Pourquoi tout peut arriver? nous sommes entrés dans le monde de l'incertitude.d'ailleurs existe t il un vote caché qui déjouerait les pronostics? les bookmakers anglais se régalent

La revue de presse bonjour Hélène Jouan

On commence par du « lourd », « pourquoi tout peut arriver »

C’est le titre du dossier de Philosophie Magazine pour son numéro d’avril. Passionnant. Dossier qui éclaire la perception que nous avons d’être entrés dans le monde de « l’incertitude » grâce à la philosophie et aux sciences, la physique quantique carrément. Alexandre Lacroix part d’un tweet du romancier Serge Joncour « je suis certain que Donald Trump n’ira pas au bout de son mandat, comme j’étais certain qu’il ne serait jamais élu président ». Un tweet qui dit tout et qui montre que non seulement il est devenu difficile de délivrer des pronostics, mais qu’en prime, il est désormais hasardeux de désigner un cap précis et stable. Pendant longtemps, explique Lacroix, nous pensions le monde selon la physique de Newton et la philosophie hégelienne. Des forces, mathématiques pour l’un, celle de la raison pour l’autre, suffisaient à expliquer la marche du monde…Sauf que la révolution quantique est passée par là. Dans l’entre-deux guerres, Heisenberg a posé le principe « d’indétermination » en physique, je ne me risque pas à vous faire la démonstration, mais Lacroix l’applique à la philosophie et ça donne : « mieux on connait la position actuelle d’un individu ou d’un collectif, moins on sait quel acte il va commettre ». Illustration : à l’époque du big data, les parcours des individus sont géolocalisés, les navigations internet tracées, nous sommes tous « profilés », les outils de surveillance contemporains sont incroyablement plus fins que les fiches de police de l’ancien ministre Fouché et pourtant…pourtant, facebook n’a pas su prévoir l’élection de Trump aux Etats-unis. En somme écrit il, tout se passe comme si les individus et les peuples réagissaient en temps réel à leur propre prédictibilité pour la contrecarrer ! Brexit impossible ? démentons en votant pour. Juppé favori dans les sondages ? Brisons le en votant pour son adversaire. Rien à voir avec la fiabilité des instituts de sondage, mais en fait le réel leur échappe de plus en plus. Comme si chacun d’entre nous, à l’heure du big data avait compris que la liberté n’est encore possible qu’au prix d’une rébellion contre les pronostics. Les électeurs sont des électrons libres qui prennent un malin plaisir à apparaitre où ils veulent. Fin de l’histoire avec sa trajectoire tracée, nous entrons dans une période plus indéterminée faite « d’événements ». Et ça, on le comprend désormais notamment grâce à la physique quantique figurez-vous…

« Tout peut arriver » disiez-vous, justement certains candidats veulent y croire

« Existe-t-il un vote caché ? » s’interroge ce matin le quotidien l’Opinion, s’appuyant sur une hypothèse notamment développée par la droite et le front national. A 22 jours du premier tour, les enquêtes d’opinion disent peu ou prou la même chose, duo de tête, Emmanuel Macron et Marine le Pen, qui distance François Fillon. Mais une enquête sur le poids numérique des candidats, qui place cette fois Fillon devant Macron, a accrédité l’idée dans son camp qu’il y aurait un vote « caché » donc en sa faveur. Un vote sous-évalué, parce que honteux aujourd’hui, mais qui se décongèlera en quelque sorte dans le secret de l’isoloir. Les sondeurs sont sceptiques, parce que les personnes interrogées le sont aujourd’hui via internet, et non plus en face à face ou par téléphone, ce qui permet de lever l’obstacle psychologique du vote honteux. Qui plus est, la thèse ne résiste pas toujours à l’épreuve des faits, nicolas sarkozy y a cru pour son propre compte, et les électeurs sont finalement restés cachés jusqu’au bout. Ce vote dit honteux a longtemps été attribué au FN, et Marine le Pen veut encore croire qu’elle finira au premier tour beaucoup plus haut qu’elle n’est donnée aujourd’hui. Mais plus que « caché » expliquent les journalistes de l’Opinion, le vote des électeurs est surtout fluctuant. Ce qui est notable aujourd’hui, c’est la part d’indécis, très importante, qui rend tout pronostic aventureux. Et qui pourrait faire basculer au dernier moment de Macron à Fillon, ou de Fillon à Le Pen. Reste un ressort psychologique qu’on ne maitrise pas, et si pour une fois, « le désir l’emportait sur la raison » s’interroge un politologue, à contre-courant donc de l’argument du « vote utile » ? en fait, on n’en sait rien…Tout peut arriver..

