Certains matins, l’actualité nous donne vraiment l’impression que l’on est au cinéma.

Et, parfois, elle fait même plus fort encore que le cinéma, offrant des scénarios qu’on jugerait totalement saugrenus, grotesques, ridicules, s’ils étaient portés à l’écran.

Imaginons l’intrigue suivante : c’est l’histoire d’un homme, ultra-vulgaire mais ultra-riche qui parvient à devenir président des Etats-Unis avec l’aide de la Russie ! Scénario incongru – aucun producteur n’achèterait une histoire pareille, pas assez crédible… Et pourtant, et pourtant… Hier, le procureur qui enquête sur une éventuelle ingérence russe dans la dernière présidentielle américaine a procédé à ses premières inculpations. Paul Manafort, l’ex-directeur de campagne de Donald Trump, ainsi que son adjoint Rick Gates, sont visés par pas moins de douze chefs d’accusation : fraude fiscale, blanchiment d’argent, mais aussi, et surtout, pour complot contre le pays… Les deux hommes, ce matin, font la Une d’une bonne partie de la presse américaine, et l’on retrouve aussi la photo de Manafort à la Une des ECHOS et du FIGARO… « La présidence Trump rattrapée par la justice pour ses liens avec la Russie. » Trump qui, bien sûr, rejette ces accusations de collusion. Sur Twitter, il a dénoncé une « chasse aux sorcières »… 

La situation en Catalogne a tout l’air également d’un film. Imaginons l’intrigue suivante : c’est l’histoire d’un homme qui parvient, contre le pouvoir en place en Espagne, à faire voter l’indépendance de sa région puis qui, menacé d’une inculpation pour rébellion, prend la direction de Marseille avant de s’envoler vers Bruxelles, accompagné de plusieurs membres de son gouvernement destitué… Scénario incongru – aucun producteur n’achèterait une histoire pareille, pas assez crédible… Et pourtant, et pourtant… 

D’après la presse espagnole, Carles Puigdemont s’apprêterait à demander l’asile politique en Belgique… « Drôle de personnage que de Carles Puigdemont », note Patrice Chabanet dans LE JOURNAL DE LA HAUTE-MARNE… « L’ancien président catalan a pris la fille de l’air et il donne l’impression d’avoir peur de son ombre ou bien d’être dépassé par les événements. A-t-il craint une arrestation ? », interroge l’éditorialiste, avant d’indiquer qu’à ses yeux, « les autorités espagnoles ne sont pas assez stupides pour en faire un martyr. » De son côté, LE FIGARO fait le point sur les entreprises qui quittent la Catalogne… A ce jour, elles seraient déjà 1.700 à avoir déménagé leurs sièges sociaux, ce qui représente 30% du PIB de la région… 

Le leader catalan a donc tout du héros d’un film. Un drame politique… 

Mais il est également des hommes dont la vie ressemble à un film d’aventure : c’est le cas d’Amir Khalil, un Egyptien de 52 ans dont Hélène Goutard nous dresse le portrait dans les colonnes de SOCIETY. Un homme qui œuvre pour la paix des animaux. Dit comme ça, je vous l’accorde, c’est un peu cul-cul… Il faut donc lire l’article pour prendre conscience de ce que fait cet homme. Il travaille pour une ONG internationale – elle s’appelle « Four Paws » (quatre pattes, en français), et il s’est donné pour mission d’aller sauver les bêtes abandonnées dans les zoos coincés en zones de conflit… Des ours, des lions, des tigres oubliés en Lybie, en Irak, en Syrie… 

Avec son équipe, il organise donc des convois pour aller les mettre en lieu sûr, dans une réserve en Jordanie… Le docteur Amir Khalil est ce qu’on pourrait appeler« un vétérinaire de guerre » et il est vraisemblablement le seul du genre… « En situation de crise, les humains ont la possibilité de s’enfuir, mais les animaux non », dit-il. « Les animaux sont ceux qu’on laisse derrière, plus personne ne vient les nourrir… Donc ils deviennent fous, et puis ils s’entretuent. » 

