Une vieille dame chasse sa locataire infirmière qui s'était mouchée au petit déjeuner, Sud-Ouest. Un corbeau homophobe Marseille, Têtu. Du sang de vers marin pour aider des malades à absorber l'oxygène, le Télégramme. Un chien d'élite va apprendre à renifler le coronavirus, le Parisien.

Dans un Ehpad pendant l'épidémie de coronavirus
Dans un Ehpad pendant l'épidémie de coronavirus © AFP / Julie Sebadelha / Hans Lucas / Hans Lucas

On parle de la peur ce matin…

Et d’une sourde certitude, qui, me raconte Le Monde, a saisi Sihem alors qu’elle réparait le déambulateur de Madame Dupont, accroupie près de l’ascenseur. La vieille dame a été secouée de toux, Sihem a senti des postillons lui tomber sur le visage. Alors elle a pensé «  Cette fois, c’est fait; si elle l’a, je l’ai »,  et plus tard dans la journée, le docteur qui s’occupe de Mme Dupont à l’Ehpad, lui a dit qu’elle présentait les symptômes du coronavirus; il a demandé à Sihem si elle avait des enfants, une fille de douze ans a-t-elle répondu et quelque chose s’est gonflé dans la poitrine de Sihem, en pensant à sa petite merveille qui la veille s’était coiffée et habillée pour descendre la poubelle, après une semaine sans mettre le nez dehors… Sihem a perdu sa maman quand elle était petite… 

Ceci se passe à Bagnolet, dans un Ehpad appelé quatre-saisons, et c’est donc raconté dans le Monde, un si beau reportage sur une petite communauté de vieillards et de soignants, avec lesquels a vécu deux semaines, la journaliste Florence Aubenas… 

Ce n’est pas la première histoire d’ehpad que je lis dans cette crise, et ce matin encore Midi Libre me raconte Alain 78 ans, pensionnaires aux Aiguerelles, à Mauguio où 12 personnes sont mortes, Alain s’est enfermé dans sa chambre, il apprend de loin qu’un vieux sicilien est mort avec qui il fumait des cigarettes, et cette vieille dame qui le réveillait à cinq heures avec son réveil… En Lozère, à lehpad la Mageride, où le virus n’ets pas encore venu, les personnels volontaires se sont enfermés avec des patients…

Mais dans Le Monde, Florence Aubenas  passe la frontière pour dire l’intérieur de l’attente, elle qui connut le confinement de l’otage capte les vies sur lesquelles vient roder l’implacable… quand on apprend qu’ailleurs la mort rode déjà, quand on ne vous livre pas de masques mais des housses mortuaires… 

Une dame est morte, était-ce le virus, les pensionnaires la regardent partir… 

« Vous avez vu la tenue des employés ? On dirait des cosmonautes. J’ai l’impression de ne rien reconnaître, comme si on était dans un pays étranger.e voudrais être enterrée dans le Jura, mais est-ce que j’aurais le droit? Regardez, elle s’en va. Ça me fait quelque chose quand même. Au revoir,madame.» 

Et autour des vieilles dames, ceux qui les protègent, un directeur adjoint demande pardon à Mylène et Ephiline, qui vont s’occuper des pensionnaires soupçonnées de porter le virus, leur collègue Marie-Jeanne n’a pas voulu, elle se souvient de sa honte à la messe il y a quelques mois quand quelques-une des punaises de lit qui avaient envahi l’Ehpad avaient jailli de sa bible…

Le mari de Myriam, agent d’entretien, lui a acheté une boite de 20 masques pour 50 euros, ils pousse leurs enfants à demander à maman qu’elle n’aille pas travailler. Le Mari de Nadia lui fait la guerre tous les soirs, « Tu vas me ramener le virus et on est dans le même lit.»  Nadia vient à l’Ehpad Nadia déposée en voiture par son fils. « Il ne veut pas que je me mette à côté de lui. Il me fait monter derrière comme une chienne. J’ai honte », dit-elle…

Et cette honte me la rend plus sublime encore

Sud-Ouest raconte une jeune infirmière humiliée…

Une élève infirmière réquisitionnée à l’hôpital de La Rochelle, qui louait une chambre chez une vieille dame, et celle-ci a pris peur…  Elle lui avait demandé de n’utiliser qu’un étage du réfrigérateur, quand la jeune femme prenait une douche ou allait au toilette, on désinfectait à la javel et puis samedi dernier, la jeune infirmière préparait son petit déjeuner, elle a éternué et elle s’est mouchée, alors la vieille dame lui a dit qu’elle devait partir et elle a fait venir ses deux fils, qui ont tambouriné à la porte de la chambre de l’infirmière en larmes, « tu te casses, il est hors de question que tu nous contamines.

A Bayonne, c’est dans Sud-Ouest encore, Elodie Capdevielle, infirmière également dans un établissement gériatrique, a trouvé un message scotché sa boite aux lettres, en rentrant d’une garde de nuit. « Nous avons remarqué depuis quelque temps qu’une soignante vit dans notre chère et belle résidence... » et le corbeau demandait à cette soignante, « de garer sa voiture loin des autres et si possible de ne plus toucher les parties communes sans gants et sans s’être désinfecté les mains », et enfin demandait « vivement à cette personne de déménager aussi vite et loin que possible. »

A Marseille, raconte le site de Têtu, David qui est aide soignant et son compagnon ont trouvé un mot sur leur pare-brise. « Pourriez vous s’il vous plait quitter la résidence car nous savons que vous les homosexuels sont les premiers à être contaminés par le Covid 19. »

C’est l’envers des applaudissements les soirs aux soignants. Le confinement monte au cerveau des confinés parfois, nous dit Libération… La délation fait-elle partie des syndromes? Mais la peur est partout. Je lis dans le Financial Times qu’en Chine, dont on redécouvre les ombres, les étrangers occidentaux sont mal vus, car ils rechignent à porter le masque…

Mais on peut se requinquer de bonnes nouvelles…

Ouest France et le télégramme me disent que NG Biotech, à Guipry, Ile-et-Vilaine commercialise son kit de dépistage sérologique… Mais il ne s’agit pas simplement de dépister, parlons de soin… Le télégramme encore le dit que la société Hemarina, de Morlaix, va faire tester dans deux hôpitaux parisien la molécule qu’elle fabrique à partir du sang de vers marins, cette molécule qui fixe l’oxygène est déjà utilisée dans des greffes, elle pourrait aider les malades atteints du Covid 19, dont les poumons sont pris et qui étouffent… 

Est-ce science, est-ce miracle. 

Usbek et Rica me dit un village de Lombardie, au coeur du mal italien, où personne n’est malade, personne, et les scientifiques vont se pencher sur les habitants de Ferrera Erbognone, dont les systèmes immunitaires, ou peut-être les gènes, font barrage au virus; oui, c’est une hypothèse. Veut-on y croire et sourire, le monde est étonnant. 

Le Parisien me présente Ila, femelle berger malinois de Sidi Drici, un pompier de Melun, une chienne émérite et reconnue et décorée pour son flair, elle va partir à Londres pour s’entrainer à renifler le virus du Covid 19. Nous gardera-t-elle des prochaines pandémies.

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.