Bonjour, Je le sais bien, les informations que distillent les médias, à longueur de journée, ont un caractère anxiogène, surtout en ces temps de crise. Alors je me suis promis, ce matin, en ce dernier jour de l'année, d'ouvrir la revue de presse sur un met plus léger que l'actualité économique du moment, plus digeste, certainement, que la sempiternelle et douloureuse crise proche-orientale. J'ai trouvé. En feuilletant l'hebdomadaire satirique SINE HEBDO, je suis tombé sur un cadeau. Un cadeau exceptionnel, pour ne pas dire un collector. Il est l'oeuvre du dessinateur Franquin, vous savez : le père de Gaston Lagaffe !?!... Loup (autre dessinateur) s'est vu offrir, il y a une trentaine d'années, une petite série de croquis. Franquin a dit à Loup, l'air malicieux : "Je te les ai signés, ça m'étonnerait qu'on les publie un jour". Et voilà, ils sont publiés. Et que représentent t-ils ?... ... Je vous laisse deviner. Voici quelques indices : Gaston Lagaffe et "Mademoiselle Jeanne" (avec ses lunettes et sa queue de cheval)... eh bien... ils s'aimaient d'un amour tendre et là, c'est tellement tendre que ça pourrait figurer dans une rétrospective du "journal du hard". Et croyez moi, le Gaston, dans l'esprit de Franquin, son créateur, il avait une sacrée santé. C'est dans "Siné Hebdo". La bonne santé, c'est aussi celle qu'affiche d'une manière générale, cette année, la bande dessinée, secteur économique non sinistré. C'est bien de le signaler. C'est ce que font aujourd'hui Le Figaro et Les Echos. Selon l'association des critiques de bandes dessinées, la production de BD en France a enregistré cette année une hausse de 10 % par rapport à l'an dernier. Elle a plus que triplé depuis 2000. Si les tirages sont en moyenne moins importants qu'avant, 95 séries ont quand même été tirées à plus de 50.000 exemplaires ; c'est le cas des désormais classiques "Titeuf", "Black et Mortimer", "Lucky Luke" et "Largo Winch". Et dans cette foison d'albums, un nouveau héros : ...Nicolas Sarkozy. Eh oui !... Selon Le Parisien - Aujourd'hui en France, le président est devenu en deux ans une vraie star de la bande dessinée, un personnage à part entière. De plus en plus souvent, son épouse lui tient compagnie dans le petit monde de la BD. Les dessinateurs aiment bien croquer Carla Bruni... En quelque sorte, on peut considérer que Nicolas Sarkozy et son épouse sont les "Gaston Lagaffe" et "Mademoiselle Jeanne" des temps modernes. Encore un dessin. Il est signé "Pancho", il est en Une du Canard enchaîné. Nicolas Sarkozy apparaît sur nos écrans de télévision, planté entre le drapeau européen et le drapeau français, et voici ce qu'il déclare : "Puisque l'année prochaine s'annonce sombre, j'ai estimé qu'il était de mon devoir de bronzer un peu avant de vous adresser mes voeux". ... Dans La République du Centre, Jacques Camus souligne qu'il "faudra une bonne dose d'optimisme et de force de conviction à Nicolas Sarkozy pour souhaiter ce soir une bonne année aux Français". Pour Didier Pobel et Le Dauphiné Libéré, "c'est sur la corde raide de la conjoncture tendue au-dessus d'un précipice économique, qu'il s'avancera en effet en cette Saint-Sylvestre morose". Dans Le Courrier Picard, Francis Lachat se veut plus précis : le président de la République "nous dira ce soir que le plan de Relance mis en place par ses soins devrait faire repartir la consommation et la croissance. Il nous invitera à tenir bon, et à faire en sorte de préparer la reprise... Pas sûr qu'il regonfle le moral de ceux qui viennent de recevoir leur lettre de licenciement". Le chômage. ... Il fait évidemment la Une de presque tous les journaux. Il est largement commenté en pages intérieures. - "Le chômage flambe en novembre" (c'est dans Le Parisien). - Pour La Tribune, il ne flambe pas, il "explose"... Il explose "et le pire est à venir" ajoute Libération. - 64.000 demandeurs d'emploi de plus en novembre : selon Les Echos, la hausse "prend une ampleur historique". "On sent que la France gronde et l'on voit mal Nicolas Sarkozy délivrer ce soir un discours lénifiant, comme l'an dernier où il faisait encore briller les lumières de