L'Equipe et la presse française retrouvent la langue de l'amertume. Le Monde décrit ce que le confinement a fait à des écoliers, qui quand ils courent sont essoufflés. Les Indiens du Canada retrouvent leurs prénoms traditionnels, Ouest-France.

On parle d'enfants...

Des enfants de 7 ans, 8 ans, élèves de CE1 ou CE2, qui ne savent plus courir sur dix mètres sans être essoufflés, qui ont grossi, parfois de 5 kilos, dix  kilos, qui ne savent plus non plus classer des lettres et des chiffres dans l'ordre alphabétique... Mais ces enfants avant le premier confinement du printemps 2020 allaient bien. Le site du Monde nous révèle une étude menée sur 90 écoliers de Vichy dans l'Allier et de Riom, dans le Puy-de-Dôme, par une équipe du CHU de Clermont Ferrand, les enfants ont été soumis aux mêmes tests, physiques et psychomoteurs, en septembre 2019 puis en septembre 2020, en un an, leur condition physique, leur motricité, mais aussi leurs capacités cognitives avaient spectaculairement baissé, 40% de perte de capacités cognitives, "le confinement a été catastrophique", dit la professeur Martine Duclos, elle est chef du service de médecine du sport au CHU Clermont-Ferrand et dirige l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité... Catastrophique parce que l'immobilité a saisi les enfants "à un moment essentiel de plasticité neuronale",  quand dans le cerveau les neurones se connectent en réseau qui se modifient s'adaptent se développent... 

Et voilà donc devant nous des enfants abimés, est-ce irrémédiable, qu’est-il arrivé ensuite, qu'arrivera-t-il ? On lit dans le monde encore que la sédentarité des enfants fait le lit des maladies chroniques des adultes... En remontant les archives des journaux sur internet, vous retrouverez la professeur Duclos signataire parmi d'autres dont Zinedine Zidane d'un texte dans le JDD qui plaidait contre la fermeture des salles de sport, en octobre dernier, puis en janvier d'un appel, dans le JDD encore en faveur de l'activité physique, qui diminuerait les  facteurs de risques liés au Covid 19, "Bouger lisait-on, est aussi essentiel que savoir lire, écrire et compter", elle plaidait encore la professeur Duclos en janvier dans Ouest-France, en février dans la Nouvelle République, contre  la sédentarité qui nous arrache de la vie et met en danger nos enfants... Le monde ce matin qui nous conseille d'emmener nos enfants à l'école dix minutes en avance afin qu’ils bougent et avant d'entrer en classe... Y avez-vous pensé parents qui en revenez... 

Et il est étrange de lire ce plaidoyer pour le sport, un matin où nous avons veillé quand d'autres couraient pour nous et qui nous ont déçus..

Car on parle évidemment de l'élimination de la France à l'Euro de football...  

Défaite qui est inversement la victoire de la Suisse, et à lire les journaux d'un pays heureux, on retrouve une ivresse qui était la nôtre, on envie le lyrisme de notre confrère Daniel Visentini sur le site de la tribune de Genève, il dit ce que nous Français ne possédons plus.  

"Pour toujours, un moment gravé. Dans quelques années, les anciens raconteront, l’œil encore ému, la folie d’un match inoubliable. Une tragédie grecque s’écrivait à Bucarest. De cette tragédie-là ressort en héros une Suisse fantastique, qui a chassé tous ses démons. C’est beau d’écrire l’histoire."

Et l'effet miroir se poursuit, quand la Tribune de Genève nous dit qu'avant l'exploit, on reprochait à des joueurs de la Nati de ne pas chanter l'hymne national helvétique, nous ressemble-t-il notre vainqueur, le savions-nous seulement? J'apprends par le Temps que l’Equipe qui a battu la France compte des joueurs qui furent champion du monde des moins de 17 ans, en 2009, qu'avaient-ils fait avant nous de ce talent, qu'avons-nous fait du nôtre... 

La France des journaux contemple le « naufrage » des Bleus, le mot est de la Provence, l'Union, le Télégramme, le Parisien titrent sur la désillusion, mais c'est le rôle de l'Equipe de cadrer les débats avec ce mot de Une, anéantis, et ce jugement au scalpel. L'équipe de France a été un roi sans rigueur, sans ordre, sans méthode durable; Didier Deschamps vient incarner l'égarement, "il a innové en modifiant trois fois son système en quarante-cinq minutes, ce qui veut dire au pire qu'il était perdu, au mieux qu'il s'était trompé." 

La langue de l'amertume possède sa beauté. 

Nos journaux pourtant gardent des traces de l'amour. Dans les pages hippiques du parisien, l'entraineur Sylvain Dupont, qui revient de Finlande où un de ses chevaux a triomphé, décrit ainsi un pays où l'on vénère les canassons: "Là-bas, le cheval, c'est MBappé..." 

Pourra-t-il en sourire, Kylian MBappé le vrai, qui va devoir affronter dit l'Equipe de grandes décisions... Il peut se consoler MBappé, de la solidarité du roi Pelé dans un  Tweet façon autant en emporte le vent, "« Garde la tête haute Kylian ! Demain est le premier jour d’un nouveau voyage ! » 

Il pourra aussi, MBappé, se rappeler que le football nous dépasse et nos peines sont des anecdotes, en téléchargeant sur son lieu de vacances, le Télégramme, qui chaque jour éclaire un de ces clubs amateurs bretons qui portent l'éternité... aujourd'hui les Moutons Blancs de Noyal Pontivy, ainsi baptisé en l'honneur d'un manteau de laine que portaient les paysans...  Qu'il télécharge aussi MBappé, Libération pour la splendide double page consacrée à Hampden Park, le stade de Glasgow où ce soir s'affrontent la Suède et l’Ukraine, ce stade qu'un poète chante car il possède l'énergie, la vérité du passé. Hampden fut la plus grande arène du monde, des 130000 spectateurs s'y pressaient debout quand la classe ouvrière avait les moyens de s'acheter un billet, il fut surtout la maison d'un club mythique, Queens Park, créé en 1867, qui avait inventé la passe, le jeu collectif... Ce qui nous a manqué.

On parle enfin de prénoms...

Des prénoms indiens,  que nous dit Ouest-France, Soleil, Loup solitaire, Pepapmeshke Maika, loup voyageur, ou Maskowici, être fort, que les autochtones du Canada vont pourvoir légalement porter et donner à leurs enfants, dans un pays d’où on les forçait à s'appeler Marie ou Alfred, où l'on volait aussi parfois les enfants autochtones pour les enrôler dans des pensionnats tenus par l'Eglise catholique, où leur culture était interdite mais les attendaient des mauvais traitements, et parfois la mort... On brume des églises au Canada, mais Le Pape François refuse de présenter des excuses aux autochtones martyrisés...

Le Figaro nous dit que ce Pape déconcerte dans les rangs de l'Eglise, on sentirait une ambiance de fin de règnes à des hésitations.. Des textes témoignent d'un raidissement sur la question homosexuelle,  en Italie le Vatican s'oppose à un projet de loi contre l'homophobie, mais en même temps le Pape soutient et le fait savoir un jésuite américain, dont le travail pastoral se fait dans les communautés gays, le pape prie pour ses fidèles...  

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