Mise en garde ce matin... Attention... L'idéal républicain est en danger... Non... Je ne vous parle pas du scooter de la discorde... thème de prédilection des éditorialistes de la presse régionale ce matin... un thème qui amuse également le Corriere della Sera, en Italie... Je ne vous parle pas non plus du choix que devrait faire le président de l'UMP, d'être ministre ou candidat, comme le lui conseillent la plupart des commentateurs... Pas un mot non plus du candidat de l'UMP... toujours lui... "qui apporte son cirque électoral à Londres", titre The Independent... Non... L'idéal républicain en danger... c'est une question plus grave... plus profonde... C'est une question en Une de Télérama... Le constat d'un sondage... Liberté, égalité, fraternité... Quoi de plus familier que la devise de la République ?... On pourrait la croire invisible à force d'être partout... Eh bien non... Les Français y restent fondamentalement attachés... C'est ce que montre le sondage TNS-SOFRES présenté par Télérama cette semaine... Et derrière les mots, ce sont les principes, que la majorité des Français, toutes tendances politiques confondues, estiment aujourd'hui menacés... 80% des Français estiment que l'égalité est menacée... 69% s'inquiètent pour la fraternité... et 59% pour la liberté... Des scores inattendus... incroyablement élevés... qui donnent la mesure du malaise de la société française... Les résultats de ce sondage sont commentés, dans Télérama, par Pascal Perrineau, le directeur du CEVIPOF... le Centre de recherche politique de Sciences-Po... "La France, dit-il, est le plus inquiet de tous les pays européens... Ce sentiment de menace sur nos trois grandes valeurs est le signe d'une crise de notre modèle républicain... une crise du modèle social français"... L'une des questions du sondage... "Et si on devait rajouter un mot à la devise républicaine ?"... Eh bien, elle deviendrait : "Liberté, Egalité, Fraternité, Respect"... Ce dernier mot est plébiscité... Il l'emporte à 68%... Preuve que le respect est revendiqué aussi bien par les jeunes issus de l'immigration que par les personnes âgées, choquées par la montée des incivilités... Plus largement, dans ce sondage... quand on parle de principes, c'est la liberté qui arrive en tête... Dans la pratique, l'égalité doit être une priorité... Bref, les Français disent là qu'il faut à la fois être attentif à une liberté jamais définitivement acquise... et actif pour faire progresser l'égalité, domaine où il reste beaucoup à faire... Conclusion de Télérama... Les citoyens-candidats ont du pain sur la planche... Du pain sur la planche... Et à bien des niveaux... C'est un autre sondage, dans Le Parisien-Aujourd'hui en France... un sondage consacré aux Noirs de France... Et eux, quand on leur demande à qui ils font confiance pour lutter contre les discriminations... ça claque comme une grosse baffe... en tout cas, pas aux politiques... 29% seulement des Noirs interrogés dans ce sondage pensent que les responsables politiques veulent lutter contre les discriminations... Plus largement, ce sondage... eh bien, "il est dérangeant", commente Eric Hacquemand... "Il y a malaise, écrit le journaliste... 56% des Noirs de France se disent victimes de discrimination... et d'abord dans les espaces publics et les transports en commun... Et le problème, c'est qu'ils ont l'impression que leur situation ne change pas... Pour 37% d'entre eux, elle s'aggraverait même"... Patrick Lozès, le président du CRAN... le Conseil représentatif des associations noires... explique au Parisien-Aujourd'hui en France... "L'objectif de ce baromètre : montrer la réalité des discriminations"... Et quand le journal lui demande si compter les Noirs, ce n'est pas la porte ouverte au communautarisme... Patrick Lozès s'énerve contre l'hypocrisie générale... "Regardez la photo de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy, dans L'Express du 19 janvier... Sur les 18 personnes rassemblées autour du ministre, 17 sont des hommes blancs en costume-cravate... Alors qu'on ne vienne pas accuser les Noirs d'être communautaristes"... Toujours des chiffres... Mais là, ce n'est plus un sondage... Ce sont des statistiques... Les statistiques du chômage... Avec cette question... "Chômage : qui dit vrai ?"... L'interrogation est en Une du Télégramme... Parce que, entre bons chiffres et polémiques... difficile de faire la part des choses... Alors la presse économique a plutôt tendance à applaudir... "La France affiche une année de baisse record du chômage", titre ainsi Les Echos... "Le chômage au plus bas depuis juin 2001", note de son côté La Tribune... qui explique que fin décembre, le taux de chômage est redescendu à 8,6% de la population active... Alors ce qui n'aide pas à y voir clair, c'est cette histoire du report, par l'INSEE, de la publication de son enquête "Emploi 2006"... Cette enquête donne chaque année les statistiques définitives du chômage, en fonction des normes internationales... "Officiellement... rapporte La Tribune... l'INSEE déclare avoir des difficultés dans la collecte de ces informations... Mais selon nos informations, continue le journal, l'institut statistique aurait du mal à déterminer l'évolution de la population active"... "Une polémique qui risque de provoquer un malaise dans l'opinion, note le journaliste de La Tribune... au moment où la majorité voulait s'enorgueillir de la baisse du chômage"... Bon, soit... "On peut comprendre que l'INSEE, qui est un institut sérieux, veuille prendre le temps de recouper les données de son enquête"... C'est Patrick Fluckiger, dans L'Alsace, qui le concède... "Mais, poursuit-il... il faut bien constater que la baisse du chômage, dont se targue le ministère de l'Emploi, ne se traduit ni par un recul des RMIstes, ni par la désaffection des Restos du Coeur... Pour conforter l'optimisme du gouvernement, il aurait sans doute mieux valu que l'INSEE publie des chiffres provisoires, au lieu de se mettre en silence radio jusqu'à l'hiver prochain"... Pour Fluckiger, "rien n'est pire que le soupçon"... En même temps... et là, c'est Olivier Picard, dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, qui commente... "il n'est ni convenable, ni très malin de ricaner sur des résultats positifs... Mais il est tout aussi présomptueux d'y lire un quelconque succès politique... Le chômage est une telle tragédie qu'il serait indécent d'en faire un enjeu électoral"... Et pourtant, constate, de son côté, Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain... "qu'un gouvernement de droite puisse se prévaloir d'un tel résultat provoque évidemment des grincements de dents chez les amis du genre humain, et quelques crises de mauvaise foi"... En fait... le problème est peut-être ailleurs... C'est Paul Burel, dans Ouest-France, qui le pointe du doigt... Le problème, c'est la qualité de l'emploi... sa précarisation... "Une société qui crée des emplois au rabais, en produisant des travailleurs pauvres, peut certes sauver les apparences statistiques... Mais elle risque, plus sûrement encore, de miner une cohérence sociale déjà suffisamment à vif"... Cohérence sociale... Un beau programme, qui semble encore libre de droits... Bonne journée...

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