La revue de presse, bonjour hélène jouan

C’est inhabituel, mais vous commencez cette revue de presse avec une bande dessinée

Vous avez peut-être raté « L’art de voler » d’Antonio Altarriba paru en 2011_ vous pouvez encore « racheter » cette « faute »_Philippe Lançon dans Libération présente aujourd’hui la nouvelle bande dessinée de l’auteur espagnol, « L’aile brisée ». Après avoir raconté la vie de son père, Altarriba conte celle de sa mère. Autre vie de malheur, « ce malheur partagé qui ressemble à celui de nombreuses familles espagnoles ayant vécu la pauvreté paysanne, nous explique Lançon, la guerre civile, le franquisme, la solitude propre à la vieillesse. Mais « le grand mérite de l’auteur et du dessinateur Kim, insiste le journaliste, est d’avoir su reconstituer leurs vies minuscules, d’avoir su les agrandir ». Histoire de Pétra donc. Mais alors qu’Altarriba s’était fait le ventriloque de son père dans son dernier album, cette fois, ce n’est pas sa mère qui raconte sa vie, comme si « la femme » dit Lançon, « n’avait jamais eu dans cette Espagne là, tout à fait droit à une parole et à une présence autrement que masculine ». Le livre reproduit cet effet-là, les chapitres de la vie de Pétra sont des prénoms d’hommes. Au fil des planches, vu par eux, Pétra apparait comme « cette discrète femme de peine priant la Vierge, disciplinée et dure, une femme qui ne crie pas, qui ne se rebelle pas contre ce que les hommes et la vie lui font subir, qui a caché par exemple toute sa vie un handicap, un bras paralysé, « splendide orgueil muet de ne jamais vouloir apparaître comme une victime, qui symbolise, analyse Lançon, » la longue cécité de l’Espagne face à son histoire»

« Bruissement d’elle »,elle, le pronom, c’est le titre de l’article

Destin hier de femme effacée dans la pieuse et confinée Espagne, Femmes de talibans au Pakistan aujourd’hui, c’est une série exceptionnelle de Lucie Peytermann dans Libération également. 2ème volet ce matin, rencontre avec les jeunes filles de la famille. Elles aussi dominées par les hommes, qui leur imposent leur tenue, cette longue abbaya noire qui les soustrait au regard et rend leur corps flou, qui leur imposent leur mari, leur vie de recluses épuisées par les tâches ménagères …Comme Pétra hier en Espagne, Nour ou Najiba respectent cette autorité qui les domine, comment s’extraire de son éducation et de sa culture, elles répètent d’un ton atone « le prophète a dit que la maison était la meilleure des mosquées pour les femmes », elles fustigent comme on leur a appris, les « péchés » de l’occident…Et pourtant au fil des rencontres, Lucie Peytermann surprend des questionnements, sur la liberté des occidentales. Des frustrations, la jeune Maheen qui se rêvait journaliste, mais son père a jugé que le métier n’était pas convenable, elle sera prof. Des moments de liberté volés quand elles sortent enfin quelques soirs par semaine pour aller faire du bénévolat dans une maternité…des espoirs, celui de finir ses études avant d’être condamnées à la servitude de leur futur mari et belle famille.

« La vie tourmentée des filles de Talibans » par Lucie Peytermann, touchant bruissement d’ailes de femmes ce matin

On revient à l’actualité en France, avec la révision constitutionnelle enterrée hier par François Hollande

Un dessin de Deligne à la Une de La Nouvelle République, couronne mortuaire déposée au chevet d’une poubelle pleine d’un texte jeté aux ordures

Un titre « un débat qui a beaucoup déchu » dans Sud Ouest

Et des appels de Une ou éditoriaux qui vont tous dans le même sens « tout ça pour ça » dans le Parisien, « désastre » pour Libération, « Moi président, je réaliserai un flop d’une intensité qu’aucun de mes prédécesseurs n’a jamais pu approcher » se moque Nicolas Beytout dans l’Opinion, « Waterloo politique pour François Hollande» dit Raymond Couraud dans L’Alsace, « fiasco,» pour la Croix, Gâchis pour le Figaro…mais qui ne prend même pas la peine de s’en réjouir. « Il y a quelque chose de désespérant dans ce renoncement écrit Paul henri du Limbert..droite et gauche ont mis 4 mois à gâcher ce rare moment d’unité nationale. Le Fn se délecte de tels signes d’impuissance » prévient il. Seule L’Humanité voit dans cet enterrement, l’espoir d’un bel enchainement : « et maintenant, appelle t il en Une, retrait de la loi El Khomri », avec photo de jeunes manifestants à l’appui

Nouvelle journée de mobilisation en effet contre la loi travail du gouvernement

EN attendant les chiffres de cette mobilisation, selon la police et selon les organisateurs, les députés travaillent sur le texte en commission à l’assemblée nationale, et il pourrait encore bouger. Information des Echos ce matin, la majorité pourrait s’entendre pour tenter de différencier le sort des petites et des grandes entreprises en matière de licenciement économique. La période de « difficultés économiques » subies par une entreprise pour critère de licenciement, serait plus courte pour les PME, mais rallongée pour les grosses boites afin de prendre en compte les moyens en trésorerie des unes et des autres. Seul écueil pour l’instant, il ne faut pas que cette mesure soit frappée d’inconstitutionnalité, le gendarme de la constitution souffrant peu le 2 poids, 2 mesures.

En attendant, pour apporter de l’eau au moulin de ceux qui dénoncent la « libéralisation » du marché du travail, une lettre de Berlin, signée du correspondant en Allemagne du Monde. Frédéric Lemaitre revient sur les lois Harz 4, celles qui sous Gérard Schröder en 2003 ont largement modifié le droit du travail allemand. Le constat est assez accablant, oui, le chômage a baissé et ces lois expliquent en grande partie la bonne santé de l’économie allemande aujourd’hui…Mais. Mais il y a désormais un point également incontesté : elles ont aussi largement accru les inégalités, des inégalités bien plus grandes qu’en France, elles ont surtout totalement bloqué l’ascenseur social. « Dans presqu’aucun autre pays d’europe il n’est aussi difficile pour un enfant de milieu défavorisé de progresser, je croyais que nous étions dans une économie sociale de marché, nous sommes un pays de castes » accuse un économiste allemand.

Désillusion face à un modèle ? Sans nul doute, répond le magazine Alternatives Economiques. La preuve, l’Allemagne est elle-même en voie de Dé-schrö-dé-risation ». Angela Merkel vient d’introduire un smic, elle encadre davantage les mini jobs, et revient même sur la retraite à 67 ans.

Fichu modèle, qui n’en est même plus un !

On termine Hélène par un hashtag, hashtag dictée !

Sus aux grincheux et allergiques à la modernité ! Des professeurs des écoles d’Indre et loire ont mis en place dans leurs classes, la « twictée », soit la dictée en tweet. Une phrase pleine de difficultés orthographiques est donnée par le prof, les élèves travaillent en groupe, la twittent à une autre classe, se corrigent mutuellement avec des leçons d’orthographes en 140 signes appelés les twoutils nous raconte Xavier renard dans la Croix. Résultat dans les 250 twittclasses, il parait que le niveau monte car les élèves se sentent impliqués. Ce qui devrait réjouir Bernard Pivot, monsieur Dictée, lui-même adepte de twitter. Et ça me donne des idées, une tweet/revue de presse ça s’essaie non ?

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