Patrick Cohen : Et bien sûr, l'Egypte est à la Une de la presse ce matin... Clotilde Dumetz : "Une blague a longtemps couru au Caire... Depuis Nasser, chaque Raïs est remplacé par un Raïs plus bête que lui... Et pourquoi Moubarak est-il encore en place ? Parce qu'il n'a trouvé personne de plus bête que lui !" Cette blague égyptienne, c'est Laurent Joffrin qui la rapporte dans son éditorial de Libération pour conclure que le problème, depuis un quart de siècle, c'est qu'au Caire, "Ubu s'est pris pour Ramsès". Dans Libé, ce sont dix pages qui sont consacrées à cette révolution égyptienne. Où l'on comprend au fil des pages que tout est possible... Tout est possible parce que, comme le dit Tewfik Aclimandos, chercheur au collège de France : "le mur de la peur a sauté". "C'est une redécouverte" analyse également François Ernenwein dans La Croix. Une redécouverte pour les peuples. Les colosses réputés indéboulonnables ont des pieds d'argile". Au détour des reportages bien évidemment, on croise les Egyptiens de la rue. Dans Libération, c'est Claude Guibal qui raconte comment cet ingénieur, adepte de FaceBook, échange avec une autre Egypte, celle de Youssef, fonctionnaire qui gagne 70 euros par mois et qui ne peut pas se marier puisqu'il ne peut pas acheter l'appartement exigé par sa belle-famille. Il y a aussi Ali, un vieil homme édenté et droit, venu avec Khadiga, sa petite fille de 12 ans, réclamer du pain. On rencontre aussi ces hommes qui s'organisent en milice pour protéger leurs habitations, leurs familles et leurs commerces... Sur le « bondy-blog », cet homme explique : "ici, c'est la guerre. La folie s'est emparée des hommes. Nous, on se relaie en bas des immeubles, armés de barres de fer. Celui qui tente de nous voler est tabassé". Mais malgré la violence, c'est la fierté qui domine dans tous les discours, la joie intérieure d'avoir été capable de se révolter. Dominique Garraud le souligne dans La Charente-Libre : "Depuis les évènements en Tunisie, la peur a changé de camp dans le monde arabe où répression rime désormais avec radicalisation des protestataires". Patrick Cohen : Avec une question quand même ce matin : que va faire l'armée ? Clotilde Dumetz : Hier après-midi, les avions de chasse et les hélicoptères survolaient la capitale égyptienne. "Nous ne les prenons pas au sérieux, s'ils voulaient nous tuer, ils ne le feraient pas depuis leurs Mirages". C'est Alaa el-Aswani, l'auteur du livre devenu film : "L'immeuble Yacoubian", qui le dit. L'intellectuel Cairotte, également dentiste de son état, descend chaque jour dans la rue pour manifester et il explique sur le site de "Rue89" : "Venir dans la rue est mon devoir d'écrivain puisque j'ai écrit des romans contre la dictature et pour la liberté. C'est aussi mon devoir de citoyen". L'armée donc qui ne fait plus peur. La plupart de vos journaux le disent ce matin : "C'est elle qui a la clé". "La meilleure chose serait que l'armée prenne en charge le pays, au moins dans un premier temps" dit un élégant monsieur dans Le Figaro. Le Figaro qui constate que la rue tente de rallier l'armée. Les soldats qui, pour l'instant, ne tirent pas sur la foule. Reste à savoir jusqu'à quand cette situation durera. Dans Libération, Christophe Ayad analyse qu'Hosni Moubarak, qui a du se résoudre à se tourner vers les militaires, vient de pratiquer une manœuvre audacieuse : l'auto-coup d'Etat. Il a en effet nommé samedi, deux hauts gradés pour reprendre la situation en main. Et faute de mesures fortes, comme la suppression de l'Etat d'urgence et une élection présidentielle anticipée, l'armée qui ne voudra pas couler avec le Raïs pourrait finir par le débarquer malgré sa tradition légitimiste. Et cette révolution, elle n'aurait jamais du exister. C'est du moins ce que l'on comprend en lisant Les Echos, parce