Dans le Figaro, Alain Finkielkraut cite Thomas Mann et en appelle à la virilité de l'humanisme. La Croix cite les Béatitudes pour résister à la colère. Nice-Matin porte une ville martyre et raconte aussi bien la colère d'un prêtre que le deuil d'un imam.

On parle d'un silence...

... que je ressens que vous ressentirez à la une de l'Equipe barrée d'un titre en dialecte niçois, PAURA NISSA, pauvre Nice, 

et derrière ce titre trois athlètes figés, un gardien de but argentin Walter Benitez au visage fermé, un jeune attaquant français aux yeux perdus dans le vide, Amine Gouiri, un vétéran brésilien barbu la tête baissée et les mains jointes crispées devant sa poitrine, lui certainement priait, Dante, le capitaine de l'OGC Nice, avant ce match de coupe d'Europe que son club disputait hier soir dans son stade... Il fallait  jouer après une journée de sang et de larmes, mais avant de jouer, les joueurs de Nice et leurs adversaires israéliens de Beer Sheva ont ajouté une minute de silence au silence qui occupait déjà un stade vide de spectateurs en raison du covid... 

Nice a gagné, sans célébrer le but du jeune Gouiri... A la fin du match, le capitaine Dante semblait nerveux, il en sourit, "parfois j'ai les fils qui se touche", cela je le lis dans Nice-Matin qui bravement est allé couvrir le match parce que la vie quand même. Il  ya du football à l'intérieur d'un journal essentiel ce matin à nous et  à sa ville qu'il embrasse dans toutes ses dimensions, il porte Nice-Matin le deuil de Nice frappée par le djihadisme comme il a porté le deuil des vallées noyées par la tempête, il en parle encore aujourd'hui, le titre de Une est atroce et juste, il illustre une photo de veille mortuaire et de bougies allumées. Nice Ville Martyre...

Il est lendemain tant de façons de vivre, ceux que la mort a effleuré ne seront plus jamais les mêmes. 

L'Equipe me dit qu'au centre d'entrainement de l'OGC Nice sont écrits les noms de chacune des victimes de l'attentat du 14 juillet 2016,  quand un autre terroriste avait ensanglanté la promenade des Anglais; hier c'était une basilique, Notre-Dame de l'Assomption, où Aurore, retraitée de France télécom que croise Libération, venait chaque dimanche soir prier, retournera t-elle dans cette église à laquelle la lie "un amour profond", maintenant que la peur la prend, qui depuis quatre ans ne laisse pas Nice en Paix?

 Le Monde raconte un homme timide venu poser devant la basilique des roses pastel encore en pot, "parce que les fleurs en terre sont la vie qui est plus forte que le fanatisme", il avait apporté les mêmes roses  après le 14 juillet il y a quatre ans. Le Parisien me raconte Franck, paroissien de Notre dame de l'assomption, qui est resté paralysé après avoir appris que sa basilique avait été attaquée; en 2016, il s'était rendu avec un chapelet sur la Promenade des anglais et avait prié sur chaque emplacement de chaque corps des victimes... Nice-Matin me dit Camille qui mercredi soir était venue en la basilique allumer un cierge et qui dit son désarroi, cette femme retrouvée égorgée, cette autre femme qui est morte de ses blessures après s'être réfugiée dans un restaurant voisin et qui agonisante a demandé qu'on dise à ses enfants qu'elle les aimait, ç'aurait pu être sa mère à elle... Deux femmes sont mortes, et le gentil sacristain Vincent Loquès dont le sourire peut nous déchirer dans le parisien et dans Nice-Matin, Loquès, qui de tout temps allumait des bougies dans son église qui avait préparé la Toussaint et se préparait à installer bientôt sa crèche de Noel... 

Des journaux soulignent que le catholicisme est à nouveau attaqué...