Et cette incertitude dans cette campagne présidentielle, et bien certains en profitent Hélène!

Notamment les bookmakers anglais ! Dans le magazine week-end des Echos, l’écrivain Christophe Donner nous raconte la folie qui s’est emparée des parieurs british pour notre présidentielle, une première ! Tout a basculé nous dit il, le 25 janvier, lors des révélations par le Canard enchainé sur les emplois présumés fictifs de la famille Fillon. C’est là que l’argent a commencé à entrer dans les caisses des bookmakers, jusqu’à devenir le premier marché non sportif avec 10 millions de livres en jeu. Le romancier nous initie aux arcanes des paris anglais. Ce sont les bookmakers eux-mêmes qui fixent la côte des candidats, plus au gré de la fluctuation de leurs convictions qu’en fonction de l’argent qui rentre de la part des parieurs. Marine Le pen concentre à elle seule 54% du total des mises, elle est proposée à 3 contre 1. Les opérateurs conviennent qu’ils prennent un risque en cas de victoire, ils auraient à payer les millions de livres engagés sur ses chances, multipliés par 3. Mais en fait, ils croient surtout à la « culbute » car ils sont convaincus qu’elle ne l’emportera pas. Tout leur génie est de convaincre du contraire les parieurs et de faire de cet outsider, le favori. Christophe Donner revisite notre campagne présidentielle à l’aune des côtes qui fluctuent : Celle de Macron, un de leur chouchou car il leur fait penser à Tony Blair, passée de 20 contre 1 à 4 contre un après la défection de François Hollande, celle de Fillon qui fait du yo-yo au gré des aléas de sa campagne, révélation des affaires, mises en examen, les parieurs se frottent les mains, ils vont engranger toutes les mises sur celui qui était jusque là le favori…Sauf que contre toute attente, le saint sébastien de la politique résiste, Fillon passe de 10 contre 1, à 5 contre 1. A chaque épisode, ce sont des dizaines de milliers de livres sterling échangées. Cette élection conclut Donner restera un moment inoubliable pour les britanniques. On est censé s’y connaitre en coup de poignard dans le dos des princes dans la patrie de Shakespeare. Mais là, les Français les ont épatés »…c’est déjà ça..

Tout peut arriver, on a compris, mais quoi de tangible dans la presse ce matin ?

Une nouvelle expression. Après le Brexit, le Frexit, voilà le « PS xit », encore plus dur à prononcer. C’est un proche de benoit Hamon qui use du néologisme dans Libération pour menacer Manuel Valls de lui ôter son investiture socialiste après son soutien affiché à Emmanuel Macron « Valls quitte le ps dit il, Le PS xit, c’est comme le Brexit, on ne peut pas partir en gardant les droits et en oubliant les devoirs »

Tangible encore dans la presse ce matin, « la dynamique Mélenchon » comme le titre le Parisien, « Mélenchon joue la lutte finale » affiche Marianne à sa Une. Courrier International reproduit un article du Guardian qui note aussi la remontée de ce « vieux briscard de la politique » dit le journaliste, un journaliste un peu interdit semble t il par son projet « Attention, dit il à ses lecteurs, le programme de Mélenchon n’est pas fait pour les âmes sensibles. Selon lui, l’argent est la cause de la plupart des maux ». On devine le scepticisme…Sachez que Mélenchon est à 66 contre 1 chez les bookmakers anglais

Tangible enfin, l’arc Trump/Poutine qui se dessine de plus en plus clairement, notamment dans leur attaque commune contre l’environnement. Après le démantèlement initié par le président américain du Clean Power Plan d’Obama, dossier de Une de Libération, Pierre Avril dans le Figaro raconte comment hier, le président russe a remis en cause à son tour, la part de l’homme dans le changement climatique, et défendu sa vision stratégique, utilitaire de l’arctique. Avant tout « une immense réserve de gaz et de pétrole » pour lui,

quand ses voisins, l’Islande et la finlande mettent en garde contre les dangers écologiques liés à une exploitation intensive de la région

A l’avenir répétons-le une dernière fois, tout peut arriver, même le pire.

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