qu'en s'en tenant seulement aux chiffres macro-économiques, l'économie égyptienne est un conte de fée ! Croissance de 7% en moyenne, accession au statut de pays émergeant aux côtés de l'Afrique du Sud, de la Turquie ou de l'Indonésie. Dette publique limitée, déficit et inflation sous contrôle, secteur bancaire dépourvu de créances douteuses, hausse des recettes fiscales... Un conte de fée ! ... Sauf que le SMIC égyptien permet tout juste de s'acheter 5 kg de viande par mois en tout et pour tout, qu'environ 40% de la population vit avec moins de deux dollars par jour, que la majorité des familles nombreuses vit dans des appartements minuscules où on se relaie pour dormir, que le chômage est endémique, notamment chez les moins de 30 ans, soit les deux tiers de la population. Bref, la majorité des Egyptiens, écrit Les Echos, n'a pas récolté les fruits de la croissance. En Egypte, résume un entrepreneur, "qui tu connais ?" compte toujours bien plus que "que sais-tu faire". Et qui tu connais, en arabe ça se dit "wasta". Patrick Cohen : Et ça n'a rien à voir... Comment dit-on Sarkozy en allemand ? Clotilde Dumetz : Oui, ça n'a rien à voir... on parle de Davos, de l'euro et du G20... Et c'est La Tribune qui résume ainsi les interventions de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel... Le chef de l'Etat et la chancelière se sont exprimés en termes très voisins, ce qui donne ce titre : "Comment dit-on Sarkozy en allemand ? Merkel !" Dans Presse-Océan, vous lirez qu'un Nantais attaque un labo américain. Atteint de la maladie de Parkinson, ce quinquagénaire poursuit en justice le fabricant du médicament qu'il tient pour responsable de son état. La Provence explique ce matin que les CRS marseillais sont mis au régime sec par Hortefeux. Pour protester contre la suppression de la "CRS 54", deux compagnies ont décidé de refuser de s'alimenter. Social toujours, avec L'Humanité qui revient sur ce job-dating organisé à Toulouse la semaine dernière et dont on vous a parlé dans nos journaux. L'Humanité qui met en avant le taux moyen de turnover dans les sociétés de service en ingénierie informatique... 15% contre 8% tous secteurs confondus. Dans le monde merveilleux des logiciels et des services, il ne fait pas bon avoir un peu d'ancienneté ! Les boîtes mènent la vie dure aux salariés soupçonnés de s'installer dans une zone de confort... Bref, comment l'informatique exige "du sang neuf... et pas cher" titre L'Huma. Dans Le Parisien-Aujourd'hui-en-France, une interview de Carla Bruni-Sarkozy où l'on apprend qu'elle n'a rien changé à la décoration du bureau de Bernadette Chirac à l'Elysée. Elle en a juste enlevé un tapis. Il y avait des paons dessus. Eh oui, les paons, même en dessin, ça porte malheur en Italie ! Et puis, dans Libération, pour rire, lisez le billet de Daniel Schneidermann intitulé : "La vraie histoire du recrutement de Demorand". Patrick Cohen : Et évidemment, dans la presse ce matin, il y a aussi l'exploit des "extraterrestres" comme dit L'Equipe... Clotilde Dumetz : Oui, pour les saluer, le quotidien sportif rebaptise ainsi les experts... les handballeurs de l'équipe de France ont remporté, hier, en Suède, leur 4ème titre de champions du monde. C'est aussi leurs 4ème couronne internationale d'affilée. Ce qui fait de ces handballeurs "les joyaux de l'histoire du sport français". "La légende continue" titre L'Union... Les Bleus sont des supers champions pour Ouest-France... Des supers champions qui seront reçus au Ministère des Sports... juste au Ministère des Sports. Pour la petite histoire, on rappellera que l'été dernier, les cyclistes français vainqueurs d'une étape du Tour ont été reçus à l'Elysée, de même que les athlètes médaillés aux championnats d'Europe de Barcelone.

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