Il raconte ce lion échappé du zoo de Bagdad… Il errait dans les rues. Il est allé le sauver. Il raconte le zoo d’Alep : il y a sauvé des tigres et une lionne enceinte… Il raconte le zoo de Mossoul : « des carcasses partout, des animaux morts de faim » : ne restait que Simba, un lion de trois ans, et Lula, une ours adulte couleur caramel. La ville venait d’être libérée par l’armée irakienne, mais il y avait encore des snipers de Daech… C’est donc le récit d’une expédition dangereuse, avec obligation de négocier avec toutes les forces en présence pour avoir le droit de quitter la région : négocier avec les militaires libérateurs, négocier avec les généraux américains… 

Au début, on se moque de lui, mais rapidement, les soldats vont s’attacher aux bêtes… Ils viennent nourrir le lion, ils viennent se photographier avec l’ours. Et le résultat, poursuit-il, c’est que pendant deux jours, toutes les offensives ont été mises en stand-by. Tout le monde était occupé à savoir que faire de Simba et Lula. « Pendant deux jours, ces animaux ont donc fait arrêter une guerre. » 

Un autre long portrait à lire dans SOCIETY : nettement moins flatteur celui-là… Portrait de Laurent Wauquiez, l’homme qui est en passe de devenir le nouveau patron du parti Les Républicains… Un homme capable de tout, et surtout du pire, résume le quinzomadaire. Et c’est bien l’angle du papier, quasi exclusivement à charge : Laurent Wauquiez capable de trahir ses amis – mais bon, c’est un homme politique – capable aussi de faire du favoritisme, de multiplier les promesses populistes, d’intimider ses adversaires – il fait de vraies menaces – et d’imposer dans sa région un management de la terreur. C’est d’ailleurs peut-être cette partie-là qui est la plus intéressante : l’ambiance délétère régnant à la Région Rhône-Alpes : des agents qui se sentent déconsidérés, méprisés, des humiliations, des pleurs, des dépressions… 

Et puis, dans les journaux, encore de très nombreux sujets autour du harcèlement sexuel. 

Avec, tout d’abord le dernier scandale dans le cinéma américain : l’acteur Kevin Spacey accusé d’agression sur un jeune comédien qui avait alors 14 ans… Dans son communiqué d’excuses, le héros de House of Cards a expliqué qu’il était sans doute éméché ce soir-là, et il en a profité pour officialiser publiquement son homosexualité… Un « coming out désastreux » pour la communauté LGBT, peut-on lire sur SLATE, car cela accrédite l’idée que lorsque les gays sont saouls, leur seconde nature ressort et les pousse à draguer des garçons de 14 ans… Voilà du pain béni pour les homophobes, se désolent les associations.

De son côté, LIBERATION fait état d’un rapport du CSA qui pointe le sexisme de la pub à la télévision… Ceci, bien sûr, n’explique pas le harcèlement, mais ceci participe de sa banalisation. Dans les publicités, les hommes sont ceux qui savent et les femmes celles qui doivent plaire – des clichés, toujours des clichés… 

« Notre société est allumeuse », renchérit l’écrivaine Nancy Huston dans LE MONDE… Elle aussi se réfère à la publicité, et elle estime que l’image de la femme-objet réveille chez les hommes des instincts autrefois inhibés par la religion.

Et bien sûr, les films jouent sur les mêmes clichés. Y compris dans les verbes employés dans les didascalies… C’est ce que met en avant une récente étude dont se fait l’écho VANITY FAIR, après une analyse des scénarios de 1966 longs métrages… Pour les rôles masculins, les verbes les plus souvent employés, c’est : il ligote, il galope, il tire, il mugit, il tue, il comprend tout… Pour les femmes, c’est plutôt : elle se blottit, elle glousse, elle chouine, elle pleure, elle rougit… Le sexisme dans les didascalies des scénarios… Et là, je ne sais même pas s’il est utile de préciser que ce surtout des hommes qui écrivent les scénarios… 

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