Bonjour... Repli sur soi ou solidarité ? Vous avez le choix, ce matin... le choix entre la Suisse qui dit "non" aux minarets et l'ouverture des Restos du Coeur. Donc, à la surprise générale, les citoyens helvétiques ont voté à près de 60% pour l'interdiction des minarets... à la surprise même de ceux qui avaient demandé cette votation. Pour La Tribune de Genève, c'est "le choc"... "mais tant de questions sans réponses". Le journal suisse note que Genève fait exception en rejetant l'initiative populaire, mais poursuit : "une seule certitude après cette gifle aux élites politiques et médiatiques : aux yeux des citoyens, l'islam pose problème". Mais, s'interroge le journal, "comment la Suisse doit-elle s'y attaquer ?". Jacques Camus, qui n'a pas peur des images, dans La République du Centre, estime que c'est "le triomphe de l'esprit de clocher, au sens le plus étroit du terme. Les Suisses ont eu peur de l'ombre de ces minarets". "Les minarets déchaînent la passion", renchérit Jean-Pierre Bel dans le journal voisin de La Nouvelle République du Centre-Ouest. "Ils étouffent la raison tellement vite qu'il est toujours tentant, pour les plus cyniques, de les utiliser comme un levier politicien. Leur charge symbolique est tellement forte qu'elle empêche souvent de réfléchir sereinement". C'est "le vote de la honte", lance Libération. "Cette votation a une lourde portée symbolique". C'est même "une mesure ostensiblement discriminatoire", s'insurge Laurent Joffrin dans son éditorial. "La force absurde du préjugé se vérifie d'autant plus que ce sont les cantons où il y a le moins de musulmans qui ont le plus approuvé la mesure anti-islam réclamée par la droite extrême. Le vote suisse est un signal d'alerte pour l'Europe entière", dit encore Joffrin. D'où la question de Dominique Quinio dans La Croix : "Un tel référendum dans d'autres pays européens ne donnerait-il pas des résultats semblables ?". Oui, dit Michel Lépinay dans Paris-Normandie : "Personne ne peut aujourd'hui garantir qu'interrogés sur la même question, les Français auraient rejeté le projet d'interdire les minarets". Xavier Panon tempère dans le journal La Montagne : "La France de la burqa n'est pas la Suisse du minaret. Mais la victoire du parti de droite helvétique, dans sa virulence contre les étrangers, n'en sonne pas moins comme un coucou". Un coucou suisse, bien entendu... C'est exactement ce que résume le dessin de Delestre dans L'Est Républicain, où un coucou suisse, un rien agressif, jaillit de sa boîte en criant à des Suisses effarés : "Ici, le muezzin, c'est moi !". Autre exemple de repli sur soi : l'Iran... repli et provocation d'ailleurs. La République islamique annonce qu'elle va construire dix nouvelles usines d'enrichissement d'uranium. Bernard Kouchner juge cet entêtement très dangereux, dans Le Figaro. "Pourquoi aujourd'hui cette annonce d'un programme de dix nouveaux sites d'enrichissement de l'uranium, alors que l'Iran n'a pas une seule centrale nucléaire pour brûler ce combustible ?", s'interroge le ministre des Affaires étrangères, qui tempère : "Nous n'agissons pas contre l'Iran, nous agissons pour la paix". (Nicolas Demorand : "On parle aussi de solidarité dans les journaux, ce matin")... Oui : après la fermeture, l'ouverture aux autres. Par exemple, ce sondage dans L'Humanité, qui confirme que les Français sont de plus en plus conscients du rôle des sans-papiers dans l'économie. 78% estiment que ce rôle est important. 9 points de plus qu'il y a un an, dans ce sondage IFOP. 22% sont d'un avis contraire. Et une immense majorité est favorable à la régularisation des immigrés en situation irrégulière... près d'un quart, 24%, pour une régularisation globale... et surtout, 64% pour une régularisation au cas par cas. 12% seulement y sont opposés. Commentaire de Jérôme Fourquet, de l'IFOP : "Cela montre qu'il y a une bonne compréhension du dossier par les Français, qui appellent sur ce sujet à une réponse équilibrée, loin des postures idéologiques radicales". Solidarité encore, avec un assez triste anniversaire : celui de la 25ème campagne des Restos du Coeur. Eh oui : un quart de siècle déjà que Coluche a lancé l'initiative. A partir d'aujourd'hui, les 2000 antennes des Restos du Coeur vont rouvrir leurs portes à plus de 800000 précaires, "des villes comme des champs", nous dit Le Parisien-Aujourd'hui en France. L'an dernier, ils ont distribué 100 millions de repas, précise France-Soir. Cette année, les bénévoles s'attendent à en distribuer 110 millions. Heureusement, il y a eu 20% de dons et de legs de plus que l'année dernière, précision donnée toujours par Le Parisien-Aujourd'hui en France. Mais quand même, "l'asphyxie menace", nous dit L'Echo Républicain... en raison des dégâts de la crise, comme le souligne La Voix du Nord. Avec encore un chiffre : 53% des bénéficiaires des Restos du Coeur sont demandeurs d'emploi. Ce qui veut dire que 47% sont soit des retraités, soit des étudiants, soit des travailleurs, mais des travailleurs pauvres. On comprend donc que, dans le monde du travail, ce soit la crise de confiance entre salariés et employeurs. Ce sont Les Echos qui nous le disent, à l'appui d'un sondage (encore un) TNS-SOFRES-Altedia celui-là, qui montre que 6 salariés sur 10 se défient de leurs dirigeants. 