… mais contrairement au Progrès, le quotidien du sport ne donne pas la Une aux Fenottes, car le Tour de France ne se discute pas, quand Alaphilippe l’incarne. Le Figaro ranime l’anar Georges Brassens dont on met les manuscrits aux enchères. Libération explore l’utopie à l’abandon de l’Autorité palestinienne.

On parle de légende ce matin.

Et donc on parle de football, de Lyon dont les joueuses ont remporté hier la Ligue des Champions contre les allemandes de Wolfsburg, cinquième victoire d'affilée, sept coupes au total, et dans l'Equipe, l'homme qui étalonne et  hiérarchise le ballon rond  ne lésine pas sur les mots. Les lyonnaises sont les égales des joueurs du vieux Real Madrid, qui remporta les cinq premières coupes d'europe des garçons de 1956 à 1960, nous dit Vincent Duluc: "Les Lyonnaises de Wendy renard sont des pionnières, comme les madrilènes de Di Stefano étaient les pionniers"... Duluc titre « Dynastie » son éditorial... Mais alors quel dommage que l'Equipe ne se rende pas à la logique de son éditorialiste et ne donne pas la grande Une à cette dynastie!

Mais l'Equipe est moins décevante qu'une presse généraliste évanescente -une simple petite photo et quelques lignes dans le Parisien, est-ce sérieux? Seul le Progrès met les championnes à la une avec le mot qui convient, "Légendaire", oh il n'y a pas autant de réflexion que dans l'equipe juste la simplicité de ce qu'on doit aux fenottes: c'est de l'argot lyonnais et le surnom de nos galactiques.

Les Unes des journaux sont une affaire d'habitude, elles ne sont jamais aussi réconfortantes que ces matins où elles ne surprennent pas, si ce n'est par leur beauté. Celle de l'Equipe, de vrai, est éclatante, comme le titre Masque d'or, Julian Alaphilippe masqué d'un tissu étoilé plisse les yeux vers le ciel vêtu de son maillot jaune, on ne conteste pas le Tour de France quand un homme l'incarne lesté d'émotion, Alaphilippe aux yeux rougis a gagné pour son père disparu en juin, et avec l’Equipe, l’Alsace, le Berry républicain, le Courrier picard, la Montagne, la Nouvelle République, Ouest-France, Sud-Ouest, la Voix du Nord, Nice-Matin… affichent Alaphilippe, le Tour est  notre éternité.

Bernard Hinault (dans l'Equipe encore) dit son admiration pour un homme qu'il battit si souvent, Joop Zoetemelk, dont il savait qu'une chute en 1974 avait irrémédiablement entamé les forces, sans cela, dit Hinault, « mon palmarès n'aurait pas été aussi riche ». Je n'avais jamais entendu le Blaireau relativiser ainsi sa gloire, mais je le retrouve rieur d'avoir été invincible dans le Télégramme où il raconte comment il devint champion du monde il y a quarante ans... Dans Nice Matin, je lis une consoeur embarquée dans la caravane publicitaire, elle a suivi l'étape dans une 2CV décorée comme une nappe de routier Vichy, pour faire la promotion de cochonnailles. Arrêt sur images raconte comment ce sujet semi-publicitaire retrouve chaque année dans les journaux, le marketing Cochonou est d'une efficacité rare... Légende.

Le Figaro aussi parle de légende.

Et le grand journal conservateur nous ranime bellement un vieil anarchiste, avec le temps tout manque. Le 22 septembre, on mettra en vente des manuscrits inédits de Georges Brassens, qu'il avait confié à son ami Fred Mella, des Compagnons de la chanson: voici les textes des chansons que Brassens peaufinait d'une écriture sage, est-elle émouvante  l'encre bleue des "Quatre bacheliers",  qui témoignait du Brassens un peu voleur à Sète dans son adolescence, son père l'avait pardonné en lui offrant sa blague à tabac. Ce fut nous, Brassens, et dans le Figaro revient sa rude délicatesse, Mireille qu'il protégeait quand elle chantait près de lui, Aznavour aussi, et Lino Ventura dont Georges n'aimait pas assez les pâtes qu'il cuisinait.

Le Figaro se souvient aussi d'une femme, Ethel Smyth, qui composa il y a 109 ans l'hymne des suffragettes, la marche des femmes, qui donnait du coeur à ces féministes anglaises qui réclamaient le droit de vote... Mais elle n'était pas seulement une agitatrice, Ethel Smyth, mais aussi une grande musicienne, elle écrivait des opéras, et on vient d'enregistrer à nouveau un chef d'oeuvre, une cantate nommé « the Prison », imprégnée de ses années de braise mais plus encore. "Son imaginaire foisonnant (lis-je) et pétri d'influence germanique n'a rien à envier à la plupart de ses collègues masculins. » C'est, maladroitement, un compliment, Wendy Renard comprendra...

Je lis dans Midi Libre les ruses obligées des jeunes femmes contre les prédateurs mâles et saouls qui empoisonnent les nuits de Montpellier, je lis dans Ouest France qu'en Roumanie par paresse, les obstétriciens aiment imposer aux femmes des accouchements par césariennes, le sujet de l'égalité n'est pas épuisé.

Et Libération parle d'une nostalgie politique...

Une occasion manquée, celle de l'Autorité palestinienne qui n'est pas devenu un état, Libé raconte le mausolée de Yasser Arafat que nul ne visite plus et dont les utopies sont délavées: qui se souvient du casino de Jericho, où à la table de blackJack  les joueurs israeliens engueulaient en arabe les croupiers palestiniens qui répondaient en hébreu. Pour ne pas fâcher les islamistes, les Palestiniens n'avaient pas le droit de venir jouer au casino, une illusion alors? 

Le Monde diplomatique se souvient d'un temps enfoui, où la cause palestinienne avait en occident l'attrait de la révolution, les extreme gauches célébraient les fedayin qui harcelaient le vainqueur israélien comme ils aimaient les vietnamiens ou Che Guevara... En 1970, l'armée du roi Hussein de Jordanie écrasa les troupes palestiniennes qui se promenaient en son royaume comme en zone libérée, et y faisaient sauter les avions qu'ils détournaient... Nul n'avait imaginé l'islamisme? Je lis avec étrangeté les violences d'antan quand commence à paris, le procès des attentats de janvier 2015, un procès de sous-fifres comme le dit l'oOpinion ou bien pour l'histoire...

J'en termine avec deux combattants, qui défient des puissances qu'on penserait immuables, le premier risque d'y perdre sa vie, toujours dans le coma en Allemagne après avoir été victime d'une tentative d'empoisonnement en Russie où Vladimir Poutine et ceux qui le servent le daignent même pas prononcer son nom. Le Monde raconte la vie passionnée d'Alexeï Navalny qui décida un jour que tel un hamster il rongerait la gorge des corrompus, il riait en dépit des ostracismes et des persécutions, se redressera-t-il...

En comparaison de Navalny, Tim Sweeney est moins romantique dans les Echos: ce quadragénaire binoclard en tee-shirt et pantalon cargo, entre onze et quinze ans a passé dix mille heures sur son ordinateur, "j'ai consacré plus de temps dans ma vie à programmer qu'à dormir, à étudier, à faire n'importe quoi d'autre", dit-iln mais ainsi il a construit des jeux et un chef d'oeuvre, Fortnite, il pèse 7 milliards de dollars, il achète des forêts pour sauver la planète et il veut mettre à mal les monopoles de Google  et Apple sur les jeux de nos portables! Le geek est un libérateur.

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