Et on ressent le retour d'une identité historique entre la France et sa vérité chrétienne, Ouest-France publie un dessin où l'on voit Marianne, la République, porter sur son épaule la croix du Christ, devant les églises attaquées... "Trois chrétiens assassiné"s, titre le Figaro dans ses pages intérieures, le Figaro qui traite le drame dans les mots les plus crus et simples, qui veulent dire qui nous sommes et qui sont nos ennemis dans un combat de civilisation. "La barbarie islamiste se déchaine contre la France" dit le titre à la Une et le Figaro unit dans cette barbarie l'assassin de Nice, les diatribes du Président turc Erdogan, les nationalistes turcs qui  attaquent des communautés arméniennes et la fureur des manifestations anti-françaises dans le monde, je vois notre drapeau bleu blanc rouge brulé en Inde à Peshawar... 

Comme souvent pour étayer ses combats, le Figaro interroge le philosophe Alain Finkielkraut, qui décrit une France attaquée dans ses dimensions juives, laïques et chrétiennes, seraient-elles notre définition, il cite aussi l'écrivain allemand Thomas Mann, qui était confronté à une barbarie nommée le nazisme, et réclamait pour le combattre, "un humanisme militant": "l'Europe n'existera que si l'humanisme découvre sa virilité, si celui si apprend à s'armer"...

En miroir du Figaro, presque symétrique à lui, la Croix, journal catholique, refuse l'idée de la guerre et ne met en une qu'un mot "Tenir", on lit dans la Croix comme dans le Monde un voyage dans les églises de France où sonnait le glas et où en dépit de tout on veut résister à la colère... La croix revendique le  message d Mgr eric de moulins Beaufort, président de la conférence des évêques de France, qui après l'attentat a cité cite l'évangile et les béatitudes qu'ion lira dimanche à la Toussaint. 

"Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu, heureux si l'on vous persécute à cause de moi, car votre récompense sera grande dans les cieux..." Mais la Croix me dit que sur les réseaux sociaux, un internaute a commenté ainsi, "Bisounours," le message du Christ. 

Et on entend aussi la colère d'un prêtre... 

Qui s'exprime dans Nice-Matin et le Parisien, et vient  percuter nos bonnes volontés politiques, Jean-Louis Giordan, qui fut 18 ans le curé de Notre dame de l'Assomption, dit ceci: "Je suis très en colère contre tous ceux qui disent qu'il faut continuer à diffuser les caricatures de Mahomet. Moi je ne suis pas Charlie. Je n'aime pas lorsqu'on blasphème contre le pape. Et là, on a affaire à des fous..." Et ainsi, tous, dans l'Eglise, et tous en France ne pensent pas aux mêmes combats, ne mènent pas les mêmes actions, pourtant tous endeuillés. 

A Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie, où un prêtre nommé Jacques Hamel fut assassiné par deux djihadistes en 2016, une soeur est venue prier hier, elle vit dans le Nord de la France mais Roseline Hamel aime à venir ici pour sentir Jacques vivant, nous dit Libération. La nouvelle de l'attentat de Nice l'a prise dans ce pèlerinage et il a ranimé en elle le souvenir d'un instant de violence; de même, je le lis dans Paris-Normandie, la mort de Samuel Paty, avait dit-elle "mitraillé l’intérieur de notre cœur, de notre esprit, de notre âme". Elle pleure les morts et dit-elle, elle s'inquiète pour ses amis, ses voisins, ses frères musulmans.

Nice-Matin me dit que l'imam de Nice Othmane Aissaoui a interrompu en signe de deuil les festivités liées à la naissance du Prophète, il parle d'unité, il dit "aujourd'hui je suis chrétien"...  Sur les réseaux sociaux, un dramaturge belge, Ismaïl Saïdi, qui pour désamorcer la haine a raconté dans une pièce de théâtre nommé "Djihad" les tribulations de paumés djihadistes, a posté le Notre Père, "délivre nous du mal", c'est une belle prière.

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