(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : hiver 2013, quelques visages

(Bruno Duvic) On les croise au détour d'une interview, d'un reportage, d'un dossier. La plupart sont inconnus. Ils incarnent les thèmes qui traversent l'actualité de cet hiver.

La première histoire est presque drôle. On la trouve dans Le Monde , dans le long reportage de Pascale Robert Diard sur la permanence d'urgence du parquet de Marseille, « cette machine à digérer le fait divers », où les magistrats ont souvent le sentiment d'avoir toujours un temps de retard sur les délinquants.

Mais à la fin de l'article, c'est un avocat réputé de Marseille qui raconte la mésaventure qui lui est arrivée, il y a quelques mois. Il était au volant de son gros 4X4 pas loin du palais de justice. 21H30, il s'arrête à un feu : une moto se gare devant lui. Le passager arrière, casqué, cagoulé, s'apprête à l'expulser de sa voiture. Et soudain l'agresseur fixe l'avocat, devient blême et lève la visière de son casque. C'est l'un de ses clients !

L'avocat raconte la suite : "Il s'est excusé. On s'est arrêté quelques minutes pour discuter. Je l'ai engueulé." L’homme de loi parle à son « agresseur » du poids de la récidive, du risque de retourner en prison. Le garçon écoute poliment et il répond :

  • Je suis désolé maître. Mais pour nous une voiture, c'est 8.000 Euros le contrat. Si on en fait 3 ou 4 dans le mois, ça vaut le coup.

De Marseille au nord de la France

Très loin du vieux port, nous sommes dans le Cambrésis sous la neige. C'est un reportage de Valeurs actuelles sur la France des invisibles. Artisans, paysans, infirmiers qui ont du mal à boucler les fins de mois et passent au travers des filets de cet état providence dont on parle si souvent.

La campagne du Cambrésis donc, et Jean-Pierre Chatelain et son épouse Sandrine, à la tête d'une exploitation agricole depuis 10 ans. L'histoire de ces paysans, racontée par Marie de Greef- Madelin, c'est un peu comme dans l'automobile, l'histoire d'une filière qui se désagrège.

Derrière le corps de ferme, il y a poulailler entièrement vide. En mars dernier, un lot de 4.200 poulets commandés par l'entreprise Doux est parti à l'abattoir. Les Chatelain en attendaient près de 15.000 Euros. Ils n'ont rien touché. Doux est en redressement judiciaire. Toutes les créances sont bloquées. Et l'abattoir a fermé en août dernier.

Heureusement restent les vaches : 60 laitières. Mais là aussi le collet se resserre. Changement des règles européennes. Le prix du lait n'est plus garanti, bientôt les quotas auront disparu.

Les Chatelain font un peu chambre d'hôte, un peu gîte rural. Mais Jean-Pierre le reconnait : « mon patron c'est ma banque ». Allez savoir pourquoi, leur fils n'a pas très envie de reprendre l'exploitation. En France, une exploitation agricole sur trois n'est pas reprise.

Malaise. Les fonctionnaires donnent la main au paysan. Eux aussi disent souffrir. Et L'Humanité les défend à la Une : « Les fonctionnaires disent stop au régime rigueur ». Ils « espéraient du changement, écrit Jean-Emmanuel Ducoin dans l'éditorial. Huit mois après l'élection de François Hollande, ils attendent. »

Mais pour l'instant, le débat tourne autour du mariage pour tous...

... et des mères porteuses. "Je suis une mère porteuse" : témoignage dans Le Parisien Aujourd'hui en France . C'est à la fois un visage et un ventre de l'actualité. Elle s'appelle Sandrine, elle a 41 ans, elle vit aux Etats Unis. Il y a deux ans, elle a donné naissance à un bébé pour un couple de français qui ne pouvait pas avoir d'enfant.

Sandrine avait elle-même déjà deux enfants, mais la grossesse lui manquait. Elle a rencontré le couple, le courant est bien passé. « Il n'était pas question de porter le bébé de gens que je ne connais pas et que je n'apprécie pas ».