l''espérance'" : ces mots sont de Jean-Marcel Bouguereau. Dans La République des Pyrénées, il conclut ainsi son éditorial : "Nul doute que ce soir, Sarko, de retour de Copacabana, après nous avoir promis le 'choc de confiance' et 'la croissance', va se déguiser en pompier de la crise, en zorro de la relance, en Superdupont de la reprise"... Encore une référence à la bande dessinée. Décidemment ! Aux yeux d'Herbé Chabaud dans L'Union, "Sarkozy doit (...) être le président de la vie difficile, donc le chirurgien réparateur d'une fracture sociale ouverte. Il lui faut être réconfortant sans nous bercer d'illusions, même si les stations de ski font le plein (...) La mondialisation a montré ses limites en préférant l'argent à l'homme comme ciment de la société. Cela peut changer s'il existe une volonté politique humaniste". Vous le lirez, ici et là, on nous annonce une cérémonie télévisée des voeux présidentiels "relookée". Dans Libération, vous apprendrez qu'on a concocté à l'Elysée une "nouvelle nouvelle formule". L'an dernier, le chef de l'Etat avait choisi le direct, il y renonce cette année. Son allocution sera enregistrée une heure à l'avance. Elle commencera comme d'habitude à 20 heures, mais sur un "démarrage en travelling sur une Tour Eiffel scintillant en bleu pour marquer la fin de la présidence française de l'Union européenne". On enchaînera sur le drapeau tricolore jusqu'à l'allocution dans la bibliothèque du Château. Fin de l'épisode sur le sapin illuminé de la Cour d'honneur. Franck Louvrier, le conseiller en communication du président, nous assure que le message sera "positif, lucide, précis", ce qui inspire à France Soir ce titre raffarinien : "Dix minutes de positive attitude". De son côté, Le Parisien - Aujourd'hui en France nous dit qu'en attendant, "Sarkozy bûche sur ses voeux"... Et justement, la bûche de Noël orne le dessin de Luz en couverture de Charlie Hebdo... Perché sur le gâteau, une scie à la main, un bonnet rouge à pompon sur la tête, le chef de l'Etat transformé en figurine de plastique lève un doigt vers les missiles et les obus qui pleuvent autour de lui. Il dit, péremptoire : "Je règlerai le conflit israélo-palestinien avant le dessert !". Partout, vos quotidiens alignent les palmarès, les "tops" et les "flops" de l'année écoulée. Dans cette folie de rétrospectives, les reporters-photographes sont à la fête. Ils le sont dans Libération (19 pages !), Le Parisien, France Soir, L'Equipe... Ces dernières années, la vogue du "people" avait semblé mettre en sommeil la vraie photo d'actualité ; bonne nouvelle : elle est de retour ! Les photos que vous découvrirez ou découvrirez (car certaines sont inédites) dans vos quotidiens, ce matin, sont généralement splendides et le plus souvent terrifiantes. C'est une loi du genre : les périodes les plus douloureuses de l'histoire humaine offrent au public les meilleurs clichés. Dans la presse régionale, vous verrez que l'on célèbre en ce 31 décembre "le meilleur alsacien de l'année", "le meilleur isérois"... Ces derniers jours, les journaux pour "petits" et "tout-petits" ne se sont pas privés, comme pour les grands, de décerner leur médaille... Les lecteurs de "Mon Quotidien" par exemple ont élu "enfant de l'année 2008" le jeune Pierre-Anthony. Il a 14 ans ; en mai dernier, dans le département des Deux-Sèvres, il a sauvé un octogénaire de la noyade. Il raconte : "il était inconscient, je lui ai fait un massage cardiaque... Mais je me suis trompé de côté. Il a quand même repris connaissance et craché de l'eau". Parents !... Voici une bonne résolution à prendre pour l'année 2009, écrivez-la tout de suite et collez-la sur le frigo : "Dire et répéter aux enfants que les hommes ont le coeur à gauche". Les hommes ont le coeur à gauche et ils conduisent à droite (et pas en zigzaguant)... Ce soir, en quittant le Réveillon, suivez le conseil du Parisien : "N'oubliez pas l'éthylotest". Ils sont en vente libre dans les pharmacies et les grandes surfaces. Vous en trouverez pour un peu plus d'1 euro. C'est peut-être le prix de votre vie. Bonne soirée.

Alain Le Gouguec

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