On voit ce matin un décalage, entre la manière dont les grands journaux racontent le drame, et ce que ressent une partie de l'opinion publique, parle-t-on d'un fait divers ou d'un nouvel épisode de la mort des femmes.

Et pour les journaux, c'est le fait divers, l'histoire qui tétanise ou qui passionne avec ce mari, Jonathan qui pleurait sa femme qu'il avait étranglé... et la Dépêche se souvient de Patrick Henry, qui en 1976 se désolait devant les caméras la disparition d'un enfant qu'il avait tué.

Il y a une esthétique du fait divers, on la lit dans l'Est Républicain et dans le Parisien. Le Mari finit par avouer, il a craqué en garde à vue, le parisien lui accorde déjà son indulgence. "Dans le couple, c'était vraiment le dominé", puis-je lire. On salue le travail des enquêteurs, "le coup de maître des gendarmes", dit l'Est républicain... qui raconte aussi le désespoir de Bray...

C'est très bien fait et souvent bien écrit

Et en même temps, il manque un mot,  que l'on refuse aux lecteurs. Une compréhension politique ou sociologique. Alexia Daval est une parmi les dizaines de femmes tuées par leur conjoint chaque année : 140 selon le site de l'Obs, 127 selon la journaliste Titiou Lecoq qui a remis à jour une liste macabre, celle des victimes de féminicides conjugaux, elle la tient sur le site de Libération...

Mais justement, sur le site seulement. Les journaux que l'on achète en kiosque, en province comme à Paris, ne parlent pas de cet aspect des choses. On lit le mot féminicide dans l'Est républicain, comme un remords, mais sans article ni statistique pour le soutenir.

Et du coup, une opinion se mobilise sur les réseaux sociaux, contre la manière dont le fait divers a été raconté, et notamment à la télévision, on s'insurge contre ces phrases qui ont fait d'Alexia Daval une femme qui dominait son mari. Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, ou Laurence Rossignol, l'ancienne ministre "Dans les affaires de violences faites aux femmes il y a toujours un moment où la victime, devient la cause du crime qu’elle a subi..."

Et le débat est donc sur Twitter, contre les médias... Le débat est sur le web, et vous avez un décalage culturel, politique, générationnel. C'est sur le web que vous retrouverez une enquête glaçante publiée par Libération en juin dernier, 220 femmes tués par leurs maris, ignorées de la société, et sur le web que vous lirez dans l'Obs deux articles,  le premier est en colère... "Ce n'est pas un "meurtre de joggeuse" mais un féminicide"… 

A l'automne, quand on pensait encore qu'Alexia Daval avait été tuée en faisant son jogging,  les journaux avaient tissé des généralités sur le danger pour les femmes de courir seules... 

Le second résume la mécanique des meurtres de femmes.

 « Elle le quitte, il la tue, scénario typique du féminicide » ; cela raconte la possession et des hommes ordinaires qui disent devant le tribunal qu'ils ont « pété un câble » au moment où ils perdaient le contrôle. 

Le débat sera peut-être demain dans toute la presse, qui a ses rythmes, mais la société comprend plus vite...

On parle d'une autre violence ce matin dans l'Express

Qui gangrène un lycée de Toulouse au passé douloureux et au nom prestigieux, il a été construit sur les ruines de deux établissements soufflés dans l'explosion de l'usine AZF en 2001, il s'appelle Joseph Gallieni comme le défenseur de Paris en 1914... Mais cet établissement est pris en otage par une minorité d'élèves... 

"Pas des élèves difficiles mais des délinquants, en garde à vue ou pourchassés par la Bac le week-end mais envoyés chez nous en semaine", dit  Mathieu Perion, professeur de génie mécanique, et syndicaliste FSU, le syndicat de gauche, et qui dit aussi ceci, dans l'Express. "A Gallieni, la République a mis un genou en terre, il y a urgence, si on ne fait rien, on va compter les morts"... 

Et ce n'est pas tant la grandiloquence des mots que l'on doit retenir que la détermination des enseignants qui posent à la Une de l'Express... Ils se sont racontés dans la dépêche d'abord, "On a des élèves qui sortent de prison, qui viennent en cours avec le bracelet électronique » lisait-on au début du mois... On lit désormais dans l'Express la litanie de l'abandon et du ghetto social. On est donc passé du grand quotidien régional au grand hebdomadaire généraliste.

Et c'est aussi une interrogation sur la presse et ce qu'elle peut faire pour que l'on sache, en haut, les fractures...

Et une polémique sur une sculpture géante enfin

Et  ce débat parle de ce que nous voulons être, et comment voulons-nous vivre endeuillés ou consolés. Il s'agit d'un bouquet de tulipes géantes, de métal et de plastique 11,70 mètres  de haut que l'artiste américain Jeff Koons veut offrir à paris pour nous témoigner de sa solidarité face au terrorisme, et ce cadeau, annoncé en novembre 2016 par Anne Hidalgo, déchire le monde de l'art et qui polémique et pétitionne...  

Dans Libération, des hommes de gauche l'éditeur Eric Hazan ou le philosophe Jean-Luc Nancy vouent Koons aux gémonies,  et lui demandent de déposer son « objet décoratif monumental et kitsch », son « signe mou et vautré », au pied de la Trump Tower.

C'est beau, la colère. Dans le Monde, l'ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon défend Jeff Koons, "un artiste qui a sa place dans le paysage culturel de notre époque", mais il préférerait voir ses tulipes posées ailleurs que dans l'espace vide du palais de Tokyo, dont il romprait l'équilibre et la pureté...

Il serait dommage que l’installation d’une œuvre d’art dans l’espace public parisien, surtout si elle se propose de saluer la mémoire de ceux qui ont péri par la fureur du fanatisme, donne lieu à des déchaînements inutiles de passions excessives.

Mais ce n'est pas excessif de décider de nos pleurs...

  

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