(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : à la recherche d'oxygène

(Bruno Duvic) Nous émettons trop de dioxyde de carbone. Les conséquences sont connues, elles sont plus ou moins douloureuses, selon le pays où on habite.

La première réponse, c'est de changer nos comportements : c'est ce qu'on appelle le développement durable.

La seconde réponse, c'est d'imaginer un marché où l'on émettrait des droits à polluer. Votre usine émet trop de CO2 ? Pas de problème. Vous achetez un droit à polluer. Vous imaginez que ce nouveau marché va plus ou moins réguler les émissions de carbone. Mais vous n'avez rien changé à votre comportement. C'est ce qu'on appelle l'économie verte.

Appliquez cet exemple, caricatural j'en conviens, à la consommation d'eau, à la déforestation, au bétonnage de nos côtes et vous obtenez la Une de l'hebdomadaire Politis cette semaine : « Lla nature en bourse ».

A quelques jours du sommet de Rio, Politis montre comment depuis le 1er sommet de Rio, en 1992, le grand débat écologique s'est perverti au fil des années. Comment l'économie et la finance se sont emparées de cette question en prétendant protéger les écosystèmes.

Une forêt n'est plus regardée pour ce qu'elle est mais comme une usine à produire des biens et services - capter le CO2, produire des plantes alimentaires, des molécules pharmaceutiques. La nature devient une entreprise.

Aspect positif : on reconnait qu'elle est un socle de créations de richesse.

Aspect négatif : on met de côté des questions essentielles - la surconsommation, les déséquilibres planétaires, l'éducation et la santé pour tous.

Cette économie verte a ses partisans aux Nations Unies et dans certaines ONG. Mais Politis montre bien le biais.

Coca Cola par exemple a investi avec l'aide du WWF 30 millions de dollars pour l'entretiens de bassins hydrographiques dans le monde. La multinationale peut ainsi se dire "neutre en eau". Mais dans le même temps elle vide à tout va des nappes phréatiques en Inde.

La France va-t-elle étouffer sous les déficits ? La commission européenne est inquiète

A la Une des Echos , du Figar o et du Monde , à peu près le même titre : « La mise en garde de Bruxelles à Hollande ». Le retour du déficit à 3% nécessitera des efforts accrus.

Regard d'un Allemand, social-démocrate version rose pâle sur la politique du nouveau pouvoir. L'ancien chancelier Gerard Schroder accorde une interview au Point . C'est l'homme qui a réformé l'Allemagne en revoyant à la baisse le modèle social, en coupant dans les dépenses publiques et en instaurant de la flexibilité sur le marché de l'emploi.

« François Hollande a raison, affirme Gerard Shroder, quand il dit que cela ne suffit pas de faire des économies. (…) Mais on ne peut pas d'un côté financer la croissance sans introduire de l'autre des réformes structurelles. »

Pour Alain Duhamel, dans Libération , le troisième tour de la présidentielle sera financier. Il ne sera pas politique à travers les législatives. Duhamel ne doute pas que la gauche l'emporte. Il ne sera pas social. En revanche les premières décisions économiques du gouvernement seront examinées au laser par les marchés. Leur verdict sera instantané et décisif.

A propos de politique, avant d'en revenir à l'Europe, je vous conseille la BD reportage à Neuilly signée Luz dans Charlie Hebdo . Fiel et caricature, c'est très drôle. Neuilly ville martyre sans Sarkozy.

Une bonne bourgeoise dit : "Personne n'est encore conscient du désastre, moi je suis révoltée"

La France sous pression, ce n'est rien comparé à l'Espagne...

L'Espagne et l'Italie... Elles « atteignent la zone d'alerte sur les marchés », dixit Les Echos

Le taux d'intérêt que doit payer l'Espagne pour se financer à 10 ans approche des 7%. C'est le seuil à partir duquel la Grèce, l'Irlande et le Portugal ont dû être secourus.

Des Irlandais résignés face à l'austérité, titre La Croix . Ils devraient dire Oui aujourd'hui par referendum au traité européen qui durcit la discipline budgétaire.

Une fois de plus ce matin, l'Europe c'est beaucoup de chiffres, d'austérité et d'angoisse.

6 journaux européens, dont Le Monde , essayent d'explorer une voie différente.

Ils publient un supplément titré "Génération E", cette génération qui a la vingtaine, la trentaine et fera l'Europe d'aujourd'hui et de demain.

