Elle s’appelle Carole, elle a trente ans, et il faut lire son témoignage dans LIBERATION

Un nouveau témoignage. Un énième témoignage de femme harcelée sexuellement.

Certains penseront peut-être que l’on a tout dit. Tout dit, tout entendu depuis qu’a éclaté l’affaire Weinstein. Tout dit, tout entendu depuis que les victimes se sont emparées des réseaux sociaux pour raconter ce qu’elles ont vécu, raconter les scènes, dire les mots et décrire ceux qui les ont harcelées. Certains penseront peut-être qu’on en sait déjà assez, et que ce n’est pas dans la presse, mais devant la justice que ces femmes doivent s’exprimer. Mais l’un n’empêche pas l’autre, et après des années de silence, le sujet est loin, très loin d’être épuisé, comme en témoigne donc le dossier de LIBERATION : « Enquête sur une omerta française : balance ton porc au bureau. »

Et là, certains diront que « balancer » sous-entend « délation » – il n’est donc pas approprié. On connait l’argument. D’autres diront que « porc » n’est pas approprié non plus, et que l’on ne peut pas mettre dans le même sac les violeurs et ceux qui font des remarques déplacées. Là encore, on connaît l’argument… Et c’est à croire que lorsque les victimes ont enfin le courage de parler, ce n’est jamais comme il faut : on leur dit qu’elles parlent trop tard, ou pas au bon endroit, ou bien pas avec les bons mots. Il faut donc lire ceux de Carole, qui raconte le calvaire qu’elle a vécu il y a cinq ans au sein de son entreprise. En l’occurrence, la banque BNP-PARIBAS.

A l’époque, elle a 24 ans, et forte d’un diplôme d’une grande école de commerce, elle est embauchée sur un poste prestigieux : à Hong-Kong, une des premières places financières du monde. Avant de s’envoler là-bas, une ancienne salariée du service la met en garde contre un certain Aurélien G., son futur chef d’équipe qui trainerait une réputation de « pervers notoire »

Mais Carole ne s’en inquiète pas davantage. Elle aurait pourtant dû, car la réputation de cet Aurélien G. n’était pas usurpée, et pendant six mois, la jeune femme subira des propos sexistes de plus en plus appuyés… Des propos sur ses jupes, des propos sur ses fesses, un stylo frotté sur ses cuisses, des mains posées sur ses cuisses, des mains posées sur sa taille, une demande de fellation… Et tout ça, parfois sous le regard d’un autre supérieur qui, un matin, lui lance : « Mais pourquoi t’es de mauvaise humeur ? Tu n’as pas baisé récemment ? » La phrase de trop pour Carole… Elle dit que ça a été le déclic.

Et donc elle a fait quoi ? Eh bien, elle a fait un signalement à la direction des ressources humaines de la banque à Hong Kong, puis elle a été reçue par sa DRH, laquelle va la dissuader de porter plainte. A la BNP PARIBAS, on a préféré régler les choses en interne. Carole a été exfiltrée dans une autre succursale, et l’unique compensation que lui a proposée la banque – compensation aux agressions sexuelles caractérisées qu’elle a subies pendant six mois – c’est de choisir elle-même l’association de victimes d’abus sexuels à laquelle son agresseur allait être obligé de verser un nom… Lui, c’était ça, sa condamnation. Et c’est cela que dénonce donc le quotidien : l’omerta dans les entreprises, qui étouffent les affaires d’agressions sexuelles. C’est aussi le cas dans la police, les  hôpitaux, les médias... Et c’est cette culture du silence, qu’a mis au jour l’affaire Weinstein et le hashtag ‘balancetonporc’.

Et c’est également ce hashtah qui a poussé Henda Ayari à porter plainte contre Tariq Ramadan.

Le célèbre théologien de l’islam, islamologue, prédicateur, figure charismatique mais très controversée – ses discours divisent et dérangent, notamment quand il s’exprime sur la place de la femme musulmane… Et c’est donc une femme musulmane qui l’accuse aujourd’hui. Ancienne salafiste, devenue militante féministe et laïque, Henda Ayari raconte son viol dans les colonnes du PARISIEN. Dans un hôtel, en 2012, Tariq Ramadan qui l’embrasse puis se jette sur elle, qui l’insulte et l’étrangle si fort qu’elle pense en mourir. Puis, au petit matin, il lui laisse un billet pour payer son taxi… Elle raconte que si elle s’est tue jusque-là, c’est parce qu’elle était sous son emprise mentale, et parce qu’il l’avait menacée de représailles et de s’en prendre à ses enfants. « Pour Tariq Ramadan, soit vous êtes voilée, soit vous êtes violée », déclare-t-elle au journal…

L’intéressé, lui, dénonce une cabale, et c’est ce que fait également une partie de ceux qui le soutiennent. Sur internet, Henda Ayari, qui a donc porté plainte pour viol il y a dix jours, reçois des menaces et des flopées d’insultes… Aux yeux de certains, il s’agirait même ici d’un complot juif fomenté pour nuire à Tariq Ramadan… Mais une autre plainte a été déposée et, comme on peut le lire dans LIBERATION, de nouveaux témoignages seraient parvenus à ceux qui enquêtent sur un homme que LE PARISIEN n’hésite pas à qualifier de « véritable prédateur »

D’autres sujets de société dans la presse ce matin.

Avec, d’abord, un cri d’alarme à la Une du PROGRES : « Débordés, les Ehpad appellent au secours. » Les Ehpad, ce sont les maisons de retraite médicalisées, et elles atteignent aujourd’hui un point de rupture : des cadences infernales pour le personnel, un casse-tête budgétaire pour les directeurs, qui économisent sur tout… Et tout cela se fait au détriment des personnes âgées… Elles sont de plus en plus nombreuses, parce qu’on vit de plus en plus longtemps. Et leurs familles sont désœuvrées, elles n’ont pas d’autres solutions que de la placer dans ces établissements-là…

Que faire des mineurs isolés étrangers ? Autre sujet de société, et le portrait d’un homme de cœur à la Une du COURRIER PICARD : un homme grâce à qui « ils ne dorment pas dehors »… Il s’appelle Bruno Gallo, il habite dans la Somme, à Ville-sur-Ancre, et pendant les vacances, il accueille chez lui dix jeunes mineurs africains que le département n’a pas les moyens de prendre en charge – pas assez de logements. Il explique au journal qu’il en profite pour leur donner des cours de Français et d’Anglais, et eux-mêmes racontent qu’ils seraient prêts à mourir pour aller à l’école… 

Il est d’ailleurs longuement question d’enseignement dans les journaux ce matin, avec la présentation du projet du gouvernement pour les admissions à l’université… Certes, les bacheliers pourront être classés par les facultés, mais selon LES ECHOS, ce sont eux, malgré tout, qui garderont « le dernier mot » pour choisir leur filière. D’où ce titre du FIGARO : « Le gouvernement recule sur la sélection ». Et le quotidien s’en désole. A l’inverse, pour L’HUMANITE, il s’agit bien d’une « sélection qui ne dit pas son nom. »

Enfin, un triste fait divers à lire dans NICE MATIN : hier, dans la Drôme, un homme a été tué par un de ses compagnons de chasse lors d’une battue aux sangliers. Au début du mois, un drame similaire s’était produit dans le Var : un homme de 70 pris pour un sanglier par un autre chasseur… La myopie des chasseurs : là encore, c’est peut-être un sujet de société.

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