Il y a 100 ans, l'assassinat de Jean Jaurès... et la naissance de Louis de Funès. Moscovici à Bruxelles - Londres fait payer le diesel - le pangolin en danger - Desproges célébré.

Beaucoup de noir et blanc dans les journaux, ce matin. Il est là en photo, avec ses cheveux blancs, tel que dans la mémoire collective... Louis de Funès est né il y a 100 ans aujourd'hui. L'acteur n'est jamais vraiment sorti du paysage - merci les rediffusions. Le voici en couverture de valeurs actuelles en attendant, la semaine prochaine, un numéro spécial de Charlie hebdo. Le Parisien note le succès du musée installé dans l'orangerie de son chateau, à Cellier en Loire-Atlantique : ouvert en mai, il a déjà attiré 10.000 visiteurs. Un autre musée ouvrira l'année prochaine à Saint-Tropez. En 2015 De Funès sera aussi à l'affiche d'un film : Pourquoi j'ai pas mangé mon père, d'à-peu-près le roman de Roy Lewis. Il ne s'agit pas d'archives exhumées mais d'images de synthèse auquel Jamel Debbouze prêtera vie grâce à la technique de "capture de mouvement". De Funès a toujours fait vendre mais maintenant il rassemble aussi, il est devenu un morceau de "la culture commune des Français". Et ça c'est nouveau, note Bertrand Dicale, un de ses biographes, toujours dans le Parisien. Il se souvient du De Funès de son enfance, "vomi par les cinéphiles et les gens fiers d'être instruits, ce qui faisait du monde".

Détesté par certains hier, fédérateur aujourd'hui... c'est Jean Jaurès, dans tous les journaux. "Jaures assassiné" : les deux mots barrent la une de l'humanité du 1er août 1914. Le fac-similé de cette édition historique enrobe aujourd'hui le quotidien qui voilà un siècle pleurait son fondateur, "grand homme qui vient d'être arraché au socialisme, à la France, à l'humanité civilisée". L'Huma de 2014 (abonnés) s'interroge encore : "Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?" Réponse en deux temps obligatoire pour l'homme qui croyait à la paix et à la lutte des classes. L'écho de cette question résonne encore, à travers Jacques Brel, repris depuis par Zebda.

A défaut de faire revivre Jaurès en 3d, les responsables politiques, tous partis confondus, s'arrachent son héritage. Ca va trop loin pour Jérôme Pélissier (Politis - abonnés), auteur d'une pièce sur Jaurès, il appelle à ne pas le "hollandiser"... et ce n'est pas un compliment adressé à la gauche actuelle. C'est d'abord un avertissement sur l'artifice de la persistance des mots "puisque Jaurès était socialiste et que le parti s'appelle toujours parti socialiste". Puisque Jaurès se disait réformiste, aurait-il pour autant, comme le suggère Manuel Valls, voté le pacte de responsabilité ? Pour tirer la question au clair, Politis cite Jaurès dans le texte : "Oui des réformes, mais clairement orientées vers la propriété sociale", des réformes "destinées à faire peu à peu éclater les cadres du capitalisme". Sur le mot socialisme lui-même, Jaurès mettait en garde contre "un socialisme d'Etat qui se borne à protéger la classe non possédante contre certains excès de pouvoir de la classe capitaliste".

On n'ira pas jusqu'à demander ce que Jaurès aurait pensé du diesel et de cette nouvelle taxe annoncée par le maire de Londres, le très conservateur Boris Johnson. La capitale anglaise impose déjà un droit d'entrée à tous les véhicules qui circulent dans ses quartiers les plus centraux. L'équivalent de 14,5 euros, sauf pour les motorisations électriques ou hybrides. Ce sera le double à partir de 2020 pour ceux qui rouelnt au diesel. La Croix s'interroge sur l'impact que cet décision aura, ou pas, sur la qualité de l'air et sur la popularité du maire.

La presse réserve un acceuil très réservé au futur commissaire européen Pierre Moscovici. A peine confirmée par l'Elysée, sa candidature est vue par l'Opinion comme "une erreur de casting" et "l'incarnation d'une France déclassée". "Moscovici malgré tout" résume Mediapart (abonnés), malgré le mauvais état des finances de la France après son passage à bercy, malgré l'hostilité d'une bonne partie de la gauche européenne. Le site renvoie à cet épisode de la série Borgen, où le gouvernement danois doit choisir son candidat pour la commission. Un conseiller propose d'en profiter "pour se débarrasser de quelqu'un. On l'envoie à Bruxelles, il nous fiche la paix. Et en même temps, ça a l'air d'une promotion". Un autre s'indigne : "Tu proposes que l'on se serve d'un des postes les plus importants en Europe, pour envoyer un indésirable en exil ?" Finalement Birgit Nyborg Christensen, premier ministre et héroine de la série se range à l'avis du premier conseiller avec cet argument : "Il y a eu certains hommes politiques à Bruxelles dont on n'a plus jamais entendu parler." C'est exactement l'inverse avec le pangolin, subitement dans l'actualité. Et ça n'est pas une bonne nouvelle pour ce mamifère qui vient d'être placé sur la liste rouge des espèces menacées d'extinction. Sur son blog, Audrey Garric, spécialiste planète au Monde, décortique la bête, peu connue et réellement à part dans l'ordre animal. C'est le seul mamifère à écailles, il ne survit pas en captivité et dans la nature il est chassé, jusqu'à frôler l'exctinction, pour deux de ses hui sous-espèce, le pangolin javanais et le pangolin de Chine, désormais considérés en danger critique. En cause, l'appétit de l'Asie. Plusieurs pays dont la Chine font du pangolin un mets de luxe et ses écailles lui valent d'être braconné, comme les éléphants et les rhinocéros pour leurs défenses et leur cornes, pour les mêmes raisons à cheval entre supersition et médecine traditionnele, et à la même échelle, mondiale. Pour preuve cette saisie, toujours rapportée sur le site du Monde, le 9 juillet dernier à l'aéroport de Roissy... 250 kilo d'écailles, ça en fait des pangolins.

Rien ne garantit que ça le sauvera mais au moins l'animal soulève la curiosité sur Internet, ça change des chatons. La logique est la même : des vidéos de pangolin à toutes les sauces pour accompagner la mauvaise nouvelle. L'un se roule en boule pour échapper à deux lionnes, l'autre prend un bain de boue avec une délectation manifeste. C'est aussi l'occasion ou jamais de ressortir la définition vacharde que Pierre Desproges donnait du pangolin dans une de ses chroniques de la haine ordinaire, c'était en 1986 sur France Inter.

Ses mots percutent toujours, Desproges "bouge encore" dans Télérama - cette fois la photo est en couleurs. L'hebdomadaire raconte une soirée de déclamations voilà quelques semaines dans la bibliothèque de Normale sup. On y potasse les textes de l'humoriste, toujours d'actualité, avec ses saillies sur la mort, le cancer, les jeunes et les vieux, l'antisémitisme... et, donc, sur les pangolins. Toujours là, aussi, parce qu'il avait "un vrai style littéraire" valide Florence Mercier-Leca, maître de conférence à Paris IV. Un style étudié désormais, par exemple dans ce mémoire de master, "prolifération et saturation du language dans les chroniques de la haine ordinaire", comme quoi France Inter mène vraiment à tout. Le maître a-t-il des héritiers ? Hésitation des universitaires, qui finissent par citer le Comte de Bouderbala pour ses sketches "pas du tout politiquement corrects". Se souviendra-t-on de lui avec des cheveux blancs ? Réponse dans un peu moins d'un siècle.

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