est le sourire de ce matin dans la Provence, il est le premier malade à être sorti vivant de la réanimation de l’hôpital de Monza: il est le frère italien des malades guéris dont parle la Croix, apaisante, dans son dossier de Une, mais lui est parti bien loin. Comme Géminiani voyait un prêtre, Gianluca émergerait de son sommeil intubé pour voir un ballet d’infirmières et les corps de ses voisins morts recouverts d’un drap, il se rendormait en pensant à se battre, il dit le goût unique désormais de l’eau sur ses lèvres. Et oui il veut une pizza.

C’est bien la pizza mais pas que. Le Berry Républicain et le Parisien nous donnent des conseils pour bien manger sainement en temps de confinement sans faire du gras. En même temps on peut discuter de la tarte au chocolat que propose fooding.com, qui nous compose ses recettes confinées, puisque de l’enfermement peut naître aussi la beauté.

Ce matin, Libération dit la raison dans un très bon dossier sur les tests du virus et comment ils fonctionnent, et magnifie aussi la lucide folie d’une artiste japonaise, Yayoi Kusama, qui s’est fait interner volontairement il y a plus de quarante ans en hôpital psychiatrique où elle tisse ses oeuvres obsédantes de petits ronds de couleurs… Kusama est une fée ensorcelante, aux cheveux rouges et à la mine fermée, elle a 91 ans.

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