(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : carnets de route

(Bruno Duvic) Carnet de route en Europe, d'abord. Première étape : Bologne, Italie.

Quand il y a du monde aux guichets des banques, c'est qu'il se passe quelque chose de sérieux.

A Bologne, lundi, c'était la "journée des bons du trésor public". Puisque l'Etat a de plus en plus de mal à emprunter sur les marchés, un patron de PME incitait la population à acheter des bons du Trésor. Résultat : un joli succès raconté ce matin par Les Echos . La bourse de Milan a chiffré les investissements à 2.6 milliards d'Euros.

A l'heure des indignés, des déprimés, des dégoutés de la politique, l'opération italienne est "un sursaut citoyen face à la dette", écrivent Les Echos .

Exemple : Stefano, 19 ans, étudiant en économie.

Lundi il est allé retirer 2000 Euros du compte épargne qu'alimente sa mère depuis sa naissance.

Il reconnait qu'il a peur de la crise, "mais il faut avoir confiance en son pays. J'ai en mémoire tous les italiens qui ont eu le courage de reconstruire le pays après la guerre." Lui et ses camarades de promo ont investi 3.000 Euros en bons du trésor.

Etonnant discours de premier de la classe.

A Londres, deuxième étape en Europe, c'est la colère qui éclate contre l'austérité. Grève aujourd'hui dans la fonction publique. On l'annonce massive : "Pour défendre leur retraite, les Britanniques vont de l'avant", titre L'Humanité .

L'austérité n'a pas empêché le creusement du déficit budgétaire selon La Tribune .

Mais on continue de gratter un peu partout. Marc Roche, correspondant du Monde à Londres raconte comment James Bond est mis à contribution. Les services secrets britanniques vont aider les entreprises à lutter contre les pirates informatiques. Il s'agit surtout de faire tomber des sous dans les caisses de 007.

A quand la fumée blanche ? A quand un accord franco allemand pour mettre fin à cette crise de la dette qui touche même des pays hors de la zone Euro ? Si accord il y a, il impliquera des pertes de souveraineté, il ne pourra pas être ratifié sans changement de constitution, selon Mediapart .

Le débat sur l'Europe va donc revenir au premier plan en France. Dossier de Une de Libération pour qui la faille entre la France du Oui et du Non, Oui à Maastricht, Non au referendum de 2005 risque de se s'ouvrir à nouveau.

Divisions, auberge espagnole. Barcelone, ville étudiante, pourrait être le terme du voyage en Europe ce matin. S'il y a une chose qui fait à peu près l'unanimité c'est le programme Erasmus. Selon La Croix , en cette époque d'Euro déprime, la commission de Bruxelles veut doubler le budget d'Erasmus et le doter d'un véritable volet économique.

Carnet de route en France à présent

"Quand la France s'ennuie" avait écrit Pierre Viansson-Ponté dans Le Monde juste avant mai 68. 43 ans plus tard, la France se cherche.

Le temps de la campagne électorale, Le Monde a posté 8 de ses journalistes un peu partout en France, des banlieues aux métropoles en passant par les villes moyennes. "Une année en France", c'est à lire sur le site Internet et dans le journal.

Sur le Net, Pascale Robert-Diard écrit d'Avallon, sous préfecture de l'Yonne, 7.500 habitants, bassin de population de 35.000 habitants. Avallon en novembre 2011 c'est une ville entre deux époques ; des rues vides ; dans les salons et les salles à manger, on est entré dans la saison télé.

"En décrivant Avallon vous décrivez 120 à 130 sous préfectures françaises", dit le sous-préfet à la journaliste. La cité a bati sa prospérité sur une société qui n'existe plus. La ville moyenne offrait tout ce dont une famille pouvait rêver pour ses enfants : le collège, le lycée, l'hôpital. La vie à portée de fauteuil.

Mais le monde est devenu plus mobile, plus exigeant plus individualiste. A Avallon, tout le monde voulait garder l'hôpital, mais 65% des personnes vont se faire soigner ailleurs. Si vous voulez le meilleur pour votre enfant vous allez dans la grande ville, Dijon.

Avallon, c'est une ville qui se demande à quoi elle sert. Le maire a un sourire : "C'est formidable de vivre ici, on est bien. Mais des fois, je me sens comme le type qui en 1950 a investi dans une fabrique de char à bœufs."

Investir malgré la crise. A Lille, nous dit La Voix du Nord , le Grand stade sera bien livré en août. Dans la région nantaise, débat autour d'un nouveau pont sur l'estuaire de la Loire. Hier le ministre des transports Thierry Mariani a plaidé pour. Et vous payez combien ? lui ont demandé les élus locaux. Le ministre est resté flou. C'est à lire dans Presse Océan .

Carnets de route, suite, quelques haltes sur la toile

"Facebook vend ses 800 millions d'amis". Grand titre de La Tribune alors que le réseau social prépare son introduction en bourse.

Wikileaks, un an après publication des télégrammes diplomatiques secrets. Julian Assange est toujours en Grande Bretagne, on attend son extradition en Suède. Dans Philosophie magazine ce mois ci il dialogue avec un spécialiste de l'éthique. On l'avait accusé de mettre en danger la vie d'espions et de diplomates : "Le Pentagone n'a pas pu établir qu'il y ait eu une seule mort causée par nos fuites.

Un nouveau site sur la toile. Il s'appelle quoi.info . Il veut traiter de l'actualité en répondant à des questions. A la Une aujourd'hui : "Le maïs OGM autorisé, où est passé le principe de précaution ?"

Dernière étape de ces carnets de route : la Syrie

C'est une porte aux 1000 verrous qui commencent à grincer. La presse s'infirltre en Syrie. Après le photographe Mani, après Martine Laroche-Joubert de France 2, Manon Loiseau publie cette semaine dans L'Express le carnet de bord du reportage qu'elle a tourné dans la région de Homs pour envoyé spécial demain.

Comme d'autres, elle raconte la torture - cet homme suspendu au plafond avec des menottes pendant 3 jours. "Des centaines d'enfants sont torturés à mort" en Syrie titre ce matin Le Figaro après un rapport de l'ONU.

Dans le reportage de Manon Loiseau, des soldats, dans un lapsus révélateur demandent à un gamin de 10 ans : "Et toi es-tu avec le peuple ou avec le président ?"

Elle montre encore cette dame qui dit "merci d'être là".

Et puis la mobilisation, qui pourrait basculer dans une autre dimension : "Le jour où vos pays imposeront une interdiction de survol du territoire syrien, lui dit un rebelle, la majorité des soldats rejoindront le peuple."

Ce n'est plus une révolution qui est en cours dans la région de Homs, c'est une guerre. Une guérilla urbaine, maison par maison, quartier par quartier.

Au dernier jour de ce voyage, la reporter accompagne un groupe de 200 manifestants qui se rassemblent à la tombée de la nuit. "Ces femmes, ces hommes, ces enfants n'ont plus peur lui dit l'homme qui l'accompagne. Bachar est le prochain dictateur qui va tomber". A peine ces mots prononcés, une rafale de tirs éclate, puis deux. Course folle, refuge chez une famille. "Voilà ce que nous vivons reprend l'homme. Tous les soirs on peut mourir, mais tous les soirs le peuple retourne défier le pouvoir. Ils peuvent nous tuer, mais il ne peuvent plus tuer notre rêve de liberté"

A demain

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