D'abord un petit jeu : qu'est-ce qui relève de l'humour bête et méchant et de la rumeur bête et méchante dans les trois choses suivantes ?

Une citation : "Les nègres ont un larynx très fragile, c'est pourquoi ils meurent quand on les pend".

Une photo : un groupe de mecs pas très nets devant un bâtiment avec cette affiche "Amicale des machistes, interdit aux connes"

Et une phrase : "A l'école publique, on apprend aux enfants à se masturber"....

La troisième est une rumeur… Pour le reste :

Une Libé
Une Libé © Radio France

Ci rit Cavanna... Le titre est dans Libération . François Cavanna, le dessinateur, écrivain, fondateur d'Hara Kiri et Charlie Hebdo . L'humour bête et méchant, c'est lui. Lui la phrase de très mauvais goût sur les nègres, il ajoutait, "mais en même temps quand on pend un raciste, il devient tout noir". Lui encore sur la photo de l'amicale des machistes avec l'équipe d'Hara Kiri en 1981.

D'ailleurs que se passerait-il si une bandes de mecs faisaient la même chose aujourd'hui ? Est-ce qu'on aurait même le mauvais goût de mentionner leur photo dans une revue de presse ?

Car on ne plaisante pas ce matin dans la presse à propos des rapports hommes-femmes.

« ‘’Théorie’’ du genre, guerre à l'écol »e, titre Libération .

« Le gouvernement pris dans le piège de la théorie du genre », titre Le Figaro .

Car Le Figaro n'en démord pas : « Vincent Peillon a beau jurer que l'Education nationale refuse totalement la théorie du genre, des associations de familles et des parents d'élèves exigent des clarifications ».

On pourra dire que le journal tombe du côté le plus radical de la droite. Mais on comprend aussi, en le lisant ce matin, à 2 jours de nouveaux rassemblements à Paris et Lyon de la Manif pour tous, que les inquiétudes sur ces questions vont au delà du cercle des excités et des cathos fachos qui défilaient dimanche dernier à Paris.

Editorial d'Etienne de Montety : "Au milieu des rumeurs et des amalgames, nait une légitime suspicion sur ce que les socialistes manigancent. Les Français ont le sentiment que le gouvernement veut, sous couvert d'égalité, promouvoir de façon volontariste une nouvelle idéologie (…), une théorie qui redéfinit l'être humain."

En pages intérieures, un responsable de la mobilisation de la Manif pour tous en province dimanche assure avoir noté une hausse des inscriptions de 30% ces derniers jours.

On relèvera encore cette curieuse phrase, dans un reportage consacrée aux parents inquiets : témoignage d'une mère :"Nous demandons à l'école d'instruire nos enfants, pas de les éduquer"

Alors... Préciser d'abord qu'il n'y a pas d'entrée des études de genre à l'école. Tout au plus, dans 600 classes de la maternelle au CM2 depuis l'automne, de manière expérimentale, « les ABCD de l'égalité ». Vraiment pas de quoi hurler au scandale, dixit lemonde.fr . Ce sont des activités proposées pour combattre les stéréotypes : par exemple, des analyses d'œuvres d'art qui illustrent les différences de mode au travers des époques. Dans un tableau de Renoir, on remarque les petits enfants (filles ou garçons) portaient souvent des robes au début du siècle.

Question, dans Le Parisien: que sait-on du genre ?

Résumé : « Le sexe, c'est l'inné, le genre c'est l'acquis. Education, environnement, normes sociales et les stéréotypes associés à chaque sexe. » Non, il n'y a pas de théorie du genre, mais des études, dans différentes disciplines (sociologie, histoire philosophie) et des chercheurs parfois en désaccord radical.

DES études, donc, qui cherchent à comprendre par exemple pourquoi, alors qu'aucune programmation génétique ne destine les femmes à faire le ménage, ce sont elles qui se coltinent 80% des tâches manégées.

