Par Hélène Fily.

L'usage du monde, des mots, des armes

"L'usage du monde", c'est ce livre qui accompagnait Daniel Larribe hier à sa descente d'avion. On le distingue sur une photo du Figaro ce matin. "L'usage du monde", récit de voyage entrepris dans les années 50 par Nicolas Bouvier accompagné du peintre Thierry Vernet ; de Genève à Kaboul ; leur vie, transformée par l'expérience. Il fut difficilement publié à l'époque. Il est aujourd'hui reconnu comme l'un des chefs d'œuvre de la littérature de voyage francophone. Plume précise, souvent joyeuse, parfois implacable, toujours avec cette même soif d'évasion.

Comment donc ne pas retenir ce livre dans les mains de Daniel Larribe, le seul que sa femme ait réussi à lui faire parvenir, lui qui revient d'un tout autre et trop long voyage. Plus de trois ans de captivité, avec Thierry Dol, Marc Ferret et Pierre Legrand. Des conditions de vie très rudes qu'on découvre un peu plus ce matin.

Ils étaient très souvent séparés, sans notion du temps, de l'heure. Le Parisien/Aujourd'hui en France raconte : "pour seule boisson, du thé. Quant à la viande, ils n'ont mangé que du chameau, des lamelles découpées, accrochées à des arbres." Ce que l'on sait de leur détention, c'est ce qu'ils ont raconté aux officiels, à leurs familles. Face aux médias, ils ont préféré rester silencieux.

Difficile usage de la parole...

Les mots resteront pour les intimes. "C'est comme si nous reprenions une conversation interrompue il y a quelques jours à peine."La joie de Françoise Larribe. "Ne cherchons pas à empiéter sur leur intimité, leurs silences, leur pudeur, écrit Dominique Quinio dans La Croix . Les trois ans de séparation ne s'effaceront pas d'un coup d'un seul". Et le quotidien donne la parole à Marianne Kedia, docteur en psychologie. Elle rappelle, "durant des années, ils n'auront pas pu aller aux toilettes ni manger sans permission. Et soudain, ils devront décider de tout". Angoissant.

On comprend leur silence. La Croix comprend aussi d'ailleurs celui de l'Etat sur la question d'une éventuelle rançon. "A quoi bon épiloguer', s'interroge le quotidien. "Chut, il ne faut pas en parler", là c'est Yann Marec dans Midi Libre . On en parlait à 8h, Laurent Fabius affirme qu'aucun argent public n'a été versé. François Hollande ne veut pas en dire un mot. Le Monde évoque pourtant une rançon de 20 à 25 millions d'euros.

Faut-il tout dire ? Ce mois-ci, Psychologies magazine s'intéresse justement à la parole. Secrets de famille plus que secret d'état mais les risques de se taire existent dans les deux cas. Et c'est ce que veut rappeler Libération . Le quotidien ne s'intéresse pas tant à la rançon en elle-même qu'au positionnement de François Hollande. Edito d'Eric Decouty : "en affirmant de façon catégorique que la France ne céderait pas aux chantages, François Hollande a pris le risque de se voir démenti. Une chance perdue de redonner "du crédit à la parole présidentielle" estime-il…

Finalement, on peut tout dire si on le dit bien....

Là ce sont les mots ... de Florent Pagny. Tout autre sujet, la fiscalité. Vous vous rappelez certainement cette chanson ...

Extrait

Ma liberté de pensée. En 2003, elle officialisait ses démêlés avec le fisc et son exil fiscal en Argentine. Et bien avec ce qui est train de se passer dit-il, Florent Pagny se voit comme un précurseur. Interview du chanteur au site de L'Express . Précurseur des pigeons, poussins, bonnets rouges. "C'est l'époque qui veut ça, tout va trop loin, conclut le chanteur.

Taxes, impôts, la presse en parle encore beaucoup. "Il y a une extrême sensibilité des Français à la question fiscale",

Interview du ministre du bugdet dans 20 minutes. Bernard Cazeneuve rappelle, encore, "80% des efforts budgétaires pour 2014 proviennent des économies".

Terrain miné encore aujourd'hui, la taxe à 75% sur les plus hauts revenus. Une délégation des présidents de club de foot reçue à l'Elysée. Les patrons de club déterminés même si L'Equipe parie sur l'issue de la rencontre : "le résultat de ce match-là, ils le connaissent (...) perdu d'avance". Le Parisien/Aujourd'hui en France titre d'ailleurs "Hollande verrouille le jeu". Je vous le dis, ce ne sera pas la seule métaphore de la journée. Il n'y a qu'à tourner la page, "le président entend rester droit dans ses crampons". Car les reculs commencent à coûter chers. Le calcul de L'Opinion : avec la suspension de l'écotaxe, le recul sur la fiscalité de l'épargne, entre autres, le manque à gagner s'élèverait à 2 milliards d'euros.

Ras le bol fiscal ? Pas pour Sanofi

c'est le titre L'Humanité ce matin. Le quotidien explique comment le laboratoire pharmaceutique se débrouille pour payer le moins d'impôts possible. Il s'appuie sur un document confidentiel, élaboré par le cabinet d'expertise Syndex et qui a été présenté au comité d'entreprise ce mois-ci. On y apprend donc que tandis qu'une simple PME est taxé à 39%, pour le géant pharmaceutique, le taux d'imposition apparent, après crédit d'impôts est de seulement 8%. On retient le chiffre plus que les méthodes, pas forcément nouvelles ; niches spécifiques, banque ad hoc en Belgique et autres techniques d'optimisation fiscale. Le journal rappelle : 2 000 emplois du groupe sont menacés.

Tout dire encore. Un témoignage retient l'attention dans Le Nouvel Observateur .

Il ne veut plus rien cacher. Cet ingénieur militaire tenu au secret-défense pendant des décennies dit tout aujourd'hui aux deux journalistes qui l'ont interrogé. Daniel Froment a 72 ans. Son métier fut pendant plusieurs dizaines d'années la mise au point d'agents toxiques, d'armes chimiques pour la France. Ca se passait au centre d'étude du Bouchet un établissement militaire secret au sud de Paris dans l'Essonne, une ancienne poudrerie de l'époque de Louis XIV. La spécialité de Daniel Froment, ce sont "les OP", comme il dit, "les organo-phosporés", dont fait partie le tristement célèbre gaz sarin utilisé récemment en Syrie. On apprend qu'il y a pire, le soman. Il suffit de 6 milligrammes pour tuer un homme. Pas d'antidote. Et puis, il y aussi cette huile qui pénètre dans la peau en moins de trois minutes. Daniel Froment détaille tout, les produits, les effets. Tout s'est arrêté à la fin des années 80 quand les grandes puissances décident que l'heure du désarmement a sonné. Cette chimie de la guerre reste effrayante. L'usage des armes, des mots, du monde.

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