Tests médicaux, contrat, avocat : 20.000 dollars. « Mais je n'ai pas fait ça pour l'argent ». Fin 2011, le couple a assisté à l'accouchement. « Voir ces parents en larmes, prendre leur enfant dans leurs bras, c’était magique. ». Sandrine a laissé partir le bébé sans regret, elle a régulièrement des nouvelles. L'enfant a un passeport américain, il a pu obtenir une carte d'identité en France.

On estime qu'il y a entre 500 et 800 naissances par GPA chaque année selon le président de l'association des familles homoparentales dans Libération . Tout ne sont pas des apatrides, certains ont obtenu sans mal un certificat de nationalité, d'autres vivent sans difficulté avec un passeport étranger. Selon la chancellerie, seuls 44 cas poseraient problème. C'est pour eux que la ministre Christiane Taubira a donc publié cette circulaire qui demande aux tribunaux d'accorder un certificat de nationalité aux enfants nés de parents français et de mère porteuse à l'étranger.

« La circulaire Taubira provoque une tempête » titre Le Figaro . La droite y voit un premier pas vers la légalisation en France de la gestation pour autrui. Le gouvernement a beau démentir avec force, la plupart des éditorialistes parlent au moins de maladresse et de précipitation ce matin.

Dominique Quinio, par exemple, dans La Croix . « L’automaticité de l’attribution de la nationalité, voire de l’inscription sur l'état civil revient à donner une reconnaissance de fait à une procédure pourtant interdite à l'intérieur des frontières. Est-ce une maladresse ou une provocation ? C'est une mauvaise manière en tout cas. Si les questions liées à la procréation doivent être étudiées lors d'un autre projet de loi, était-il si urgent d'avancer sur ce dossier ? Sauf à vouloir tendre encore davantage le climat. »

Le mariage homo, on a beau dire que le débat lasse, tout le monde en parle, même L'Equipe , avec un jeu de mot plus ou moins douteux à la Une. Amélie Mauresmo, capitaine de l'équipe de France de Fed Cup de tennis, l'équivalent féminin de la coupe Davis a convaincu Marion Marion Bartoli de rejoindre la troupe. Titre de Une : « Elles se sont dit Oui ! »

Quoi d'autre dans la presse ?

D’abord, précisons que la distribution de la presse est erratique une fois de plus ce matin…

« Syrie, vers une tragédie humanitaire sans précédent ». C'est la Une du Monde . Le reportage montre la désorganisation des camps de réfugiés en Syrie qui accueillent toujours plus de personnes.

Dans Le Parisien-Aujourd’hui en France l'appel de Michaël Blanc à François Hollande. Il est emprisonné depuis 13 ans en Indonésie : « je suis oublié. Nos lettres au ministère des Affaires étrangères ou à l'Elysée n'ont reçu aucune réponse. » Le Français a été arrêté avec 3.8 kilos de haschisch dans des bouteilles de plongée à l’aéroport de Bali. Il a toujours affirmé que ce matériel lui avait été confié pour qu’il le transporte.

Et puis dernier visage de l'actualité ce matin, c'est dans Ouest France , celui de Latifa Ibn Ziaten. Son fils a été le premier des militaires tués par Mohamed Merah. Cette femme de 53 ans aurait pu s'enfermer dans la haine et la souffrance. Au contraire, elle fait le tour des lycées, des prisons et des cités pour « sauver les jeunes de la tentation de la violence. »

Discours plein de grands principes, mais il émane d'une femme dont le fils a été tué, ce qui change tout. « J'ai voulu voir à Toulouse le quartier ou a grandi Merah. J'y ai rencontré des jeunes qui considèrent que c'est un martyr. Ils se sont excusés quand j'ai dit qui j'étais. Mais j'ai vu la haine dans leurs yeux. »

Aux jeunes qu'elle rencontre, elle répète inlassablement qu'il faut continuer ses études, respecter ses professeurs, demander de l'aide si on en a besoin. « Elle ne communautarise pas sa souffrance » dit un journaliste qui l'a rencontré. Itinéraire de cette femme élevée par sa grand-mère, arrivée en France à 18 ans après un coup de foudre pour un cheminot marocain. Elle a appris le français au centre social et le vélo-solex avec des voisins. Elle a fait des ménages, vendu des salades et élevé ses cinq enfants dans une double culture. Fière, elle précise que les frères et sœurs d'Imad ont tous un métier.

A demain

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