Elle vit de paradoxes.

Elle remplit les cortèges des indignés contre l'austérité mais elle fait des bébés européens, comme ces couples qui se sont rencontrés dans les universités Erasmus.

Elle a accès à la formation supérieure partout en Europe mais quel avantage quand le taux de chômage des jeunes est de 20% et plus ?

Cette génération a presque toujours connu l'Europe au quotidien : pas de frontière pour les vacances, l'Euro dans la poche et le traité de Maastricht dans le berceau. Mais elle ne sait plus à quoi sert l'Europe.

L'écrivain Camille de Toledo est emblématique de cette génération...

Il est né en 1976, il vit à Berlin, il est passé par la London School of Economics. Mais dans la dernière page de ce supplément du Monde , il écrit ceci : « Mesdames, messieurs des institutions européennes, votre Europe nous ennuie. Elle nous ennuie mortellement. Il lui manque une poétique. (…) Jusqu'à ce jour, les bâtisseurs de l'Europe se sont contentés d'un seul argument émotionnel : les guerres, le XXème siècle et l'extermination. Le passé est la constitution non écrite de l'Europe, nous vivons sous le régime d'un pouvoir de mémoire. Cela ne suffit plus. »

Et il définit un horizon que l'on pourra trouver lointain et abstrait mais qui a le mérite de briller au loin. Les grandes figures de cette Europe ne seraient pas Schuman, Monnet ou Adenauer, mais Paul Valéry, Stefan Zweig, et surtout les invisibles traducteurs. « L'Europe est le lieu où se publient et se traduisent les textes et langues du monde. »

Et le jeune homme appelle de ses vœux

  • un manuel d'histoire, non plus rédigé du point de vue des nations, mais une histoire de la perméabilité et des passages,

  • une académie européenne des langues,

  • une citoyenneté européenne inspirée de la figure du traducteur, qui connait l'effort, le conflit l'écartèlement de relier deux cultures.

Et il conclut en substance : une Europe des traductions construirait l'avenir mais se souviendrait du passé, ce serait une école adaptée à cette époque d'hybridation et de métamorphoses.

Voilà un peu d'air pour respirer. L'histoire ne dit pas si dans cette Europe on roule à gauche et on boit la bière tiède. Ah les Anglais ! A 3 jours du jubilé de diamant de la Reine et à l'approche des Jeux Olympiques, plusieurs magazines consacrent leur couverture à la Grande-Bretagne. Le mensuel L'Oeil envisage le JO de Londres sous l’angle artistique et culturel, Challenges dresse le classement de la fortune des Rois et Pélerin nous donne avec l'écrivain Stephen Clarke dix leçons pour être anglais.

En voici quelques unes :

  • la famille royale tu honoreras : certains la considèrent comme une sorte de vase offert par une vieille tante mais à la faveur d'un mariage ou d'un jubilé, on fait la fête

  • la Reine tu chériras : comment résister à une souveraine qui exprime un tel penchant pour les couturiers daltoniens

  • le froid tu mépriseras, comme ces jeunes Anglaises en minijupe en plein hiver. De l'antigel coule dans leurs veines

  • avec la France tu te chamailleras. France-Angleterre : ce vieux couple a connu Waterloo, Azincourt et les Six Nations de rugby. Mais aussi le tunnel sous la Manche. « C'est comme un couloir entre nos deux chambres que l'on emprunte pour se rejoindre… discrètement. »

A demain

PS 1 : hier dans la revue de presse, j’évoquais ce drôle de titre à la Une du quotidien L’Ardennais : « Phénomène effrayant au cimetière de Rethel : les plaques funéraires se soulèvent. ». Hier, je n’avais pas plus de détail sur ce retour des morts-vivants. Les voici :

http://www.lunion.presse.fr/article/ardennes/phenomene-effrayant-au-cimetiere

PS 2 : il y a des jours où on est particulièrement nul. Dans la version radio de cette revue de presse, dans la partie consacrée au texte de Camille de Toledo sur l’Europe, j’ai parlé de l’écrivain en disant – et répétant encore et encore pour bien m’enfoncer – « la jeune femme » et « elle ». Camille de Toledo est un homme et moi un âne. Au-delà des excuses que je lui ai présentées en privé sur Facebook, voici des excuses publiques ! Si la radio était en couleur, je serais rouge de confusion.

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