Non, l’Opéra de Paris ne va pas annuler le Lac des cygnes! Le Figaro après le Monde raconte une diversité, et éparpille une bêtise. Robert Marchand, cycliste centenaire, veut témoigner de son siècle qu’il a traversé en aventurier et communiste, Libération, le Parisien. Ouest-France rencontre une contemplative russe!

On parle de désert...

Le désert égyptien, et on parle de chrétiens qui se nourrissaient de sa paix, aux troisièmes et quatrième siècles de notre ère et que la Croix l'Hebdo nous invite suivre... Ils se prénommaient Antoine, Macaire, Poemem ou Evagre, on les appelle les pères du désert ils avaient quitté le monde du bruit pour vivre dans la sobriété, pas seulement matérielle mais également spirituelle Ils pratiquaient une discipline appelée "la garde du coeur", comprenez qu'ils préservaient leur âme leur coeur leur réflexion des inutilités dont on s'encombre... et à leur exemple dit la Croix, nous devrions être les portiers de notre coeur contre la laideur et par exemple éteindre nos écrans quand le mal ou la bêtise y reviennent en boucle... 

Et c'est un des meilleurs conseils de ce journal aimable veut nous aider pour l'an neuf à retrouver l'essentiel, mot galvaudé mais belle ambition:  "trouver son don et le partager" disait le vieux Shakespeare... Dans le même journal, l'économiste prix Nobel Esther Duflo nous enseigne également,  elle veut nous guérir de la pauvreté et garde son coeur en affirmant que l'on peut sauver les hommes. 

Cette intellectuelle nous conseille de lire une Bande dessinée américaine nommée « Dog man », elle la lit avec ses enfants pour s'interroger sur le bien et le mal. Elle cite l'exemple de Flippy, un poisson bionique qui était méchant mais est devenu bon, et adopte vingt têtards orphelins: Flippy sait l'essentiel. 

Dans Ouest France, vous rencontrez une autre femme apaisée: Svetlana Ivanova vient du Finistère, l'autre Finistère, le Grand nord russe où elle note pour la météo les mouvements du ciel, les apparitions du soleil, de la pluie, du vent, de la neige, sur un rocher qui domine la mer de Barents, et ainsi depuis trente ans sans peur des jours sans fin l'été, de la pénombre l’hiver. Svetlana est contemplative mais on n'échappe jamais au monde. Il y a six ans, un film, Léviathan, a provoqué une étrange passion, des touristes viennent de Chine pour concevoir leurs enfants sous les aurores boréales, on entend des 4.4 au village et parfois un touriste dégrade la station de Svetlana; où fait-il aller pour protéger son coeur? 

On parle aussi de l'Opéra de Paris.

Et d'une bataille possiblement essentielle que livre cette grande maison, le Figaro nous en informe avec droiture quelques jours après une belle enquête du magazine du Monde que l'on peut lire en ligne. 

La bataille a été lancée par des danseurs et choristes réunis par la couleur de leur âme et de  leur peau, ils sont métis et ont posé la question raciale dans une institution qu'ils aiment. Dans le Monde, ces êtres d'une rare beauté évoquaient des blessures, une petite fille à qui l'on demande à la barre de ne pas se cambrer, cela fait négresse, la blancheur des ballets et des publics, des pratiques anciennes consistant à colorer les visages de danseurs, des maquillages des pointes des collants inadaptés aux peaux moins claires... Et le vieil opéra réfléchissait à sa diversité. 

Mais au détour d'un paragraphe, d'une maladresse est née la bêtise. La journaliste Elise Karlin décrivait le poids des passés de l'opéra dont le patrimoine écrivait-elle est "toujours marqué par les choix esthétiques de Rudolf Noureev" et elle rappelait trois créations du grand russe – la Bayadère, le Lac des cygnes, Casse-Noisette… 

Suivait une citation du directeur de l'opéra, Alexander Neef.  "Certaines œuvres vont sans doute disparaître du répertoire. Mais ça ne suffira pas si on ne tire pas les leçons de l’histoire." L'enquête se terminait par une évocation élogieuse de la Bayadère, ce legs de Noureev, qui vient d'être mise en scène sans le maquillage noir qui historiquement obscurcissait le ballet... Il n'était pas question une seconde d'annuler cette oeuvre.

Mais qui lit les articles dans un monde de bruit? L'hebdomadaire d'extrême droite Valeurs actuelles ayant donné le signal, on s'est écrié sur les réseaux sociaux contre l'opéra en dérive américaine, et contre l'antiracisme qui détruira notre culture et Marine Le Pen, d'un tweet, a annoncé la disparition du Lac des cygnes... 

L'opéra a du démentir, et le Figaro, dans un excellent article signé Ariane Bavelier, rétablit la vérité des faits, et clarifie avec tact les frottements de l'excellence artistique des fêlures humaines... Le Figaro cite ainsi l'excellente revue Néon, où l'un des danseurs devenus militant racontait qu'enfant, son papa ne voulait pas qu'il devienne danseur, puisque les noirs doivent jouer au football... Comment dépasser cela pour se trouver? 

Il est fascinant que dans les pages débats du même Figaro, un essayiste vedette du camp conservateur, Mathieu Bock-Coté, néglige l'article juste et délicat de son journal pour envoyer les clichés sur l'opéra de Paris qui serait en proie à « l'obsession raciale".   Et d'une page à l'autre dans un grand journal, on quitte l'essentiel pour subir le bruit. Nous garderons notre coeur en choisissant nos lectures. 

On parle enfin de guerriers...

Dans l'Equipe, forcément, un footballeur anglais d'antan, gardien du coeur de Chelsea, il s'appelait Ron Harris, surnommé Chopper, le hachoir, car son sens du devoir l'amenait à détruire pieds en avant ses adversaire, on disait de lui que par compassion il mettait du mercurochrome sur ses crampons, et on s'indignait que des enfants puissent le voir jouer, il a 74 ans et bien sur à son âge, il est charmant de souvenirs, 

Dans Libération vous lirez Robert Marchand, 109 ans, célèbre par ses prouesses cycliste de centenaire, qui vit dans un Ehpad. Il a écrit un livre, «108 ans, c'est un peu long l'éternité !» et voudrait ne plus être connu comme un phénomène de foire, mais comme un homme qui a traversé le vingtième siècle, un témoin de son temps qui à quatre ans travaillait dans une ferme de l'Allier en échange du gite et du couvert, c'était la guerre, et a mené une vie d'aventurier engagé... Il avait rencontré François Hollande à l'Elysée il lui avait raconté des coups d'Etat au Venezuela où il avait été chauffeur routier, accusé de livrer des armes aux rebelles à une dictature... Il y a une semaine, l'article est en ligne, le Parisien également a magnifiquement raconté Robert Marchand, qui milite au Parti communiste et qui a reçu pour son anniversaire un exemplaire de l’Humanité du jour de sa naissance...

Ce n'est pas la pire des façons de se souvenir des 100 ans du PC dont le journal l’Humanité dit ce matin les beautés d’un dessert japonais. On peut aussi  lire Marianne, où le rude philosophe Alain Badiou parle avec passion de Louis Aragon, il l'a rencontré par gout du communisme, il constate que le poète parlait de son parti et d'Elsa avec les mêmes mots... Où gardait-il son coeur.

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