59% des personnes interrogées estiment qu'ils sont plutôt perdants dans leurs relations au travail. Et 44% estiment même que leur situation personnelle au travail s'est dégradée ces dernières années. J'ajoute que, pour Les Echos, cette défiance touche aussi les cadres. Seules les très petites entreprises font exception. Deux exemples pour illustrer cette situation... Le salaire d'Henri Proglio chez EDF... Ce n'est pas la Une de L'Huma ou de Libé, c'est à la Une de La Tribune. Pourquoi ? Parce que le nouveau PDG d'EDF demande une rémunération équivalente à ce qu'il touchait chez Veolia... autrement dit, selon La Tribune, 2 millions d'euros par an en moyenne, ce qui serait le double de son prédécesseur. Comme dit La Tribune, cela a provoqué une certaine émotion. Certes, les exigences d'Henri Proglio le situeraient dans la moyenne des grands patrons français. Oui, mais Veolia, c'est le privé, et EDF, le public. Et La Tribune pose la question : "Quel salaire pour les patrons du public ?"... avec une sorte de règle : plus l'Etat est présent au capital d'une entreprise cotée, moins la rémunération du PDG est élevée. N'exagérons rien quand même. La Tribune a comparé les champions du secteur privé et ceux du secteur public. Mais même ces derniers ne sont pas à plaindre. L'un des moins bien lotis (entre guillemets), Didier Lombard (le PDG de France Télécom), émarge quand même à 1.652.000 € par an. France Télécom, c'est d'ailleurs le deuxième exemple de cette crise de confiance entre salariés et employeurs. Selon Le Parisien-Aujourd'hui en France, un document interne de l'entreprise provoque "la révolte des médecins du travail". Ce document réclame aux médecins de France Télécom de lui signaler nommément les salariés fragilisés après la vague de suicides qui a touché l'entreprise. "Le secret médical est bafoué", s'insurge Bernard Salengro, le président du Syndicat des médecins du travail CFE-CGC. "Si le salarié n'est pas tenu au courant, c'est contraire au code de déontologie, et même au Code pénal"... d'autant plus, nous apprend Le Parisien, que, selon les syndicats, la direction de France Télécom sous-estimerait le nombre de suicides dans l'entreprise. Ils ne seraient pas de 26, mais de 30 depuis février 2008. (ND : "La grippe A, c'est un exemple de solidarité ou de repli ?") Ca dépend... Le Figaro nous dit que "déjà un million de Français sont vaccinés contre la grippe A"... ce qui inspire à Francis Lachat ces réflexions dans Le Courrier Picard : "Plus l'épidémie se propage, plus les centres de vaccination se remplissent. Et on peut noter que ceux qui dénonçaient la gesticulation médiatique, voire l'instrumentalisation du phénomène, se sont tus. Les Français exigent maintenant une meilleure mobilisation des pouvoirs publics, et craignent d'être sevrés d'un vaccin qui, il y a peu, ne les convainquait pas". Alors, pour réduire les temps d'attente dans les centres, le gouvernement va renforcer le dispositif de vaccination collective et faire appel à l'armée. Rassurez-vous : pas les tanks... Le Service de santé des Armées. Espérons qu'on ne nous fera pas mettre en rang... Allez, je termine par cette cerise sur le gâteau signée Francis Brochet, dans Le Progrès, qui nous demande : "Vous avez regardé hier soir 'Vivement Dimanche' ? Ce fut un grand moment de télévision. Il faut avoir vu Michel Drucker offrir à Jacques Chirac un bichon frisé blanc. Il faut l'avoir vu s'interroger avec lui si c'est un garçon ou une fille pour mesurer combien la télévision peut parfois être une puissante machine à décerveler... d'autant plus efficace qu'elle arbore le sourire de grand gosse émerveillé de l'éternel Michel Drucker. Et nous étions nombreux hier soir devant le poste, avec Jacques Chirac... très nombreux aussi à avoir acheté ses Mémoires. Pourquoi cet engouement rétrospectif pour un homme tant vilipendé, mal élu, puis rejeté ? Peut-être parce que nous sommes un peuple qui, aimant l'Histoire, préfère le passé au présent. Vous verrez, Nicolas Sarkozy aura un jour droit à son bichon. Et Michel Drucker sera encore là pour sourire au pouvoir qui passe"... Bonne journée...

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