Eh bien voilà : ceux qui avaient misé sur une inflexion de Pékin en termes de libertés se sont mis un javelot dans l’œil… Parce que là, on est servi. Comme l’écrit Frank de Bondt dans Sud-Ouest, "les Jeux Olympiques ont bel et bien été annexés par le régime chinois… En censurant Internet, le pouvoir à Pékin démontre que ses engagements ne valent pas tripette. L’épaisse pollution qui règne sur Pékin, poursuit de Bondt, pourra tenir lieu de rideau de fumée… Oui, c’est bien dans une atmosphère étouffante que vont se dérouler ces Jeux". Censure sur la Toile... Toile de fond bien peu engageante pour ces Jeux, parce que, tout de même… Internet… C’est le lieu d’expression le plus libre de la planète… Eh bien c’est à ça que s’attaque la Chine, d’où l’émotion que suscite cette décision… Indignation qui s’exprime au fil des pages et qui envahit les Unes de pratiquement tous les quotidiens ce matin. A commencer par Libération et France-Soir, qui méritent de se partager la médaille d’or de l’épreuve des titres... Eh oui : ils ont la même idée… Et ce titre, c’est : «Le silence des anneaux». Ca c’est caviar, le silence des anneaux… Chapeau ! Et c’est comme ça qu’on mange tous notre chapeau, d'autant plus que Pékin vient d'annoncer qu'il ne reviendrait pas sur sa décision. Donc verrouillés, les opposants, les journalistes… Parole coupée… En Chine, les murs ont des oreilles… Maintenant, c’est Internet qui est aveugle… Comme ça, c’est complet. D’où cet autre titre de France-Soir : «La cité interdite aux libertés». "On s’attendait au pire… C’est encore moins bien, écrit Jean Berthelot de la Glétais. Le CIO a fait de ces JO un enterrement de première classe pour les valeurs olympiques". Le CIO, oui… Celui-là même qui a négocié avec les Chinois les restrictions aux sites Internet dits "sensibles"... Quand on pense qu'il y a deux semaines, Jacques Rogge, président du CIO, se félicitait : "Pour la première fois, disait-il, les médias étrangers pourront faire des reportages librement, et les transmettre librement : il n'y aura pas de censure sur Internet"... Visionnaire. Une circonstance aggravante sur laquelle revient L'Equipe... Qui nous explique comment le CIO aurait négocié le blocage de certains sites, pensant naïvement que la Chine se contenterait de bloquer l'accès aux pages porno et à celles qui portent atteinte à la sécurité nationale... Et ce n'est pas tout : même Google s'y est mis, si l'on en croit Le Parisien-Aujourd'hui en France... Google et Yahoo!, qui censurent tranquillement leur contenu, en échange du libre accès au marché chinois. Maintenant que Pékin n'est plus en ligne, il faudra faire avec les moyens du bord, en termes d'information... "Et c'est ainsi que nous nous retrouvons aux pieds de la muraille de Chine, la vraie, la plus cruelle... Pas la poétique, inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO, mais celle qui interdit le dialogue, sanctionne la pensée, étrangle la contestation et lobotomise les esprits. Puissante et tyrannique, écrit Philippe Palat dans Le Midi Libre, la censure est désormais gravée au revers de la médaille des JO de Pékin". Dans La Charente Libre, Dominique Garraud nous parle du "bras d'honneur de Pékin au CIO"... On nous parle aussi, dans plusieurs éditos, de "mascarade" et de "mascarade indigne". Pour compléter le tableau, c'est Libération qui nous fait entrer dans l'ambiance folichonne de Pékin en ce moment... "Sécurité renforcée, rues désertées : travailleurs migrants, quartiers populaires et embouteillages ont été gommés de la ville", dont vous pourrez voir une photo... Une rue à proximité du stade olympique : eh bien, ce n'est pas engageant, ça ne donne pas envie. "Voilà comment Pékin ne joue pas le jeu des Jeux, dans cette espèce de Grand Bond en arrière... Voilà comment Pékin envoie sans complexes un message clair qui prend au dépourvu tous ceux qui font semblant de ne rien voir", écrit Bernard Revel dans L'Indépendant du Midi. Mais "faut-il s'en étonner, après tout ?"... C'est Didier Pourquery qui pose la question dans Libération... "Franchement, qui pouvait croire que la Chine allait soudain devenir une démocratie à l'occidentale, c'est-à-dire transparente, juste le temps d'accueillir les JO ?"... Hein, franchement ? Alors, pour comprendre la Chine, deux hebdos vous proposent des clés cette semaine : L'Express et Le Nouvel Obs, qui se fendent de la même Une... Eux aussi ont eu la même idée : comprendre la Chine. Pas forcément lui trouver des circonstances atténuantes, mais tenter d'y voir plus clair dans son mode de fonctionnement... En gros : comment ça marche, la Chine ?... Comment est-il né, ce pays où vit un être humain sur six ?... A quoi rêvent ses habitants ?... Pour quelles raisons le régime communiste semble-t-il si sûr de son avenir ?... Les clés sont donc dans L'Express et dans Le Nouvel Obs, qui remarque que cette civilisation est à la fois la plus ancienne sur cette Terre, mais également la plus tournée vers l'avenir. A lire aussi : le hors-série de Science & Vie, intitulé "La face cachée des JO : pollution, infrastructures, insécurité alimentaire"... Charmant... Et en plus, la météo est épouvantable dans ce pays. On nous parle d'un ciel gris, plombé à Pékin en ce moment, un peu comme les libertés... Saison pourrie... C'est pour ça que Silvio Berlusconi ne veut pas aller aux JO ! C'est écrit noir sur blanc dans Le Figaro, dans la rubrique "L'événement vu par..."