Des études de genres qui permettent aussi des avancées médicales. Par exemple, on sait aujourd'hui pourquoi les petites filles sont plus touchées par le tabagisme passif que les petits garçons. Non pas parce qu'elles ont des poumons plus fragiles, mais parce qu'elles sont plus confinées à la maison que les garçons.

Peut-il y avoir des dérives ? Réponse du Parisien : « Derrière les études de genre, il y a davantage de chercheurs besogneux et sourcilleux que de pétroleuses hurlantes prétendant que tout est construction sociale. »

Bénéfiques ou néfastes, les études de genres ? Les positions idéologiques sont assez bien résumées dans Le Figaro et Libération .

Le Figaro, interview d'une philosophe, Bérénice Levet "Ce qui me parait dangereux dans cette chasse aux stéréotypes c'est de balayer d'un revers de main tout notre héritage culturel. Quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l'accusation de sexisme ? »

Libération , dans l'article qui ouvre le journal ce matin : « Qui a peur du grand méchant genre ? Tous ceux qui ne supportent pas qu'on questionne les rôles des hommes et des femmes dans la société, les inégalités entre les deux sexes et entre les sexualités. Tous ceux qui ne souffrent pas qu'on remette en cause la norme : celle qui veut qu'une famille soit composée d'un père d'une mère et de leurs enfants. »

Ces questions de morale, de famille, de sexualité, de liberté vis à vis de son propre corps traversent décidément la presse française en ce début 2014. A la Une de La Croix : « Ce que les familles attendent de l'Eglise ». Les réponses des internautes lecteurs de la Croix au questionnaire du Vatican sur ce thème.

Dans L'Humanité : « IVG : un combat européen ». « Nombreux sont les pays où les droits des femmes à disposer de leurs corps est ignoré ou remis en cause. »

Enfin à l'heure où des parents en France, refusent d'envoyer leurs enfants à l'école, on lira le reportage d'Isabelle Mandraud sur la Tunisie dans Le Monde . L'absentéisme scolaire y est un motif d’inquiétude beaucoup plus profond qu’en France. Plus d 100.000 élèves de primaire et secondaire ont quitté l'école en Tunisie lors de l'année scolaire 2012-2013.

Absentéisme alimenté par le chômage des jeunes (à quoi bon aller à l'école ?), le manque de structure (il faut parfois marcher des kilomètres pour aller en classe), ou encore la pression des familles qui, faute d'argent, envoient les enfants aux champs ou à l'usine dès 14-15 ans.

A la Une des Inrockuptibles : « Facebook, 10 ans »

Une inrocks
Une inrocks © Radio France

Ce sera lundi prochain. Les Inrocks sont sortis mercredi, mais le dossier résonne avec l'actualité de cette fin de semaine autour des changements de société. Les réseaux sociaux et comment ils ont changé notre façon d'être ensemble. En marge d'un dossier très sérieux, l’hebdomadaire résume ces changements dans une petite série avant/après Facebook sous la plume de Leo Bourdin. C’est volontairement caricatural…

Les copains… Avant Facebook, c’était « Faire semblant de ne pas reconnaître Sabrina, vieille copine de CM2, au moment du passage en caisse chez Auchan »

Après : « Subir l’accouchement très documenté de Kylian, le petit dernier de Sabrina, en direct, sur le fil d’actualité »

Le couple… Avant : « Tenter d’oublier son ex en brûlant ses lettres enflammées et en effaçant son numéro du Nokia 3310 »

Après « Subir au quotidien les photos mielleuses le montrant épanoui avec une nouvelle personne »

La famille… Avant : « Se féliciter de la bonne éducation de votre petit neveu dont les notes et la posture à table sont particulièrement remarquables »

Après : « Le voir se tromper de fenêtre de tchat et vous demander si vous êtes toujours intéressé par ce pochon de beuh à 8 Euros le gramme »

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