Patrick COHEN : A la Une, ce matin : à la recherche du temps perdu... Bruno DUVIC : Dans Paris-Match, cette semaine, Liliane Bettencourt est comme une aristocrate dans le roman de Proust. Le temps passe, le pouvoir irrémédiablement lui échappe, mais la conversation continue, avec cet art consommé des gens bien nés de beaucoup parler sans révéler grand-chose en vérité. Pas moins de 18 pages de photos et d'interview... Et l'image que l'hebdomadaire donne de Mme Bettencourt, c'est celle d'une vieille dame fantasque, parfois indigne, mais qui aurait toute sa tête. La voici donc dans son hôtel particulier de Neuilly : ses jardiniers, ses maîtres d'hôtel, son habilleuse, ses tableaux de Braque, Chirico et Picasso au mur, ses photos dédicacées du général de Gaulle, et son chien couleur chocolat qui la suit partout. En introduction de l'interview, Arnaud Bizot dessine un portrait d'elle parfaitement laqué. "Son corps et ses abdos font rêver ses employés", écrit l'envoyé de Match. Quant à l'entretien, c'est une aimable partie de badminton, émaillée de quelques smashes... - Qu'aimez-vous chez votre fille ? - Enfant : sa timidité et quelques élans vers moi. Aujourd'hui : il faudrait que je cherche. - Et François-Marie Banier ? - Il est follement doué, mais tellement brouillon. Cette pagaille dans notre amitié m'a procuré un plaisir intense. - Pourquoi lui avoir donné autant d'argent ? - Parce qu'il en demandait. C'est quelqu'un qui veut toujours plus, toujours plus gros. J'avais envie de le voir courir. Les gens qui font quelque chose, il faut les pousser à les réaliser. - Distraction coûteuse, non ? - Hors de prix. - Est-ce pour cela que vous avez modifié votre testament ? - Je n'ai pas envie de vous répondre. - Comment réagissez-vous aux mots "expertise psychiatrique" ? - Vous me trouvez gaga ? J'ai encore des envies. - Lesquelles ? - Il est un peu tard pour vous mettre sur les rangs. Des courtisans, Liliane Bettencourt n'en manque pas... Le mensuel Capital raconte que, depuis que son adresse a été divulguée dans la presse, elle reçoit 300 lettres par semaine, la plupart pour lui demander de l'argent. Patrick COHEN : A la recherche du temps perdu, tome 2... Direction le Chili... Bruno DUVIC : C'est une cité d'or et un monde englouti. Les 33 mineurs chiliens de San José sont aujourd'hui des héros planétaires. Mais, pour Le Nouvel Observateur, Jean-Paul Mari s'est intéressé à l'envers du décor : les jours d'avant l'effondrement... "A San José, la mine, elle pleure" : Mercurio l'avait dit à sa femme en rentrant chez lui. Ce mineur a eu la chance de plonger et de sortir du puits avant que les larmes ne deviennent torrent. Depuis une bonne semaine, ces larmes de sable et de pierres, elles tombaient du toit des galeries, rebondissant avec un bruit sinistre sur le casque des hommes. Au Chili, quand on est un mineur, on est un mec, un vrai : on ne gémit pas. Mais on voit tout de même... Cela faisait deux ans que les hommes, avides de cuivre et d'or, creusaient comme des fous. On atteignait presque le niveau de la mer. On éviscérait la montagne. Mais personne ne parlait de sécurité. Le seul mot d'ordre, c'était "productivité". Qu'importe les deux morts depuis 2007 : on continuait de creuser, y compris les piliers qui étaient censés soutenir les galeries. Pour retenir les mineurs, on gonflait les salaires. Pas d'examens de santé. Le 5 août au matin, les hommes en surface ont senti le monde exploser en sous-sol. Miracle : les 33 étaient vivants, et la grande cheminée d'évacuation encore ouverte. Manquait juste l'échelle de secours qui leur aurait permis de s'échapper. Patrick COHEN : Le débat sur l'immigration continue... Bruno DUVIC : Et la presse s'en saisit, depuis le début de la semaine. La presse de gauche, en début de semaine. La presse de droite désormais : Le Point et Valeurs Actuelles en particulier... "Immigration : ce qu'on n'ose pas dire", titre Le Point. Parole à une série de personnalités... Sur le thème "Immigration et protection sociale" : l'économiste Christian Saint-Etienne... "La France, dit-il, attire insuffisamment les entrepreneurs et les diplômés, et trop de personnes qui viennent y chercher une protection sociale inconditionnelle. Notre système social n'est pas construit pour intégrer ces familles parfois illettrées : elles vont vivre dans des ghettos, et leurs enfants connaîtront souvent l'échec scolaire et la relégation, sources de violence". Le Point donne aussi la parole à un chercheur classé à gauche : Patrick Weil... "Quand on dit qu'il y a de 25 à 30% de la population immigrée au chômage, cela signifie que 70 à 75% travaille. Regardez les réussites : allez dans les hôpitaux, les barreaux, les entreprises, les lycées et les facs, pas seulement dans les prisons". Faut-il faire un lien entre immigration et délinquance ? Faut-il autoriser les statistiques ethniques ? Dans Valeurs Actuelles, qui titre : "Délinquance : peut-on tout dire ?", le criminologue Alain Bauer est réservé... "Elles n'ont que peu d'intérêt, tant les classifications deviennent complexes et le métissage important". Patrick COHEN : Quoi d'autre à la Une ? Bruno DUVIC : Les deux "B"… Bagnole et budget : deux exemples. "Budget 2011 : le retour des hausses d'impôt", titre La Tribune. La bagnole : ouverture du Salon de l'Automobile. En vedette, la voiture électrique. C'est "le grand saut", pour Libération. Mais la photo à la Une de Libération montre un couple de porte-flingue : Bonnie and Clyde... image du film d'Arthur Penn, qui vient de passer "l'arme à gauche", comme titre Libé. Le cinéma est-il mort ? Oui, répond l'écrivain britannique Will Self, dans Courrier International. A l'heure de l'Internet, des jeux vidéo et des ordinateurs, il regrette la disparition du cinéma comme expérience collective. Jusqu'aux années 80, on pouvait être sûr que tout le monde avait vu les mêmes films à peu près au même moment. "Jusqu'à mes premières années d'adulte, pour ma génération, le cinéma fut une façon d'appréhender le monde". Cinéma et pulsion de mort... Le Nouvel Observateur publie cette semaine des extraits de poèmes, lettres et journaux intimes de Marilyn Monroe. Ils sortiront en livre le 7 octobre. On y découvre une Marilyn qui cherche à comprendre le fantasme qu'elle incarne. "J'étais une fille mince et joliment faite. A 15 ans, je faisais le mannequin de temps en temps. Tellement assurée comme modèle que, pour une personne extérieure, il pouvait sembler inconcevable que je me sois fixée sur mes petites incertitudes et que j'en ai tiré une tension nerveuse toujours présente". Marilyn, plus lectrice et plus intello qu'on ne l'imaginait... Une photo la montre jambes nues, le buste moulé dans un T-shirt sans manches… mais ce corps de rêve est penché pour lire "Ulysse" de James Joyce. Le cinéma... le sexe et la mort... Woody Allen en a fait des films inoubliables. Le Point publie un article étonnant : "Woody Allen SDF". Plus un sou en poche et prêt à tourner n'importe où, où on lui propose de l'argent.

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