La Vie, la Croix, le Pèlerin, sont au rendez-vous de la Toussaint, et apprivoisent la mort. Le Monde raconte Mourad, 18 ans, que ses parents ont amené chez Daesh quand il avait 12 ans. Charlie Hebdo s'en approche dans un reportage sur ce Nord de Paris où croupissent drogués, trafiquants, migrants et rats géants.

On commence  par une croix...

Une croix abattue sur une allée de gravillons humides, le Christ a la face contre terre, et d'autres croix encore arrachées tombées brisées parfois, vous prennent le coeur dans Sud Ouest et la Charente libre, des croix toutes petites que des vandales ont arrachées systématiquement, visant les symboles catholiques au cimetière de Breuil à Cognac dont 90 tombes ont été vandalisées; les familles sont tristes et les poisons de l'époque se répandent, le maire de Cognac Michel Gourinchas exprime ce voeu dans la charente libre, " J'espère qu'il s'agit d'actes de vandalisme gratuit et imbécile et qu'aucun lien n'existe avec l'attaque à la mosquée de Bayonne".

Les malheurs se conjuguent si vite quand on est affligé, en cette veille de Toussaint où l'on visite les morts, dans des cimetières qui ne sont pas tous profanés, mais qui débordent me dit le Dauphiné, on y manque de place, mais et à la Grave dans les hautes alpes, on a trouvé la solution, plus de concessions mais un système de rotation,  les vieux ossements cèdent régulièrement la place aux nouveaux corps pour que chacun à son tour puisse reposer devant la montagne de la Meije, sous des croix de bois sculptés près d'une église romane dans des tombes identiques où l'on se succède comme dans un dortoir dit le curé mais ce dortoir, a un cachet fou.

La presse catholique est au rendez-vous de la Toussaint et la Vie de belles couverture bleue me dit qu'il faut croire au ciel,  et met en scène des questions d'enfants..  "Maman, quand on sera ressuscités, est-ce qu'on aura la même école ? » Pour répondre, un moine qui est aussi poète,  François Cassingena-Trevedy, bénédictin de l'Abbaye de Ligugé dans la Vienne, il nous invite à lier le haut et le bas, la terre où nous vivons et le ciel spirituel mais aussi charnel et si beau, et notre moine cite un grec qui n'était pas chrétien,  "l'homme est une plante céleste" disait Platon.

Dans la Croix, un autre bénédictin pointe sa barbe, il est allemand, de l'abbaye bavaroise  de Münsterschwarzach, où il trouve la paix, et qu'il fait vivre par le fruit de ses livres, car Anselm Grun écrit des petit livres de sagesse spirituelle  qui se vendent à des millions d'exemplaires. il nous conseille de ne pas fuir la mort qui nous rappelle que nous ne pouvons pas tout contrôler. « Pourquoi n’as-tu jamais peur ? » L'autre lui répond : « Parce que j’ai tous les jours la mort devant les yeux."  Le Pèlerin nous invite dans le Perche au sanctuaire de Montligeon qui est dédié aux prières pour les défunts, son recteur Don paul Denizot a la soutane joyeuse, il fut ingénieur amateur de rugby et de bière, des anges  l'ont protégé dans un accident de voiture, on sourit avec lui.

Dans le monde profane, on parle moins de la Toussaint que de Haloween où les enfants sculptent des citrouilles où luisent des bougies, le Parisien, nous conseille de faire attention, de ne pas manger les courges amères de sculpture, qui intoxiquent, à ne pas confondre avec la courge comestible, les espèces s'hybrident, surveillez le jardin. Au fait, la courge sculptée vient d'une légende irlandaise, d'un homme nommé jack qui avait piégé le diable et en fut puni.

Et l'on parle d'enfers...

Des enfers qui habitaient un écrivain que Libération me ramène, il s'appelait André Schwarz-Bart, il avait été un héros résistant mais les nazis lui avaient tué ses parents et deux frères, il y a 60 ans, il recevait le Goncourt pour un livre qu'il faut redécouvrir aujourd'hui, le dernier des justes, sur un jeune juif d'une lignée de saints dont le destin s'achèvera dans les camps, il y a 60 ans aussi, il rencontrait Simone venue de Guadeloupe à Paris, qui serait sa femme et écrivaine aussi, après le Goncourt, Schwarz-Bart se délivra dans le silence et revint avec des romans sur l'esclavage, qu'il pensait avec la shoah, et puis il écrivit des pages sans jamais les publier, Simone lui a survécu et dans un beau livre et dans Libération ressuscite ses mots et leur vie..

Le Monde a rencontré un jeune homme que ses parents ont conduit en enfer, il a 18 ans aujourd'hui, il se souvient qu'à Roubaix il aimait l'école et empruntait des livres à la bibliothèque, il aimait nager et les mathématiques, il cherche son français, il oublie des choses. Quand il avait douze ans, sa famille est partie dans la Syrie de Daesh,  « « Je crois que mon père, il nous a dit qu'on partait tous en vacances en Turquie. il y a eu une nuit, c'était différent. Il y avait des choses qui explosaient", et la suite est une histoire de destruction, Mourad a perdu un oeil, il est dans une cellule au Kurdistan syrien avec d'autres présumés djihadistes,  son pays l’a oublié, il s'en souvient à peine... Et rarement le journalisme a aussi bien touché l'enfer que dans cet article signé Alan Kava une machine à laver tourne au milieu d'un campement, branchée à une ligne électrique piratée, on amène l'eau à la main...

Et un dessin pour finir...  

Et un regret, car j'aurais préféré ne lire Charlie que pour son reportage et ne pas commenter son dessin de une signé Riss, patron du journal aux souvenirs poignants, mais qui emprunte ici à une thématique d'extreme droite. Il montre des femmes en grand voile musulman derrière un emmanuel Macron qui dit "ce n'est pas mon affaire" -il a prononcé cette phrase la semaine dernière à propos de femmes voilées dans l'espace public... Le dessin de Riss est titré "république islamique en marche", et ce n'est pas de l'humour, sa liberté sans nul doute, mais un fantasme destructeur. 

Il est curieux de comparer la Une de Charlie à celle de Valeurs actuelles, qui accuse régulièrement le Président de faiblesse face à l'islam, mais qui l'affiche fièrement ce matin en couverture, puisqu’Emmanuel Macron a accordé un long entretient à un journal ennemi, où il moque un peu les défenseurs des migrants, l'Humanité s'en indigne, mais ce qui frappe plus encore, c'est la joie des journalistes de « Valeurs », qui racontent fiérots avec des mots de miel leur voyage en avion avec le chef de l'Etat, pris dans les pièges doux de la monarchie républicaine,  qui fait l'échine souple aux opposants flattés.

Il est dans nos journaux des gens plus aimables que la cour. L'Est républicain me raconte Jean Betoulle, qui a offert au musée d'Ornans un tableau de Courbet, un jeune veau croisé par le peintre, Jeff Koons possède une autre version de l'animal. Je préfère la nôtre. La Provence me signale un festival chocolat et vin, à Vedène Vaucluse, où nous verrons Jacqueline qui fut la cuisinière de Johny qui aimait les soupes les pommes de terres les truffades, et aussi Michel Grobon, qui fut le cuistot français de Ronald Reagan, et qui dit ceci: "J'ai fait ma petite balade en donnant le meilleur de moi-même », quel bon programme.  Quand l'Etat se penche sur la Seine Saint-Denis, je lis dans la Charente libre que la ville de Jonzac va acheter un ilot dans une rivière, pour qu'on puisse s'y promener.  

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