Afin de mieux saisir les tourments de l’actualité, mieux comprendre le monde, il est souvent intéressant de se plonger dans les archives.

C’est ce que fait, chaque semaine, LE MAGAZINE DU MONDE, à travers une colonne qui revient sur la toute première occurrence d’un mot dans les pages du journal : la première fois que LE MONDE a écrit « Iphone », la première fois que LE MONDE a écrit « bombe H », la première fois que LE MONDE a écrit « Stéphane Bern »… Et cette fois, c’est le mot « rohingya » que l’archiviste du magazine est allé rechercher… Quel jour, de quel mois, quelle année, LE MONDE a-t-il, pour la première fois écrit le mot « rohingya » ?

Réponse : le 18 mai 1978, sous la plume de Patrice de Beer. Un article de 600 mots, qui décrivait déjà, je cite, « la tragédie des musulmans de Birmanie »… « 143.000 musulmans birmans se sont réfugiés en un mois sur le territoire bangladais », racontait donc Patrice de Beer, précisant que ces réfugiés avaient pris la fuite pour échapper à l’armée… « Hommes et femmes, vieillards et enfants, ils s’entassent dans des camps de fortunes installés par la Croix-Rouge, après avoir franchi la frontière dépourvus de tout, et parfois sous le feu des soldats birmans. Et ils livrent des témoignages terribles, faisant état des pillages, des viols, des meurtres dont ils auraient été témoins ou victimes », poursuivait le journaliste, avant d’indiquer que la majeure partie des déplacés étaient donc des « rohingyas »…

Ces lignes ont été écrites il y a près de quarante… Tout change, mais rien ne change… Un drame identique aujourd’hui… Et l’on ose parler désormais d’épuration ethnique… La tragédie des réfugiés rohingyas fait la Une ce matin de LA PRESSE DE LA MANCHE… On en trouve une nouvelle illustration dans LE MONDE : jeudi, 19 d’entre eux sont morts dans le naufrage de leur embarcation. 19 corps repêchés dans le golfe du Bengale : deux hommes, cinq femmes et douze enfants… Leur embarcation a coulé à quelques encablures des côtes… Tout change, rien ne change… Comme une histoire sans fin, ou bien l’Histoire qui se répète.

Et puis il y a aussi des histoires qui en réveillent d’autres, comme celle de la disparition de la petite Maëlys... Cela fait maintenant plus d’un mois que la police enquête et trois semaines qu’elle interroge le principal suspect… Il y a deux jours, ses parents se sont exprimés devant la presse… Ils réclament la vérité, ils attendent la vérité, et leur douleur avive évidemment celle des parents qui ont connu ou vivent encore un drame similaire… Dans LE PARISIEN, témoignage de Valérie Lance, la mère d’Alexandre, qui avait disparu à Pau en 2011… Trois semaines durant, elle avait remué ciel et terre pour le retrouver, allant à se raccrocher aux pistes les plus folles, jusqu’à ce que l’horreur réduise ses espoirs à néant : on a retrouvé le corps démembré de son fils… Inévitablement, elle ne s’empêcher aujourd’hui de s’identifier aux parents de Maëlys… Et puis elle revit son calvaire en assistant au leur, et en indiquant que le pire, c’est l’attente, insoutenable, et le fait de ne pas savoir.

D’ailleurs, sur l’affaire Grégory non plus, on ne sait toujours pas… On a cru que l’enquête avançait il y a quelques mois, mais on ne sait toujours pas le nom de l’assassin… Vieille histoire et un fait divers devenu drame national, mais la justice travaille encore, et un homme travaille, sans relâche, depuis 25 ans… Il mène discrètement les investigations qui ont permis de relancer la procédure et cet homme, c’est le père de Grégory Villemin.

