Bonjour... En me levant ce matin pour venir travailler, je me suis dit qu'il valait peut-être mieux pour moi rester à la maison... Car, comment faire une revue de presse sans presse ?... Une grève du Livre-CGT affecte ce matin la distribution des quotidiens nationaux. Les salariés des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne protestent contre un plan de restructuration. Ils demandent l'ouverture de "vraies négociations". Quotidiens nationaux ou pas, je suis venu. J'ai d'abord feuilleté la presse régionale ; j'y ai vu, en première page du Courrier de l'Ouest, la photo d'une femme, allongée sur un lit, sous ce titre : "Empoisonnée par sa botte". ..."Empoisonnée par sa botte". La légende de la photo m'apprend que la dame, commerçante à Ingrandes, a passé une semaine à l'hôpital d'Angers. Elle y a été admise en raison d'une allergie aux pieds (on la voit bien, l'allergie, sur le cliché), affection due à une paire de bottes neuves et fabriquées en Chine. De Chine, on importait jusque-là des tongs empoisonnées, des fauteuils contaminés, voici donc les bottes qui font ressembler vos pieds à des steacks sanguinolents. Les bottes chinoises de la commerçante allergique angevine ont des talons-aiguille... ...Aiguille... A propos d'aiguille, les éditorialistes de la presse quotidienne régionale se déchaînent littéralement, aujourd'hui, sur l'histoire de la "poupée vaudou" dont Nicolas Sarkozy a tenté (en vain) d'interdire la vente sous le prétexte qu'elle est à son image et que son image lui appartient. Il avait porté plainte. Le Tribunal de Grande Instance de Paris, hier, l'a débouté (c'est une première dans l'histoire de la Vème République) ; le chef de l'Etat annonce son intention de faire appel. "Pourquoi cet acharnement ?", se demande Jean-Claude Kiefer, dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace... "Ou faut-il se poser une autre question : le Président de la République est-il superstitieux ?". Plusieurs de mes confrères s'adressent à lui directement, ils l'interpellent. "N'ayez pas peur de l'humour, Monsieur le Président !", lui dit Bernard Revel, dans L'Indépendant du Midi. Il poursuit : "En pays catalan, vous êtes devenu depuis Noël dernier un santon très populaire de la crèche. Vous êtes représenté en 'caganer', figurine accroupie fesses en l'air dans l'accomplissement d'un besoin naturel (...) Allez-vous porter plainte ?" Francis Brochet, dans Le Progrès : "Monsieur le Président de notre République, nous souhaitons vous présenter ici nos excuses les plus humbles pour avoir osé, plus que de raison, brocarder votre immensitude (...) Nous vous jurons donc solennellement ici, Votre Complétude, que jamais plus nous ne joindrons notre plume à ces vils canards. En vous remerciant d'en prévenir vos avocats, nous vous prions d'agréer, Monsieur notre Président, l'hommage de notre respectueuse servitude". Tout cela fait dire, dans L'Est Républicain, à Chantal Didier, sous le titre "Vaudou", que ce genre de procès "conforte la liberté d'expression... et l'indépendance des magistrats"... "Et voilà -constate Jacques Camus, dans La République du Centre- comment une insignifiante poupée devient le symbole d'une forme de résistance des juges aux pressions de l'exécutif". "La pipolisation de la vie politique est une réalité qui conduit à des excès", conclut, dans Le Télégramme, Hubert Coudurier... "mais les élites qui y concourent, pour se rendre plus proches des gens, s'exposent à la désacralisation que l'on constate aujourd'hui". Bref, ce matin dans vos journaux régionaux, pour une poupée vaudou, Nicolas Sarkozy se fait épingler. Je dois dire que si la poupée de John McCain était commercialisée sous sa forme vaudou, elle ferait un tabac dans le monde entier ces jours-ci... Je ne sais pas ce qu'on lui épinglerait en premier, mais il sentirait bien les piqûres. A en croire la presse (les hebdos et les mensuels qui apparaissent cette semaine sur les présentoirs de vos kiosques), à six jours du verdict électoral américain (à cinq jours du scrutin), Barack Obama est incontestablement l'élu du monde entier. Ses compatriotes "oseront-ils" élire, eux, celui qu'ils surnomment "Mr. Cool" pour son calme déjà légendaire ?... C'est la question que se pose Courrier International. La revue fait état de l'avertissement lancé par le journal "The Phoenix" de Boston, selon