Bientôt le jour des morts, comment gérer le fantôme 2.0 ? Pulsions de mort, les échecs de Marianne. Le Ceta, au Canada comme chez nous, des voix s'élèvent.

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Histoires de mort d’abord dans la presse ce matin

En plein pont de Toussaint, puis de jour des morts, qu’on confond souvent : un rappel, une promesse, et une petite nouveauté à gérer en plus, avant sa mort.

Rappel d’abord, dans le Figaro de ce que les chrysanthèmes doivent à Raymond Poincaré. Cette fleur est en effet associée au deuil depuis près d’un siècle, depuis qu’en 1919, le président Poincaré invita les Français à fleurir les tombes des soldats morts au front avec un chrysanthème. Blanc, violet ou mordoré, en forme de pompons ou grosses boules, il a assuré la fortune, automnale, des fleuristes pendant très longtemps. Mais la coutume a du plomb dans l’aile, les jeunes et les urbains perdent le réflexe d’aller fleurir les tombes. Résultat, le marché du chrysanthème a accusé l’an dernier une baisse de chiffre d’affaire de 40% !

Plus de fleurs peut-être, mais la mort conserve un bel avenir, et le Télégramme s’en réjouit affichant à sa Une un prometteur « Les métiers du funéraires recrutent ». Promesse donc d’un secteur qui ne connait pas la crise.

La nouveauté maintenant, « Comment gérer de son vivant sa mort numérique » s’interroge le Populaire du Centre. Car après la mort, nous explique Aujourd’hui en France/le Parisien, il y a encore une vie ! Vos boites mails, votre compte twitter ou Facebook arborent toujours la photo de votre profil, souriante, comme si un fantôme 2.0 continuait de hanter la toile. Une souffrance supplémentaire pour les proches, une maman par exemple a reçu 2 mois après le décès de son fils, une invitation à le rejoindre sur son réseau, la faute à un algorithme assez étranger à la notion de « deuil ». Sanctuaire en pleine expansion par définition, Facebook par exemple hébergerait les comptes de 90 millions de personnes décédées. Alors, que faire ? La loi pour une république numérique promulguée le 7 octobre dernier, stipule que vous pouvez désormais donner des directives, par testament, sur le légataire et l’usage qui devra être fait de vos données personnelles… « Comme pour les dons d’organes, on devrait aussi parler de ce sujet dans les familles » explique le responsable d’un réseau qui s’apprête à lancer un service post mortem. Un héritage 2.0 en quelque sorte, c’est fou tout ce qu’il y a à penser avant de mourir.

Pulsions de mort, histoires de vies, illustrations encore dans la presse ce matin

Ces enfants, ces adolescents en France, happés par le djihad…pourquoi ? Cri de colère et d’alerte dans Libération ce matin d’Amine Elbahi. Il a vu sa sœur rejoindre les rangs de l’Etat islamique. « Française, elle qui a tant aimé sa ville, son pays, est partie, partie à l’aventure, du haut de ses 20 printemps » «elle aimait lire, écrire chanter. Comment, se demande t il, entre les analyses de Marx et le « J’Accuse » de Zola, comment se sont glissées sur nos étagères des revues islamiques accusant la république d’être irréconciliables avec l’islam ? » ce grand frère dénonce pêle-mêle la panne de l’ascenseur social, les quartiers pauvres, ceux de Roubaix en l’occurrence, laissés à eux-mêmes, les entreprises, l’école qui ne jouent pas le jeu de la mixité, Marianne qui laisse les salafistes remporter la bataille idéologique.Cri de douleur de voir que l’unité nationale n’a pas résisté aux attentats de Paris ou de Nice, mais appel à la mobilisation aussi. Amine Elbahi est aujourd’hui engagé dans la réserve citoyenne de l’Education nationale pour expliquer aux enfants des écoles, ce qu’est la République. Et la laïcité.