Oui, Jean-Marie Villemin, c’est à lire sur le site LES JOURS… Un récit passionnant de Patricia Tourancheau, qui raconte la ténacité d’un homme qui se refuse à laisser la justice faire seule, et qui mène donc lui-même une sorte de contre-enquête afin de débusquer le ou les criminels, et afin de déverrouiller la parole des taiseux. Et y compris dans sa famille… Dans l’ombre, depuis des années, le père du père du petit Grégory passe des heures à disséquer les procès-verbaux de l’affaire, il établit des tableaux Excel et refait les emplois du temps des différents protagonistes, il interroge et il enregistre, tente de faire parler sa mère et rédige des notes de synthèse thématiques pour les magistrats…

Son avocat explique que pour lui, comme pour sa femme, « se battre pour la recherche de la vérité constitue un devoir sacré »… Ils refusent donc que soit enterré le dossier, et ils ne comprennent pas pourquoi les crimes contre l’Humanité, comme les vols de tableaux sont désormais imprescriptibles, mais pas les kidnappings suivis de la mort d’un enfant…

Dans la presse, il est également question du scrutin interdit qui doit se dérouler demain. Il devrait avoir lieu, malgré l’interdiction : c’est le référendum organisé sur l’indépendance de la Catalogne. « L’Espagne inquiète, la Catalogne déchirée », titre ainsi LE MONDE à sa Une. Trois partis, très longtemps rivaux, défendent aujourd’hui le « oui », mais les Catalans sont divisés : près de la moitié d’entre eux sont opposés à l’indépendance… Et ils racontent qu’ils subissent insultes et pressions… Témoignage de Maria, elle a 42 ans et elle habite Barcelone. Elle se sent, certes, « plus catalane qu’espagnole », mais elle refuse de choisir entre ses deux identités… « Et je n’ose plus parler, dit-elle… Ma sœur, qui est médecin, et avec qui je m’entendais bien, m’a traitée de fasciste il y a quelques jours quand je lui ai dit que l’indépendance me semblait une folie… Alors dorénavant, on évite le sujet. » D’ailleurs, même dans les couples, ça vire à la foire d’empoigne, ainsi que le rapporte François Musseau dans LIBERATION. Cette fois, c’est Monica, elle a 43 ans et elle non plus ne veut pas de l’indépendance. Résultat, confie-t-elle : « Aujourd’hui, je ne parle plus avec mes beaux-parents, et avec mon mari, on n’en parle jamais non plus, car sinon, on pourrait bien en venir aux mains… » Le référendum devrait donc avoir lieu, même si Madrid fait tout pour tenter de l’empêcher : perquisitions, arrestations, fermeture de sites Internet, saisie de bulletins de vote… CENTRE PRESSE évoque un « bras de fer », OUEST France une région « tendue »… « Une ambiance explosive », écrit LA DEPECHE DU MIDI, tout en titrant sur une « veillée d’arme en Catalogne »… Comme le résume MIDI LIBRE, ce référendum cristallise les tensions entre Madrid et les séparatistes, et c’est bien « l’avenir de l’Espagne qui se joue en Catalogne »… Le drapeau catalan à la Une du FIGARO : « référendum à hauts risques »… Et le mot ‘risque’ est au pluriel… Le quotidien de droite s’inquiète pour un pays « plongé dans une zone de turbulences lourde de menaces »…

Enfin, le quotidien revient par ailleurs sur la situation au parti socialiste… C’est ce samedi que le PS va tourner la page Jean-Christophe Cambadélis… La fin d’une époque, la fin d’une histoire… Mais il n’est pas certain que le futur ex-premier secrétaire entre, lui, dans l’Histoire, dans l’Histoire avec un grand H… Le journal de droite dresse un bilan désastreux de l’action de cet homme de gauche : Cambadélis, qui n’aurait fait qu’accompagner la descente aux enfers de son parti, jusqu’aux débâcles dans les urnes, à la présidentielle puis aux législatives… Lors de son port de départ à Solférino, il n’a même pas été applaudi à la fin de son discours. Il paraît que c’est une première. Et, je dis ça pour les archives : c’est peut-être bien, du coup, l’une des dernières fois qu’on prononce ce mot-là : Cambadélis.

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