(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : un président sous la vague...

(Bruno Duvic) La mairie était socialiste depuis 1977, 37 ans. La soirée est déjà bien avancée, hier. Le maire sortant et battu achève son allocution : "Ce matin, dit-il, je reviens à mon bureau dès 8 heures, comme d'habitude, mais pour le vider."

Il remonte les étages du bâtiment. Les élus et collaborateurs ont les yeux rougis. La patronne du parti socialiste dans le département balaye les gravats : "Politiquement, c'est comme un lendemain de bombardement", dit-elle. Dans son bureau, après une dernière série d'interviews, le maire sort les bouteilles de la défaite. "Bois un coup, Pierre" lui lance un collègue écologiste. Ce sera un whisky.

C'était à la Roche-sur-Yon, hier soir. Le récit est dans Ouest France édition Vendée. Une ville symbole, on aurait pu en choisir beaucoup d'autres. « Il y en a tellement, qu'on ne sait pas laquelle choisir pour dépeindre l'ampleur de la débâcle socialiste, observe Libération . Fallait-il, demandent Alain Auffray et Laure Bretton, choisir Nevers, ville de Pierre Bérégovoy au cœur de la Nièvre Mitterrandienne, Limoges, où la gauche régnait depuis plus de 10 ans, ou encore Quimper, pilotée par l'un des plus vieux amis et conseillers de François Hollande ? »

Comme La Voix du Nord , on aurait pu aussi choisir Dunkerque. Sur la place, il y a toujours la statue du corsaire Jean Bart. Mais à la mairie, il n'y a plus Michel Delebarre. Sa statue à lui a été déboulonnée, après 25 ans et quatre mandats.

« PS la Chute », titre La Voix du Nord . Dans cette région, longtemps fief de la gauche, fin de règne à Roubaix, à Tourcoing, à Maubeuge. De gros bastions socialistes sont tombés. Et si Martine Aubry l'emporte à Lille, la gauche n'est plus majoritaire à Lille Métropole, relève le quotidien du Nord. C'est bien simple, résume Slate.fr , hier aux municipales, « la gauche a quasiment tout perdu ».

Le parti socialiste est atomisé constate Libération .

« Cette défaite municipale vient endommager le cœur du réacteur PS, le socialisme municipal est mort ». Si d'aucuns relativisent, en affirmant que le pouvoir aujourd'hui ce sont les régions toujours aux mains du PS, d'autres s'inquiètent très concrètement. Ce lundi, selon un cadre national de la rue de Solferino, « il y a entre 500 et 2.000 mecs au chômage ».

Dominique Jung, Les Dernières nouvelles d'Alsace : "Le socialisme tourne à vide. Au propre comme au figuré, il est victime d'une extinction de voix. »

A la Une des journaux, ce matin, il pourrait y avoir une rose sans pétale. Mais pour beaucoup de quotidiens, c'est bien le président qui est en cause. Libération , photo de François Hollande à la Une et ce titre : « La Punition ». Il est « Condamné à changer » pour Le Parisien-Aujourd'hui . « Le tsunami bleu déferle sur Hollande », titre Le Figaro . Image du président comme une affiche électorale arrachée et mal recollée en première page de L'Humanité : « Désaveu massif ». C'est « La déferlante », pour L'Opinion . Dessin d'un petit président en pédalo sur lequel s'abat une énorme vague.

Les mots sont durs.... Nicolas Baverez dans Le Figaro. « Président le plus médiocre (…), le plus impopulaire, le plus faible de la Vème République ». « Le Roi est nu », titre encore Libération .

Jean-Louis Hervois, La Charente Libre : « L'épreuve du pouvoir depuis deux ans au sommet de l'Etat a dilapidé tout le crédit que le victoire de Hollande en 2012 avait conforté. Du discours aux actes, il y a un monde que l'abstention records de ces deux tours souligne avec plus d'évidence »

Et voilà le président piégé...