Autre récit, plus glaçant peut-être car il en dit long sur les échecs de Marianne..Sur le site les Jours, David Thomson nous raconte Safya, 23 ans revenue de Raqqa en Syrie, où elle a passé 8 mois. A son retour, elle est peu inquiétée, jusqu’au printemps dernier, les autorités françaises considéraient l’engagement djihadiste féminin avec clémence, estimant qu’il était plutôt le résultat d’une soumission à une domination masculine. Safya a donc retrouvé une vie ordinaire, elle fume, ne porte plus le voile pour ne pas se faire contrôler, elle s’est même fait faire un piercing au menton…Pour autant, elle n’aime toujours plus son pays, et ne s’inquiète que d’une chose, « les troubles psychologiques de son bébé, conçu en syrie mais né en France ». Une petite fille qui hurle sans s’arrêter. Alors, oui, avec l’aide d’une psychologue, elle a compris qu’un bébé ça ressentait tout, et que sans doute, les conditions de sa grossesse expliquaient beaucoup de chose. Mais «aujourd’hui écrit Thomson, elle ne regrette toujours pas son passage au sein de l’état islamique, qu’elle considère avec autant de légèreté qu’une année Erasmus à l’étranger »…Marianne a décidément de sacrés combats à mener…

Quelques échos de la signature hier du traité de libre échange Ceta..Mais vus du Canada cette fois…

Et vous savez quoi ? et bien en fait, c’est comme chez nous ou presque ! Selon les secteurs ou les sensibilités politiques de chacun, on oscille entre « satisfaction et inquiétude », ça c’est pour le journal de Montréal qui liste tous ceux qui se réjouissent de cet ambitieux contrat de libre échange, chambres de commerce, patronat, industries de l’aluminium qui y voient de nouvelles opportunités d’exporter…mais qui donne également la parole aux producteurs de lait, les plus inquiets, l’Europe pourra en effet importer près de 18 000 tonnes de fromage supplémentaires au Canada, de quoi déséquilibrer leur production. Le Devoir, quotidien québécois assure donc ce matin, que « L’accord est signé, mais que beaucoup reste à faire ». Et on trouve d’ailleurs sur le site du Devoir, un édito signé Guy taillefer, titré « Bravo amis wallons », bravo pour ce qu’il appelle ce « wallonoui », ce non qui s’est transformé en oui conditionnel, qui constitue selon lui une contribution intelligente et progressiste face aux tyrannies qu’impose le libre-échange. La petite wallonie a demandé et obtenu des garanties et des clarifications qui surlignent finalement les menaces que font peser les accords de libre échange sur l’exercice des droits démocratiques » écrit-il. Point de vue assez singulier dans une presse canadienne plutôt favorable à la signature de ce Ceta. Mais point de vue, qu’on retrouve évidemment chez nous, notamment dans l’Humanité ce matin, qui enjoint les citoyens à poursuivre leur mobilisation pour faire échec à ce traité

On termine… par de la politique ?

J’aurais pu vous parler de toutes les occurrences de Brutus dans la presse ce matin, Brutus, ce n’est plus Macron mais Manuel Valls depuis qu’il a évoqué ce week-end « sa colère et sa honte » à la lecture du livre « un président ne devrait pas dire ça », le Figaro nous décrit 2 hommes au bord de la rupture, j’aurais pu vous parler aussi de l’édito assassin de Rémi Godeau dans l’Opinion qui éreinte « François Hollande, président des anormalités » écrit il, à qui il reste dit il un dernier défi à relever « battre la performance du moins bon score d’un candidat socialiste, Gaston deferre en 1969, 5% des voix ».

Mais pour terminer Sarko Hebdo…qui sera en kiosque le 7 novembre prochain. Premier numéro tiré à 50 000 exemplaires, concocté par une quinzaine de dessinateurs et journalistes montpellierains. »Tout m’est pardonné » clame Nicolas Sarkozy dessiné par Man à la Une, mais on retrouve aussi Trondheim, Aurel, ou encore Fabcaro le papa de Zai Zai ZAi Zai. Des dessinateurs qui s’inspirent de la culture de Charlie Hebdo, et qui se sont mis disent ils dans la peau de fervents supporters de Nicolas Sarkozy. C’est à prendre au second degré évidemment. Qu’adviendra t il de ce Sarko hebdo…si leur héros perd ? l’histoire ne le dit pas !

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