Libération, l’Humanité, Mediapart, revendiquent du film de David Dufresne sur les violences policières. L'ex-compagne d'Emmanuel Carrère le taxe de trahison et expose, dit-elle les mensonges de "Yoga", Vanity Fair. Un journaliste du Monde, né au Liban, raconte la perte de sa langue, l’arabe, le prix de la France.

On parle d'inculture... 

Qui serait, cette inculture, la marque de l’Amérique profonde, nous dit dans l'hebdomadaire le Un l'écrivain Douglas Kennedy, l'inculture ou plutôt, "l'anti-intellectualisme", une vieille méfiance envers l'intelligence et la pensée subtile, l'idée d'une résistance d'un véritable peuple américain, qui se pense blanc et qui croit en dieu et aux anges souvent et que la modernité agresse,  et ce vrai peuple blanc affronterait les... Cette dichotomie porte Donald Tromp mais elle fut décrite en 1963 par un maitre analyste, Richard Hofstadter, dans un livre majeur, l'Anti intellectualisme dans la vie américaine », et il est encore vrai, soupire  Douglas Kennedy, l'un des 20% d'américains "intellectuellement agiles", qui portent le deuil de l'ère Obama qui ne fut qu'un coup de chance...

Et en ce matin d'après le débat entre Donald Tromp et Joe Biden, des journaux se révèlent indispensable pour comprendre les racines de cette actualité. Il y a donc le Un d'abord, dans un numéro consacré à Trump qui a changé et blanchi  l'Amérique, Trump dont les tweets découpés par un poète malin imitant les collages de notre Blaise Cendrars,  résonnent comme un requiem drolatique...

"Apparemment notre pays n'est plus ce qu'il était la New York fashion week est vraiment nulle alors qu'elle était si excitante, beaucoup de gens jouent au golf avec de très longs clubs, très moche.." 

Mais il faut lire aussi deux mensuels qui nous contraignent à la pensée

Philosophie magazine titre sur la fin de la démocratie en Amérique, car la tradition de discussion d'un pays qui fut, depuis Tocqueville, le lieu d'un équilibre des passions et des institutions, cette tradition est détruite dans la fragmentation des colères des vertus, des invectives des anathèmes, dit la romancière Lionel Shriver... Philosophie Magazine fait entendre des américains du camp de Trump et du camp de Biden qui ne se parlent pas, et même le dialogue de deux penseurs, le conservateur Patrick Deenen et le libéral politique Yasha Mounk, expose deux cohérences inaliénables l'une à l'autre...

L’excellente revue Books rend compte d'un livre clé de notre temps, « Surviving autocracy », de la journaliste du New Yorker Masha Gessen, dont la vie même défie le conservatisme: un/une intellectuelle transexuelle, qui se dit non binaire, ni homme ni femme, mais du coup, d'une expérience unique. Gessen a grandi en union soviétique et a vécu en Amérique comme en Russie d'où on la chassa, pour son homosexualité et son refus de se courber devant les ridicules du régime dont le chef, Vladimir Poutine prétendait conduire en ULM la migration des grues...  Gessen a retrouvé chez Trump la corruption russe et le culte du chef dans un parti républicain devenu « une bande de courtisans et de flagorneurs », mais pour elle, la dérive américaine date de l'après 11 septembre 2001, quand le trauma du terrorisme a installé un état d'exception "structurel et fondamental qui légitime le pouvoir des hommes blancs sur tous les autres" ... On imagine ce que cette radicalité peut inspirer aux conservateurs... La force de books consiste à réinscrire Trump dans le paysage plus large des autocrates élus, qui en Turquie, au Brésil, en Russie, au Mexique, en Hongrie, en Amérique, modèlent un monde sans nuances, jusqu'à quand? 

On parle aussi de la crise française... 

Car le doute est entré dans notre démocratie,  et Libération, l'Humanité et Mediapart, la gauche, se rallient autour du film du journaliste David Dufresne, "Un pays qui se tient sage",  sur les violences policières et ce qu'elles disent de notre Etat. Dans Mediapart, Mélanie,  une gilet jaune assommée par la police d'un coup sur les cervicales en 2019, visionne le film où elle se voit tomber, elle dit la partition du pays. "Les CRS sont des travailleurs pauvres, comme nous. Mais ils n’en ont pas conscience. Ils ont besoin de nous mépriser. Ils passent leur temps à nous traiter, à longueur de manifs, de “sales cas soc”;  peut-être qu’on leur donne l'impression d'appartenir à une élite...."

Mais il n'est pas qu'une violence en France. Le site de Elle, notamment, raconte le suicide d'un chef renommé, le japonais Taku Sekine, que les rumeurs accusaient d'agressions sexuelles depuis le témoignage au mois d'aout d'une jeune femme sur les réseaux sociaux, elle ne disait pas le nom de son agresseur, mais dans les confidences, Sekine était visé, déjà boycotté , et finalement outé, son nom livré par un site culinaire nommé Atabula, qui voulait porter un "mee too" de la cuisine, mais Sekine avait été dénoncé sans preuve ni procès - on attendait dans les cuisines une enquête de Mediapart, elle n'est pas sortie, Sekine ne la verra pas. Hier avant même qu'on ait su le suicide de  Sekine, on lisait dans Atabula encore qu'une femme connue du monde de  la cuisine, qui fournit aux restaurants des produits artisanaux, accusait le chef du Grand Vefour d'une tentative de viol, en 2015... « Elle » dit que la foodosphere attend le séisme. 

Ainsi vont nos doutes, il en est tant. L'opinion nous dit que nous ne sommes plus un pays capable de se nourrir, nous ne produisons plus assez, de moins en moins, de légumes et de fruit, la pomme est peau de chagrin, cela n'est pas rien.

On parle enfin d'un scandale littéraire...

Qui prend le champion des ventes de la rentrée, Emmanuel Carrère, dont le livre, Yoga, qu'il disait être la vérité, est contesté par son ancienne compagne sur le site de Vanity Fair... Helène Devincq avait longtemps accepté d'être, de son homme, un personnage. "Emmanuel pouvait utiliser mes mots, mes idées, plonger dans mes deuils, mes chagrins, ma sexualité : c'était amoureux." Mais après le divorce en mars dernier, Hélène Devincq  avait obtenu par contrat un droit de regard sur les futurs livres de Carrère pour ne pas être "écrite contre son gré". Ce pacte, Carrère ne l'a pas respecté et elle conteste alors le texte et en pointe des mensonges, Carrère ferait de sa maladie une "description complaisante",  il n'aurait pas passé deux mois avec des refugiés à Lesbos, mais quelques jours seulement......

Et au-delà de l'amusement voyeuriste, on peut réfléchir aux libertés qu'on accorde, que s'accordent les artistes. 

S'il faut vous consoler de cette mesquinerie, allez voir dans la Provence sur deux pages le travail bouleversant d'artistes qui reproduisent pour les sauver les œuvres de nos ancêtres dont les fresques de la grotte Cosquer sont menacées par les eaux. Lisez aussi la confession dans le Monde d'un journaliste du quotidien, Nabil Wakim, qui sort un livre sur le manque de sa langue maternelle, l'arabe, Wakim vient du Liban d'où vous venez Léa, où vous serez demain d'ailleurs pour nous, il parle et écrit un français enviable mais pour être de France a perdu une part de lui-même, son livre s'appelle « L'arabe pour tous », Shoukran.   

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