Il a pris une claque, oui, mais « Comment choisir entre la claque de droite et la claque de gauche ? » se demande Pascal Riché sur Rue89 . Si c'est une claque de droite, alors il doit accentuer sa politique de compétitivité. Mais comment faire sans briser son propre camp ? Si c'est une claque de gauche, il doit changer radicalement de politique. Mais ce serait se renier, mettre aux orties le pacte de responsabilité, et se fâcher avec Angela Merkel.

Plus à gauche ou pas ? « Il faut une autre politique pour conjurer la catastrophe », exige Laurent Mauduit sur Mediapart . « Dans les jours qui viennent, prolongent Patrick Appel Muller dans L'Humanité , les bouches doivent s'ouvrir à gauche pour retrouver les valeurs de solidarité, d'égalité et de justice que la politique gouvernementale a abandonnés. »

Ca c'est la claque de gauche. La claque de droite, c'est la thèse de Nicolas Barré dans Les Echos . « Ce qui a manqué depuis deux ans, ce n'est pas plus de gauche, c'est plus de clarté. »

Dans tous les cas, remaniement. Rien de très précis ne filtre ce matin. Jacques Camus, dans les journaux du Centre : « François Hollande entretient l'image d'un président imprévisible. Comme pour se réfugier dans le culte du Sphinx mitterrandien. Mais c'est un sphinx aux pieds d'argile. »

Claque pour le président et la majorité, vague pour l'opposition

La vague bleue, tant espérée par Jean François Copé. Elle déferle à la Une ce matin. « Vague bleue sauf à Rennes » en manchette de Ouest France . « Indre et Loire, le grand soir de l'UMP » dans La Nouvelle République -Tours passe à droite. Toulouse aussi : « Moudenc revient au Capitole » et à la Une de La Dépêche duMidi .

Et s'il faut choisir un visage de cette droite triomphante, c'est peut être celui-ci : « Gaudin, le patron », titre La Provence à Marseille. A propos des conseillers municipaux qui vont composer sa majorité, il constate, matois : « je n'en ai jamais eu autant ».

Vague bleue oui mais pas de triomphalisme. Et on comprend pourquoi en lisant l'analyse de Guillaume Tabard dans Le Figaro : « La droite face aux obligations d'une victoire ». « Elle devra non seulement fidéliser les déçus du Hollandisme mais aussi regagner des électeurs plus radicaux. Les deux à la fois. » Pas simple.

Et puis il y a ceux qui échappent à la vague bleue. Dans la presse européenne, Anne Hidalgo, se taille un joli succès, singulièrement dans la presse espagnole. Portrait de la première femme maire de Paris aux origines hispanique dans El Pais et El Mundo notamment.

Enfin le dernier enseignement et pas des moindres de ce scrutin c'est bien sûr le succès du Front national. « Ménard prend Béziers, ville symbole du FN ». Entre 11 et 14 villes conquises, le chiffre n'est pas encore définitif. Et, relève, Mediapart , « le vote FN s'est consolidé entre les deux tours ». Les scores importants du Front national sont souvent dans des villes ou la participation est supérieure à la moyenne nationale. Et les électeurs qui se sont tournés vers lui au premier tour ne l'ont pas délaissé au second.

Rejet de la majorité, succès du FN, abstention, c'est aussi sans doute, une façon de « faire » de la politique qui a été sanctionnée. Façon qui se retrouve dans ces soirées électorales à la télé. « La télé à côté de la claque » titrent Isabelle Garrigos et Raphaël Roberts dans Libération . « Ca fait combien de milliards d'années que les soirées électorales ressemblent à ça ? Les premiers souvenirs sont en noir et blanc, et rien n'a changé, à quelques gadgets de présentation près. Une table pour faire la scène et de médiocres acteurs faisant mine de s'invectiver : ‘’Ne m'interrompez pas je ne vous ai pas interrompu, gnagnagnagna ». Les électeurs ne sont nulle part, comme si, une fois accompli dans l'urne anonyme leur petit forfait, ces grands enfants n'avaient plus le droit à la parole, squattée, trustée, monopolisée par ce personnel politique qui se goberge de ses propres mots inaudibles.’’

A demain !

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