... Le chef du gouvernement italien déclare... "On m'a dit qu'il fait plus de 50 degrés à Pékin, et qu'il y a beaucoup d'humidité... Je n'irai pas !"... Na ! Et pendant ce temps, l'OMC nous rejoue la petite musique de l'échec... Et là encore, faut-il s'en étonner ? On le disait dès le début des négociations de Genève : il y avait un risque de blocage. Eh bien, ça y est : le processus est bloqué... Mais la partie était-elle vraiment jouable ? Et au-delà du terrain commercial, la question que pose cet épilogue malheureux à Genève est la suivante : est-il réaliste de penser qu'une régulation mondiale est possible ?... Les compromis sont si difficiles pour le commerce... On vient de le voir... "Comment une gouvernance planétaire deviendrait-elle possible, dans des domaines encore plus complexes comme l'environnement ou le désarmement par exemple", s'interroge François Ernenwein dans La Croix... Avant de conclure, un peu désespéré : "A ce titre, l'échec à l'OMC est un très mauvais exemple jeté à la face du monde". Et c'est La Tribune qui s'en émeut également, remarquant que "l'échec de l'OMC exacerbe les égoïsmes nationaux"... Et le quotidien économique va plus loin, sous la plume d'Erik Izraelewicz, qui intitule son édito : "En finir avec l'OMC". D'ailleurs, il est assez sévère avec vous, Madame Idrac, vous qui avez dit : "Ce n'est pas la fin du monde"... Votre déclaration a "quelque chose de pathétique", estime l'éditorialiste de La Tribune. Il note d'abord que vous avez raison quand vous dites : "Ce n'est pas la fin du monde", parce que les négociations de ce genre en ont connu d'autres : l'Uruguay Round par exemple, qui, malgré l'absence d'accord, n'a pas empêché le commerce mondial de se développer... Mais Erik Izraelewicz estime que, dans votre commentaire, vous laissez poindre un "ouf !" de soulagement... Je ne sais pas ce que vous avez à répondre à ça... En tout cas, dans La Tribune, Izraelewicz en arrive à cette conclusion : "L'OMC est à l'origine de cet échec... C'est un système devenu pervers... Son approche globalisante du commerce est inopérante... Alors si l'échec de Genève n'est pas la fin du monde, ce devrait être au moins la fin d'un monde : celui de l'OMC et de ses trop grandes ambitions". En d'autres termes : qui trop embrasse mal étreint. Oui, c'est de saison et de circonstance... Reste que "42% des Français ne partent pas"... C'est "10% de plus qu'en 2005", comme le révèle une enquête IFOP, dont L'Humanité fait sa Une aujourd'hui. "Toutes les catégories sont concernées, mais ce sont les ouvriers et les employés qui profiteront le moins d'une évasion estivale", précise L'Humanité. L'essence chère, les petits restos aux prix devenus grands... Alors on visite la famille : c'est moins cher... C'est un peu envahissant, mais ça ne coûte pas grand-chose... On rappelle les vieux copains... Bref, on se débrouille... Parce qu'on ne peut pas faire autrement : question de pouvoir d'achat. En gros : gagner moins et se reposer moins... "Le gouvernement part en vacances, et les magazines en mal d'idées alignent des pages sur les destinations des puissants", proteste Patrick Apel-Muller... "Ici le domaine azuréen de Madame, là le châlet d'altitude de Monsieur, ailleurs le soleil de Toscane"... Ce qui est tout à fait vrai d'ailleurs... Aujourd'hui, c'est Paris-Match qui s'y met, et qui nous raconte à son tour les vacances du gouvernement... Bref, revenons à L'Huma, qui souligne que "jamais, depuis vingt ans, le moral du pays n'avait été aussi faible... Les inégalités s'accroissent... Les vacances en constituent un miroir". On part moins, d'où cette photo en Une de L'Humanité : une terrasse sur une plage, où il n'y a que des chaises vides... Sous le hauvent estampillé "Crèpes et gaufres", il n'y a pas un client... Sur le sable non plus, d'ailleurs... Ca non plus, ça ne donne pas envie, pas plus qu'une rue de Pékin. Et comme en écho, plusieurs journaux régionaux font leur Une avec cette information... Le Midi Libre, qui constate "qu'en juillet, les touristes se sont serré la ceinture"... L'Indépendant du Midi, qui titre : "Vacances : un mois de juillet poussif"... En revanche, La Voix du Nord se félicite, car la région qu'il couvre bénéficie de l'effet "Bienvenue chez les Chtis"... A tel point que les réservations, pour le mois de juillet, étaient en hausse de 10 points par rapport à l'an dernier... D'où ce titre : "Cet été, le Nord a la cote". C'est vrai que là-bas, il ne fait pas 50 degrés... Vous ne risquez pas d'y croisez Berlusconi !

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