lequel "un scénario catastrophe pour le candidat démocrate reste tout à fait possible"... L'inconnue tourne autour du comportement des électeurs blancs des milieux ouvriers. Les Inrockuptibles publient l'entretien que l'écrivain, philosophe et poète martiniquais Edouard Glissant a accordé à Anne Laffeter. Pour Edouard Glissant, Obama est "l'illustration de la créolisation en marche aux Etats-Unis ; ce que les Américains attendaient sans y croire". Pour Politis, Denis Sieffert exprime "l'horrible doute" (c'est le titre de son éditorial). Il écrit : "Quelque chose d'obscur nous invite encore à l'incrédulité. C'est cette part d'irrationnel et d'inavouable qui gît au fond de l'insconscient humain et que l'on nomme le racisme. Si Obama perd, il n'y aura pas d'autre explication possible que la couleur de sa peau". Hors des frontières de l'Amérique, "jamais candidat à la Maison Blanche n'avait suscité pareil engouement", note François Martin dans Le Midi Libre. Il ajoute aussitôt : "Pour les Français, c'est sans doute une manière de parler de diversité et d'intégration par procuration. Dans nos banlieues, le mythe du jeune métis issu du peuple qui tape à la porte d'un destin mondial fait espérer". Au passage, je vous invite à jeter un oeil sur le numéro trimestriel du magazine Respect. En couverture, ce titre : "5 ans d'action pour la diversité". ...Oui, il y a Rama Yade, Fadela Amara, Rachida Dati... Pour les deux premières, je ne sais pas, pour la troisième ça se corse, on dirait. Elle faisait la couverture de VSD hier, elle fait ce matin celle du Nouvel Observateur avec ce titre : "Rachida Dati : les secrets de la chute d'une icône". Franchement, sans vouloir faire injure aux enquêteurs de L'Obs, je ne vois pas bien quels sont ces "secrets". Il n'en reste pas moins que le papier est intéressant. On y lit qu'à l'Elysée, "on ne cache plus qu'un scénario de départ (de la Garde des Sceaux) pour raison médicale est envisagé". La "raison médicale", c'est la grossesse de la ministre. Elle devrait accoucher en janvier d'une petite fille. Les auteurs de l'article le tiennent pour une évidence : "On sent bien que quelque chose s'est cassé entre Nicolas Sarkozy et sa chouchoute. La favorite est aux abois. La Cendrillon des banlieues, l'Arabe symbole de la France moderne catapultée Place Vendôme entre les palaces et les maisons de joaillerie de luxe, a du mal à s'extirper du piège dans lequel on l'a précipitée". L'un de ses anciens collaborateurs (qu'elle a viré) confie : "Elle s'est entourée de gens qui exacerbent ses tendances : la fébrilité, la précipitation, l'arrogance (...) Dati est une invention politique, une bulle médiatique". Pour "éteindre le feu", le chef de l'Etat aurait missionné l'homme chargé de la communication de Carla Bruni afin qu'il dépêche auprès de la ministre de la Justice l'un de ses proches, chargé de "dépipoliser" Rachida Dati. Eh bien L'Express, en couverture, nous propose "le choc Jésus-Mahomet (leur itinéraire, leur message, leur vision du monde)"... Et pour les lecteurs de l'hebdo que les prophètes indiffèrent, il y a une belle enquête sur "les combines des syndics de copropriété". Le Monde des Religions de novembre-décembre tente de répondre à la question : "Qui a écrit la Bible ?"... Quant à La Vie, en cette avant-veille de Toussaint, il s'interroge : "Où va-t-on après ? Enquête sur l'au-delà". En pages intérieures, les enquêteurs de "l'hebdomadaire chrétien d'actualité", revenus de l'au-delà, se demandent, atterrés : "...Mais où est passé l'Enfer ?". Ces 50 dernières années, il a, paraît-il, "disparu de notre imaginaire". Je vous le disais au début de cette revue de presse, vous ne trouverez pas de quotidiens nationaux ce matin dans vos kiosques. Si vous vous laissez tenter par Internet, allez donc voir ce qu'aurait été la Une de Libération. On y voit une main de couleur sombre qui dissimule un visage derrière un masque blanc, sous ce titre : "Sans-papiers : le temps de la délation". Le journal revient sur l'histoire de cette Equatorienne en situation irrégulière qu'un fonctionnaire de la mairie du Vème arrondissement de Paris aurait dénoncée à la police quand elle est venue inscrire son fils à l'école... ...Après cela, l'hebdomadaire La Vie se demande où est passé l'Enfer. La réponse, la voici.

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